Libération provisoire de 12 prisonniers politiques : Et pourtant, rien n’est réglé en Côte d’Ivoire !

Spécialiste des opérations de com’ sans lendemain, Alassane Ouattara a encore fait parler de lui ce lundi en accordant la liberté provisoire à 14 détenus, dont 12 prison- niers politiques. Un feu de paille qui aura le mérite de contenter ses suiveurs. Et pourtant…

Mercredi 7 Août 2013 - 04:39


Libération provisoire de 12 prisonniers politiques : Et pourtant, rien n’est réglé en Côte d’Ivoire !
C’ est ce que l’on appelle, en bon français, «le fait du prince». Autrement dit, un acte arbitraire d’un gouvernement qui substitue sa volonté de puissance au droit et au plus élémentaire devoir de justice. L’annonce de la libération provisoire accordée à 12 éminents prisonniers politiques par le régime Ouattara est certes une bonne nouvelle pour eux et pour leurs familles, qui les retrouveront avec une joie non dissimulée.  Mais elle est une manifestation de plus de l’absence totale d’Etat de droit dans la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui et de la manipulation de l’institution judiciaire par l’actuel pouvoir. La technique expérimentée par ceux qui dominent actuellement sur la Côte d’Ivoire est simple. Elle consiste à profiter d’un moment de confusion et de «liberté exceptionnelle» pour aller le plus loin possible dans l’ignominie – exécutions, arres - tations, etc. – et à faire apparaître, par la suite, toute concession à la normalité démocratique et toute réparation d’injustice, comme des actes d’une indépassable magnanimité. C’est ce type d’imposture politique qu’il faut fondamentalement
dénoncer. Il faut, si on ose le dire, battre le fer quand il est chaud ! Alassane Ouattara a décidé d’accor - der à des prisonniers politiques une liberté provisoire plusieurs fois refusée par le passé. C’est bien. Mais il avait déjà esquissé une telle choré - graphie en novembre 2011 et en décembre 2012 pour permettre à d’autres hommes et femmes politiques ou assimilés injustement incarcérés de humer l’air frais d’une liberté bien précaire. Comme s’il s’agissait de gagner du temps en «libérant» progressivement ses adversaires politiques, des moins dangereux politiquement aux plus «offensifs», en se donnant le beau rôle à chaque fois.
Fausse magnanimité Il faut noter, pour mesurer le carac - tère fondamentalement mensonger de ces libérations provisoires, qu’après les faits de «magnanimité» des années passées, de nouveaux innocents ont été arrêtés et jetés en prison par le pouvoir, comme pour faire comprendre à tous que son arbitraire était toujours «à la mode». La nature du régime Ouattara – mar - qué par le sceau d’une tyrannie violente et hostile à la règle de droit – n’a absolument pas changé hier. Et les problèmes politiques demeurent les mêmes. Des prisonniers politiques de premier plan – comme Simone Gbagbo, Charles Blé Goudé –, des militaires coupables d’avoir été loyaux au président désigné par les institutions légitimes à l’issue de la présidentielle 2010, et des citoyens ordinaires victimes de délit de patronymie ou de leur militantisme, croupissent toujours dans les geôles du régime. Ils sont plusieurs centaines. De plus, une libération provisoire n’est ni une grâce ni une amnistie. Les 14 personnes qui bénéficient de cette mesure demeurent inculpées. Elles ne sont pas libres de leurs mouvements. Une épée de Damoclès plane sur leurs têtes. Le constat est implacable : les personnes «libérées provisoirement» dans les vagues précédentes n’ont pas vu leur procédure avancer d’un pouce. Comme s’il fallait tout faire pour éviter qu’ils exercent à nouveau leur activité poli - tique sans entraves !
Procédure judiciaire inique C’est la nature même des procédures judiciaires en cours qui est inique. Comme le rappelait Guy Labertit, alors qu’il était interrogé par le quotidien français Le Monde,  « il s'agit d'une violation caractérisée des principes élémentaires du droit pénal : on ne retient aucune charge particu - lière, mais on procède à des inculpations groupées ». Il faut mettre fin à cette sinistre farce judiciaire. Et le plus tôt serait le mieux. Plus profondément, le régime Ouattara doit faire preuve de bonne volonté sur d’autres dossiers pour prouver sa bonne volonté – et faire mentir ceux qui pensent qu’il ne s’agit, en réalité, que de complaire aux bailleurs de fonds et à la «communauté internationale». La question de l’impunité garantie aux nervis armés du régime, dont le massacre de Nahibly est l’illustration absolue, est pendante. La «justice des vainqueurs» demeure la règle, le rattrapage ethnique aussi. La question brûlante des réformes électorales, notamment de la mise en place d’une nouvelle Commission électorale indépendante (CEI) plus équili - brée, se pose avec acuité. La volonté de passage en force du régime sur les questions pourtant sensibles de la nationalité et du foncier rural menace la paix civile. Libérer les détenus d’opinion ne suffit pas. Il faut qu’une feuille de route consensuelle soit mise en place en vue de la négociation d’une paix civile durable. La «communauté internationale», coresponsable des déséquilibres politiques qui hypothèquent l’avenir politique et économique de la Côte d’Ivoire, doit s’investir dans la mise en place de cette feuille de route.


Par Philippe Brou

Source: Le Nouveau Courrier




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