Libre opinion/Accélérer le déclin de la France: un devoir pour les souverainistes africains

Samedi 11 Janvier 2014 - 00:05


Comment l’Afrique francophone se porte-t-elle aujourd’hui? Mal, très mal même, de notre point de vue. Elle ressemble en effet à ce voyageur attaqué puis abandonné à demi mort par des bandits entre Jérusalem et Jéricho dans la parabole du bon Samaritain (Lc 10, 29-37). Pour le dire autrement, elle donne l’impression d’être condamnée à ne produire que des rébellions, coups d’État et guerres dans la mesure où elle n’en a pas fini avec les crises comme on l’a vu en 2013 avec les événements dramatiques du Mali et de Centrafrique. L’intervention de la France dans ces deux pays a-t-elle été salutaire? Hollande y est-il allé gratis pro Deo? L’opération Sangaris étant en cours en Centrafrique, il est trop tôt pour la juger. Le bilan de Serval au Mali semble, lui, mitigé si on se réfère à une déclaration du Sénégalais Amath Dansokho. En effet, tout en reconnaissant que la France a stoppé “l’avancée des djihadistes, des forcenés qui veulent imposer leur modèle de société par la mort et la violence”, le président d’honneur du Parti de l’indépendance et du travail (PIT) ne comprend pas que les autorités françaises “protègent certains groupes armés dans le nord du Mali” et se demande si l’objectif de cette protection n’est pas “la création d’un État croupion qui permettrait l’exploitation des immenses ressources minières, énergétiques de cette zone, au détriment du Mali”.
      Toute l’ambiguïté de la France est là: faire croire qu’elle vole au secours de ses ex-colonies confrontées à des difficultés alors que c’est elle-même qui y sème le désordre et la mort. Tout le monde sait, par exemple, que c’est parce qu’elle a plongé la Libye dans le chaos que des terroristes se sont installés au Nord du Mali voisin avec des armes puissantes et dangereuses prises en Libye. Les autorités françaises semblent ne pas être contentes aujourd’hui de Michel Djotodia mais qui a laissé les combattants de la Seleka prendre le pouvoir à Bangui? Quand François Bozizé demandait l’assistance de la France, Hollande n’avait-il pas refusé de bouger? D’ailleurs, qui avait aidé Bozizé à chasser en 2003 Ange-Félix Patassé démocratiquement élu président de la République en 1993? Comme le dit une chanson de Tiken Jah, “ils attisent le feu, ils l’allument. Après, ils viennent jouer les pompiers.” Des pyromanes-pompiers: voilà ce qu’ont toujous été les dirigeants français. À moins qu’ils fassent semblant, quelques traîtres africains refusent de comprendre que c’est la France qui “fout la merde” dans nos pays. Pour eux, ce sont les Africains qu’il convient de blâmer car ils sont les seuls responsables de cette situation. Mais pourquoi rejettent-ils toute la faute sur leurs frères? Pourquoi n’incriminent-ils jamais la France? Pour une raison aussi simple que dire bonjour: ils tiennent à préserver leurs petits intérêts (le vin, le fromage et le visa français, le petit boulot dans telle ou telle PME française). Certes, les fils et filles de cette partie de l’Afrique ne sont pas irréprochables. Leurs péchés sont, entre autres, la cupidité, l’incurie, l’égoïsme, le tribalisme, le non-respect du bien commun, la corruption. Mais l’objectivité et l’honnêteté commandent de dire aussi que l’Afrique de langue française souffre plus et d’abord des hommes politiques français qui n’ont jamais renoncé à piller  ̶  via Areva, Total, Elf, Bouygues, Bolloré, Orange, France Télécom et d’autres entreprises  ̶  ses richesses naturelles et à s’ingérer dans ses affaires intérieures.
     Une ingérence que même certains analystes occidentaux ne se privent plus de dénoncer. Ainsi, en est-il de Fabrice Tarrit, président de l’ONG “Survie”, quand il juge le sommet de l’Élysée pour la paix et la sécurité en Afrique (6 et 7 décembre 2013)  : “En 1998, lors d’un précédent sommet France-Afrique sur la sécurité, la France avait annoncé vouloir changer de pratiques en matière de coopération militaire. 15 ans plus tard, son armée est toujours bien positionnée en Afrique et la plupart des dictateurs de l’époque sont toujours en place. La France poursuit ses interventions militaires sans avoir dressé aucun bilan de ces opérations ni de leur impact réel sur la paix et la démocratie dans les pays concernés. Ce bilan serait, il est vrai, accablant.” Et Patrick Farbiaz, porte-parole de Sortir du Colonialisme, de renchérir: “Ce sommet intervient pendant la négociation d’une loi de programmation militaire qui, dans le prolongement du Livre Blanc sur la Défense, prévoit le renforcement de la capacité d’intervention des forces françaises sur le continent.  On assiste à une relégitimation de l’ingérence militaire française qui s’appuie sur une propagande autour d’opérations prétendument menées au nom des droits de l’Homme, mais qui servent en vérité les intérêts français
     
Une contribution de Fabien Meledouman

Notes:

1- L’Humanité du 3 janvier 2014.
2- http://www.michelcollon.info/Paix-et-securite-en-Afrique-la.html?lang=fr
3- M. Galy, “50 ans de fiasco de la Françafrique”,  Le Monde du 4 décembre 2013
4- Ibid.
5- Janine Di Giovanni, “La chute de la France”,  Newsweek  du 3 janvier 2014.




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