Mal logés, abandonnés par les gouvernants…12.000 policiers en colère contre Ouattara

Lundi 11 Mai 2015 - 19:35


Il y a une affiche qui résume le mieux la galère des policiers d’aujourd’hui. Elle dit ceci : « chers occupants, cela fait plus de deux ans que vous occupez nos locaux. Et depuis cette date, nous n’avons perçu aucun centime au titre des indemnités de logement. Et nous voudrions  attirer votre attention sur cette situation désespérée à laquelle nous sommes contraints et qui nous assèche financièrement. Face à cette lamentable situation, qui devient de plus en plus intenable pour nous propriétaires, nous vous informons que si rien n’est fait jusqu’à la fin de l’année 2014, nous serons dans l’obligation de rompre nos contrats et vous demander de vider les lieux. D’ici là, veuillez mesdames et messieurs, prendre vos dispositions pour être à l’abri de toute surprise. Fait à Abidjan, le 1er novembre 2014. » Cette affiche véhicule au moins deux désespoirs. Celui du policier, humilié par une situation de frustration qu’il a du mal à comprendre, étant donné que les autres corps reçoivent leur bail, mais aussi celui du propriétaire qui ne peut pas jouir de son propre bien. Au total, 12.000 policiers sur les 20.000 fonctionnaires de police se retrouvent dans cette situation inconfortable. 55% sont obligés de vivre dans de menus studios, aux confins de quartiers mal famés et dangereux. Car, les montants alloués aux baux ne sont pas non plus reversés depuis 2013 aux concernés. Sans la moindre explication. 12% de policiers arrivent néanmoins à vivre dans une deux pièces et 28% dans une trois pièces. Seuls 2% vivent encore dans des maisons de fonction et on imagine aisément les grades de ceux-là. Il n’empêche que de nombreux officiers de police, des commissaires de police en particulier ont déjà été jetés dehors par leur propriétaire sous les yeux médusés du voisinage ou les quolibets des badauds. Jamais une telle situation d’abandon n’avait été autant manifeste dans ce corps que maintenant et les premières explications furent  puisées dans la crise postélectorale avec l’engagement des policiers aux côtés des autorités légales. Mais aujourd’hui, cette explication est éculée. En effet, la gendarmerie continue d’être traitée comme avant et aucun de ses avantages n’a été émondé. Y a donc bien un problème à la police dont il faut encore chercher les explications. D’autant plus qu’aux problèmes de logement, s’ajoute la dotation en pistolet. Parce qu’un policier sans arme… Un policier raconte sous le sceau de l’anonymat : « normalement, tout policier a droit à une arme de dotation individuelle après sa formation. Malheureusement, ce n'est plus le cas depuis bien longtemps. » Et comme il faut bien se protéger des bandits qu’ils pourchassent, alors certains policiers achètent leurs armes au marché noir. L’administration, toute honte bue, accepte ces pistolets achetés chez des particulier à condition de que le titulaire les déclare à l’armurerie de la police avant usage et qu’il accepte qu’elle devienne la propriété de l'Etat une fois  parti à la retraite. Il ya d’ailleurs toute sortes de trafic à l’armurerie de la DGPN où l’on fait aussi le commerce des armes de dotation individuelle. Ici, le prix des armes varie entre 15O et 250 mille. Tout dépend de la marque et de l’état des armes. Cette double frustration est d’autant plus incompréhensible que 7000 pistolets neufs avaient été remis au ministre de la sécurité par le conseil de la sécurité présidé par Alain Donwahi le 23 décembre 2014. Où sont donc passés ces pistolets pour que les policiers, pour ceux qui le peuvent, se ravitaillent au marché noir ou pour que des armes leur soit vendu par l’armurerie ? Nos tentatives pour voir la hiérarchie se sont chaque fois révélées vaines. Mais à la police, ceux qui ne manquent pas d’arme sont les gardes du corps du directeur général de la police nationale comme d’ailleurs ceux qui protègent les domiciles des ministres ou autres hauts fonctionnaires de l’Etat. La charité bien ordonnée, dit-on, commence par soi-même. C’est d’ailleurs cette boulimie qui bloque aussi les diverses primes auxquelles les policiers ont droit, comme la prime de jalonnement qui est de 6000F. Elles sont perçues de droit à l’occasion des déplacements du chef de l’Etat pour lesquels la présence de fonctionnaires de police est nécessaire. Il y a aussi les primes de détachement. Ce sont les seules en réalité qui sont perçues. Essentiellement parce qu’elles sont remises directement au policier. Il faut préciser que les détachements de policiers se font le plus souvent auprès d’institutions comme les Ambassades ou des domiciles de grands patrons de l’administration privée. D’ailleurs si le patron a négocié avec le commandant de l’agent, celui-ci réclame généralement que la prime lui soit versée pour qu’ensuite il l’achemine à l’agent. Mais dans le meilleur des cas, cela atterrit dans les poches du commandant qui donne au détaché ce qu’il veut bien lui rétrocéder. Mal logés, les policiers sont aussi mal soignés. Selon plusieurs agents, le plateau technique de l’hôpital de la police est inexistant. Pour des personnes qui frôlent la mort chaque jour en pourchassant des gangs de plus en plus bien entraînés, c’est une invitation au suicide à laquelle les policiers sont préparés. D’autant plus que l’hôpital de police n’est pas non plus suffisamment approvisionné en médicaments et cela, en dépit du billet de 1000F nécessaire pour les examens au labo. La hiérarchie n’honore pas non plus ses engagements auprès des cliniques qui reçoivent les policiers et leurs familles d’où la revendication des agents pour la suppression des prélèvements obligatoires au titre du fonds de prévoyance. Pour mettre fin à la colère qui gronde, y compris étouffer dans l’œuf le rassemblement du 15 mai prochain, deux policiers ont été jetés en prison vendredi dernier, en particulier Cyprien Zokou, sergent de police qui développe un activisme surprenant sur la question. Mais en raison de la mobilisation de milliers de policiers, les deux policiers ont été libérés hier. Et ils maintiennent le grand rassemblement du 15 mai devant la direction de la police nationale pour réclamer en priorité le payement des baux des 12.000 policiers.


Source: Aujourd’hui / N°886

Par SEVERINE BLE
 




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