Malgré les poursuites engagées contre elle : Ouattara et la CPI n’ont rien contre Simone Gbagbo

Dans son document déposé devant la Cour pénale internationale (CPI) le 10 octobre dernier pour demander à juger Simone Gbagbo en Côte d’Ivoire, le régime expose clairement qu’il n’a pas de preuves sérieuses qui justifient les poursuites en Côte d’Ivoire. Et dès lors que le pouvoir n’a rien contre elle, on peut en déduire qu'il en sera de même pour la CPI, dans la mesure où c’est Abidjan qui fournit les informations à La Haye.

Mardi 14 Octobre 2014 - 07:00


Simone Gbagbo
Simone Gbagbo
A la lecture du « second dépôt de documents complémentaires à l’appui de la requête de la République de Côte d’Ivoire sur la recevabilité de l’affaire le Procureur contre Simone Gbagbo et demande de sursis à l’exécution en vertu des articles 17, 19 et 95 du Statut de Rome », il ressort que le régime d’Alassane Ouattara et la Cour pénale internationale (CPI) n’ont aucune preuve contre l’ex-Première Dame. On peut conclure que les poursuites engagées contre elle par Abidjan et La Haye (qui a aveuglément délivré un mandat d’arrêt contre elle le 29 février 2012) ne reposent sur rien de solide. En effet, le 28 août 2014, la Chambre préliminaire I a demandé au régime Ouattara de fournir au plus tard le 10 octobre 2014 des informations sur l’état actuel de la procédure engagée contre Simone Gbagbo en Côte d’Ivoire, afin de s’assurer que les poursuites nationales recoupent celles de la CPI. Le pouvoir, qui avait déjà déposé une requête en irrecevabilité le 30 septembre 2013, afin que la CPI se dessaisisse de l’affaire et que Simone Gbagbo soit jugée en Côte d’Ivoire, s’est effective- ment exécuté. Dans le document expurgé de 9 pages (et les quatre annexes qui l’accompagnent) déposé le 10 octobre dernier, les avocats conseils de Ouattara à la CPI, Jean-Pierre Mignard et Jean-Paul Benoit, exposent les arguments du régime. Ils soutiennent que Simone Gbagbo fait l’objet de « poursuites effectives » par la justice ivoirienne « en rapport avec les crimes qui concernent l’affaire portée devant la Cour pénale internationale ». Ils ne disent rien de nouveau que les informations contenues dans les 21 documents complémentaires déjà déposés le 25 février 2014 en soutien à la requête en irrecevabilité. « Pour les raisons exposées dans ce premier dépôt, la République de Côte d’Ivoire considère que la procédure actuellement pendante devant les juridictions ivoiriennes établit à suffisance qu’elle a la capacité et la volonté de juger Mme Gbagbo pour les faits qui lui valent d’être poursuivie devant la Cour. C’est ce constat toujours pertinent à ce jour qui motive le maintien de la requête en irrecevabilité », soutiennent Mignard et Benoit.

La mauvaise foi du régime

 A la question de la Chambre qui souhaitait savoir s’il y a une eu une évolution depuis la dernière communication du régime dans ce dossier, les avocats français de Ouattara présentent des procès-verbaux « d’interrogatoire au fond » de Simone Gbagbo établis par le doyen des juges d’instruction du 8ème cabinet du Tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau le 9 et le 10 septembre 2014, le second procès-verbal reflétant « le contenu des échanges tenus lors de la reprise de l’interrogatoire au fond entamé le jour précédent ». Ils présentent aussi un PV établi le 2 octobre 2014 et un autre le 3 octobre « poursuivant l’interrogatoire commencé la veille ». Une observation attentive des dates des auditions de Simone Gbagbo laisse entrevoir une réalité : le régime entendait la maintenir le plus longtemps possible injustement en détention à Odienné parce qu’il sait que son dossier est vide à l’instar des centaines de pro- Gbagbo embastillés dans les prisons du pays ; et ce n'est que la pression de la CPI qui le pousse à faire semblant de mener un véritable travail judiciaire sérieux la concernant. La CPI demande- t-elle le 28 août des informations sur l'évolution de la procédure ? Un « inter- rogatoire sur le fond » est organisé les 9 et 10 septembre, moins de deux semaines plus tard. Juste une semaine avant la date-butoir de remise de leur copie (fixée pour le 10 octobre), ils jouent une fois de plus leur « comédie procédurale». Quand on regarde un peu dans le rétroviseur, on note que les derniers interrogatoires de l’ex-Première Dame remontent aux 4 et 5 février 2014. Il est évident qu’ils ont été faits parce que le régime avait juste besoin de «pièces» pour constituer son document déposé le 25 février 2014 pour justifier sa requête en irrecevabilité.

Des PV d’auditions pour justifier les allégations de crimes

Mais le régime n’a rien contre Simone Gbagbo. Puisqu’il avoue que les questions du juge d'instruction  et du Procureur lors des interrogatoires cherchent à établir la nature «exacte» des relations que Simone Gbagbo entretenait avec «les autres protagonistes des crimes perpétrés» et que les interrogatoires portent substantiellement sur « des crimes identiques à ceux qui ont motivé l'émission d'un  mandat d'arrêt à l'encontre  de Mme Gbagbo devant la Cour pénale internationale ». « La lecture de ces quatre procès-verbaux ne laisse subsister aucune ambiguïté sur la volonté du doyen des juges d’instruction et du procureur de la République d’éclaircir le rôle exact joué par Mme Gbagbo dans la commission de crimes qui lui sont reprochés et ce, en dépit des manœuvres dilatoires que celle-ci utilise pour tenter d’esquiver les réponses et d’éluder ses responsabilités », tentent de justifier les avocats de Ouattara. Au-delà de ces interrogatoires, que n'ont-ils pas engagé des enquêtes pour trouver des preuves matérielles, des témoignages concordants et étayés ? Si la justice ivoirienne aux ordres qui poursuit l’ex-Première Dame pour crimes de sang, atteinte à la sûreté de l’Etat infractions économiques et plus théâtralement de génocides, est incapable de soutenir ses allégations devant La Haye, et ne présente que des PV d’audition de l’accusée, que peut bien avoir la CPI contre Simone Gbagbo, quand on sait que c’est le régime Ouattara qui fournit à cette Cour (le rôle de Zoro Bi Ballo Epiphane dans l’affaire Blé Goudé en est une illustration) l’essentiel de ses supposés éléments de preuves ? Évidemment rien de sérieux.

    Par Anderson Diédri

Source: Le Nouveau courrier N°1129 Du Lundi 13 Octobre 201




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