Liberté de la presse en Côte d'Ivoire: "JSF plaide pour plus de rigueur, d’indépendance, de professionnalisme et un rôle plus important des organes de régulation"

Lundi 5 Mai 2014 - 09:08


DECLARATION N°014-MA2014 DE JSF RELATIVE A LA LIBERTE DE LA PRESSE

En ce 03 mai, consacré à la célébration de la liberté de la presse, il plaît à Jeunesses Sans Frontières de se tenir aux côtés des acteurs de l’information, dans toute leur diversité, afin que d’une part nous puissions apprécier avec ceux-ci le chemin parcouru pour la conquête de la liberté.
La liberté de la presse est considérée comme une pierre angulaire des droits de la personne et comme une assurance que les autres droits seront respectés. Elle favorise la transparence et une bonne gouvernance et représente, pour la société, la garantie que régnera une véritable justice. Elle est essentielle à l'échange d'idées entre les nations et les cultures, qui est lui-même une condition menant à une compréhension et à une cohésion durables. Au-delà de la presse comme entité, c’est de la liberté d’expression même qu’il s’agit, comme stipulé dans l'Article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 que : "Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.". C’est en ce sens que la société civile doit s’approprier de cette problématique.
En Côte d’Ivoire, la loi N° 2004-643 du 14 décembre 2004 portant régime juridique de la presse, excluant la peine d’emprisonnement pour les délits de presse, est une référence et renforce la liberté de la presse dans le pays. Tout comme les nouveaux textes dans lesquels le régime de déclaration pour la création d’un journal remplace le régime d’autorisation. Cependant les articles 69 et 70 instaurent des restrictions. Si l’article 69 indique que les journalistes sont « passibles de peines prévues par les articles 174 et 175 du code pénal » pour certains faits et actes, l’article 70 souligne que tout « journal ou écrit périodique peut être suspendu par la décision condamnant l’auteur du délit de presse. ». Au vu des dérives auxquelles continuent de s’adonner certains organes, ces mesures restrictives sont difficilement condamnables.
Une grande partie de la presse Ivoirienne s’est en effet incrustée dans les différentes chapelles politiques, en déformant les bruits des arrière-cours susceptibles d’attirer l’attention de tous sur le danger, en mélodies douces aux oreilles des maîtres ou chefs de clans. L’engagement partisan des médias ivoiriens remonte à bien avant la crise politique actuelle. C’est en 1991, à la faveur de l’ouverture multipartite que le président Félix Houphouët-Boigny autorise un pluralisme médiatique. Les médias privés nouvellement créés affichent, dès cette époque, des couleurs et des affiliations politiques très franches. Les liens entre les différents titres, radios, télévisions, sites Internet et les partis vont au-delà du simple financement. Ce sont des liens militants.  Aujourd’hui, personne ne peut nier le rôle déterminant des formations politiques et des médias dans la manipulation des populations ivoiriennes. Cela a conduit à des oppositions et favorisé un climat de haine entre les Ivoiriens. Chacun sait également que ces médias politisés ne font pas de l’information, mais de la communication politique et idéologique élaborées par les acteurs politiques de tout bord.
Les populations étant en grande partie peu instruites, elles n’ont pas le recul intellectuel nécessaire pour analyser les informations véhiculées ici et là par les différents médias. La conséquence ne s’est pas fait attendre. Les Ivoiriens se sont trucidés du fait de la propagation des vilains sentiments comme la haine tribale, et ethnique jusqu’à ce jour. C’est ainsi que les médias ivoiriens ont occupé une très grande part de responsabilité dans le chaos qu’a connu la Côte d’Ivoire, depuis près de vingt ans. Il faut se donner les moyens pour sortir de ce rôle néfaste.
Les solutions sont déjà connues et plusieurs fois dites par les différentes organisations professionnelles des journalistes.
Ce sont par exemple: la libéralisation des médias; une réelle liberté d’expression y compris pour les médias d’Etat, mais surtout pour ceux de l’opposition; le respect de la déontologie et l’objectivité absolue dans le traitement de l’information; de meilleures conditions de travail ainsi qu’une rémunération digne de cette noble et pénible profession; une véritable politique de formation des journalistes adaptée à nos réalités sociopolitiques nationales; lutter contre les faux journalistes indésirables qui nuisent à la profession  ; etc... Pour notre part, Jeunesses Sans Frontières estime que les médias ont le devoir de contribuer à l’apaisement du climat sociopolitique et la prise de conscience des populations vis-à-vis des vrais enjeux du développement du pays. Pour se faire, JSF plaide pour plus de rigueur, d’indépendance, de professionnalisme et un rôle plus important des organes de régulation et d’autorégulation. En effet face à des organes de presse qui abandonnent leur indépendance, l’on ne peut pas revendiquer objectivement la liberté totale.  La jouissance effective des droits n’est-elle pas conditionnée par le respect scrupuleux des devoirs  ?
La presse peut et doit jouer un rôle essentiel dans les efforts de reconstruction de la Côte d'Ivoire, à condition de renouer avec les règles déontologique du métier. Dans l’espérance de l’avènement de cette presse à la hauteur des défis, Jeunesses Sans Frontières traduit à tous ses partenaires médias sa sincère gratitude et ses encouragements soutenus.

Fait à Abidjan, le 3 Mai 2014

Pour Jeunesses Sans Frontières
Le Présidium
Le Président
DIAKITE Tawakkal





 


 

 





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