Libre opinion/ Le président Ouattara attaque la république et la nation

Vendredi 2 Août 2013 - 07:58


Libre opinion/ Le président Ouattara attaque la république et la nation
«L a bêtise hum aine consiste à a voir beaucoup d’idé es, m ais des idée s bêtes», disait Henry de Mo ntherlant Les années 1960 riment en Afrique noire avec les indépendances. Les républiques ont été proclamées, la construction de nation était un projet. Avec les Etats, la construction de l’unité nationale avait pour seul dessein d’arriver à la construction d’une nation. En Côte d’Ivoire, la république a été proclamée en 1958 sans une véritable construction. Après la proclamation de l'indépendance de la Côte d'Ivoire, le 7 août 1960, le père de la nation, Felix Houphouët Boigny (FHB) avait pour objectifs le raffermissement de l’Etat et la construction d’une république qui devrait former le corps de la nation. Le père de la nation a fait ce qu’il pouvait pour unir les Ivoiriens. Tous les Ivoiriens étaient invités à apporter leurs talents à la construction du pays. Avec FHB, le senoufo par exemple, se considérait d’abord ivoirien avant d’évoquer son groupe ethnique. Toutes les ethnies du pays avaient la même philosophie. Mais voilà que depuis 2011, plusieurs républiques cohabitent sur un même territoire. Les autorités actuelles construisent une «république ethnique». Notre présente réflexion a pour ambition de rappeler au Président Ouattara, la nécessité d’abandonner sa politique qui consiste à diviser les Ivoiriens.


I. La définition des concepts d’Etat, de République et de Nation


A propos des pays africains, Yves Person disait ceci : «Quand on observe le thème de la «construction nationale» en Afrique noire, ce que la colonisation et la décolonisation ont établi en Afrique noire, ce n'est pas la «Nation» mais «L'État» dit «moderne», avec ses «prétentions rationnelles». Qu’entendons-nous donc par Etat et Etat-nation ?  L'Etat c'est l'instance qui oriente, qui arbitre et qui dans bien des domaines décide. L'Etat c'est une puissance, ce n'est pas la seule, protectrice, anticipatrice, redistributrice. Elle garantit l'idée même du bien commun par-delà la confrontation des égoïsmes ou des corporatismes ou l'exubérance des attentes parfois irraisonnées. L'Etat c'est la référence collective, l'incarnation de l'intérêt général même si l'Etat ne détient pas par lui-même le monopole de l'intérêt général. Car l'Etat est au service de la Nation, il n'est pas la Nation à lui seul. Et l'Etat ne peut pas prétendre tout faire tout seul s'il ignore la multiplicité des organes qui constituent le corps vivant, le corps social, alors il se condamne à l'inefficacité et parfois même à l'impuissance. L'Etat doit être respecté, à condition qu'il respecte les autres parte - naires. L’Etat-nation est un domaine dans lequel les frontières culturelles se confondent aux frontières politiques. L’idéal de l’Etat-nation est que l’Etat incorpore les personnes d’un même socle ethnique et culturel. Cependant, la plupart des Etats sont polyethniques. Ainsi, l’Etat-nation «existerait si presque tous les membres d’une seule nation était organisés en un seul Etat, sans autres communautés nationales présentes. Bien que le terme soit souvent usité, de telles entités n’existent pas». Quant à la république, empruntons simple - ment la définition que donne Rousseau : «J'appelle République tout État régi par les lois, sous quelque forme d'administration que ce puisse être : car alors l'intérêt public domine, et la chose publique est quelque chose » (Contrat social, Il, 6).Montesquieu appelle lui, a distingué, au sein de la république, deux systèmes de gouvernement, le régime démocratique et le régime aristocra - tique : « lorsque, dans la république, le peuple en corps a la souveraine puissance, c’est une démocratie. Lorsque la souveraine puissance est entre les mains d’une partie du peuple, cela s’appelle une aristocratie.» La Nation est davantage une construction idéologique qu’une réalité concrète, ce qui explique la difficulté de lui donner une définition pleinement satisfaisante. Son étymologie est liée à la notion de naissance (nascere). Ainsi, à l’époque médiévale, l’idée de nation renvoie ainsi à un groupe d’hommes à qui l’on attribue une origine commune. Mais la conception moderne de la nation dépasse largement le cadre ethnique ou tribal. Elle trouve plutôt sa source dans un ensemble complexe de liens qui fondent le sentiment d’une appartenance commune. Elle est ainsi à la fois extérieure aux individus, en même temps qu’elle est intériorisée et transmise d’une génération à l’autre. Pour s’imposer, elle suppose également l’existence d’une volonté durable de vivre au sein d’un même ensemble. Ernest Renan, l’historien et philosophe français conclut pour dire qu’«Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis.»


II. L’éclatement de la république et de la Nation sous le Président Ouattara


Dès qu’il est arrivé aux affaires, le Président Ouattara a commencé par dépecer la répu - blique et saboter la construction de la nation. Partisan de l’ethnocentrisme, il est doué dans l’art de «diviser pour régner».  Au premier jour de sa visite en France, le mercredi 25 janvier 2012, dans une interview accordée au journal «L'Express», il dit ceci: «Sous Gbagbo, les communautés du Nord, soit 40 % de la popu - lation, étaient exclues des postes de responsabilité. S'agissant des hauts cadres de l'armée, j'ai eu à négocier avec les officiers des ex-Forces nouvelles, qui voulaient tous les postes. Et j'ai réussi à imposer cet équilibre dans la hiérarchie militaire, jusqu'au niveau de commandant : le n° 1 issu des Forces nouvelles, flanqué d'un n° 2 venu de l'ancienne armée régulière». Le Président Ouattara sonnait là, la trompette de la division et de la fracture sociale. C’était une attaque à l’arme lourde contre la république de Côte d’Ivoire. Et pourtant, la république est par définition ethnocide. Et pour cause, selon   le célèbre ethnologue anarchiste, Pierre Clastres, «l’ethnocide (…), c’est la suppression des différences culturelles jugées inférieures et mauvaises, c’est la mise en œuvre d’un principe d’identification, d’un projet de réduction de l’Autre au même (…). En d’autres termes, l’ethnocide aboutit à la dissolution du multiple dans l’un ». En clair, dans une république, l’ethnie dis - paraît au profit de la communauté des communautés.  Les Ivoiriens ont cru qu’il allait stopper sa politique de rattrapage mais c’est mal connaître le naturel du Président et son clan. Tout récemment le « rattrapé Ahmadou Bakayoko», DG de la RTI, a procédé à des nominations ethniques et régionalistes. Les rattrapés ethniques élus sont : Touré Sanga, Directeur de RTI1 et RTI2 ; Koné Lanciné, précédemment Directeur de RTI2, est nommé Directeur de l’information ; Traoré Abou, Directeur de RTI Bouaké ; Cissé Mohamed Lamine, Directeur chargé des magazines et des Sciences-fictions à la RTI. Notons que les autres patrons de la RTI tels Touré Aboubcar (directeur des ressources humaines), Abou Hogo (directeur de la comp - tabilité), Habiba Dembélé (directrice des reportages), Koné Lanciné (directeur des pro - grammes), Siédou Coulibaly (directeur de la diffusion), Traoré Abou (directeur de l’information par intérim, qui sera confirmé), Saly Silué (directrice de Radio Côte d’Ivoire) et. Didier Bléou (directeur de Fréquence 2), seront maintenus à leurs postes. C’est donc dire que les medias publics sont caporalisés par le  Président Ouattara et son clan. Cette pratique est dangereuse pour la République et la Nation. Alassane Ouattara sape l’interaction complexe des liens qui fondent le sentiment d’une appartenance commune, donc la construction de la nation. Les Ivoiriens ont aujourd’hui le sentiment que le nord de la Côte d’Ivoire est une république à part [avec la politique du rattrapage]. Le Président Ouattara ressemble plus à un chef de tribu qu’à un chef d’Etat. Alassane Ouattara attaque chaque jour la République et la Nation.  Jusqu’à quand cela va-t-il  durer ?

Conclusion

Aujourd’hui les Ivoiriens ne comprennent pas cette référence constante au régionalisme et à l'ethnie dans notre pays. Et pourtant, l’histoire récente de notre pays nous interdit cette aventure isolée et malheureuse. A partir de ces réalités, il s’agit maintenant de trouver le chemin le meilleur pour une contre-offensive populaire convergente que l’on peut estimer dès maintenant potentiellement majoritaire. Pour conduire à la victoire des défenseurs de la nation et de la république, ce chemin passe par l’union de notre peuple et la recherche d’un compromis historique qui pourrait pren - dre la forme d’un rassemblement patriotique et de progrès social.
Texte proposé par Dr Prao Yao Séraphin, délégué national au système monétaire et financier à LIDER
Le Nouveau Courrier  N° 843 Du Jeudi 01 Août    2013




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