Libération de Gbagbo : La vérité sur le pays d’accueil

Dans la perspective d’une libération conditionnelle d’ici le 11 novembre prochain, Laurent Gbagbo devra d’abord se résoudre à trouver un pays d’accueil au-delà des frontières ivoiriennes. Trois sont en course pour satisfaire à cette exigence.

Vendredi 18 Octobre 2013 - 07:03


Libération de Gbagbo : La vérité sur le pays d’accueil
Officiellement, ils sont trois : l’Ouganda qui fut le premier pays à dire oui à l’ancien président sud- africain Thabo Mbeki, l’Angola et l’Afrique du Sud. A deux semaines de l’audience du 9 octobre dernier, la piste sud-africaine a d’ailleurs été à nouveau réactivée. Les proches de Laurent Gbagbo élargissent expressément l’éventail des pays à même de l’accueillir pour que la cour pénale internationale ait l’embarras de choix au moment où elle devra se décider. Mais pour y arriver, il a fallu l’implication d’officiels bien connus pour démarcher les pays concernés. Ainsi, l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki a joué un rôle prépondérant auprès des chefs d’Etat de ces différents pays. Il a personnellement appelé certains, rencontré d’autres pour que les choses aillent vite et que le dossier des conseils de Gbagbo ne souffre pas de ce détail si important. « Quand je suis allé le voir, c’était initialement pour démarcher les officiels de son pays. Mais tout de suite, il m’a demandé si j’avais d’autres pays en tête. Sentant que je n’y avais pas réellement pensé, Mbeki a lui-même évoqué la piste ougandaise et angolaise. Devant moi, il a pris son téléphone pour appeler le président angolais ». Le président ougandais, lui, a été démarché le jour du centenaire de l’ANC ; il a tout de suite répondu oui. Et, séance tenante, Museveni a appelé son ministre des Affaires étrangères pour s’occuper du reste », selon la même source.
Le reste procède en effet de tous les détails techniques complémentaires mais absolument nécessaires. Le pays écrit d’abord officiellement pour dire qu’il accepte d’être le pays d’accueil pour recevoir la personne concernée. Puis, se met en rapport avec les avocats, en l’occurrence ceux de Laurent Gbagbo, pour finaliser tous les aspects techniques du dossier. C’est donc muni de toutes les assurances afférentes que le dossier est transmis à la CPI par les avocats. Et c’est ce qui a été fait dans le cas du président Laurent Gbagbo. A ce jour, trois pays sont en course comme indiqué plus haut. Cela dit,  à ce stade de la procédure, nul ne peut dire avec exactitude où Laurent Gbagbo sera accueilli s’il obtient la liberté conditionnelle. La CPI a toute latitude de choisir le pays qu’il veut parmi ceux qui ont exprimé le désir d’être des pays hôtes. Généralement, la priorité va vers celui qui semble garantir, aux yeux de la cour, les conditions qui peuvent permettre la poursuite du procès.
Compte tenu que la cristallisation s’est longtemps faite sur le risque de fuite, c’est le pays qui présenterait ainsi toutes les assurances de pouvoir garder le président Gbagbo sur son territoire qui aurait la confiance de la cour pénale internationale. Cela dit, d’autres pays peuvent aussi se proposer d’accueillir le président Gbagbo et mener les démarches en ce sens avec les avocats en toute discrétion. La CPI mène également sa propre démarche à travers son greffe qui rencontre les autorités politiques concernées pour se faire sa propre idée.
Mais la question du pays d’accueil est désormais subsidiaire en comparaison de la teneur du dossier Gbagbo lui-même. L’aveu d’insuffisance de preuves fait par la cour pénale internationale le 11 juillet dernier a désilé les yeux à plus qu’il n’en faut pour que l’opinion africaine, en particulier, change radicalement. « En Afrique du Sud, par exemple raconte la même source, les journalistes qui refusaient de rencontrer les personnalités ivoiriennes locales prennent désormais leur temps pour les écouter ». Pareil en Grande-Bretagne où les autorités publiques continuent certes de s’aligner sur les positions françaises et américaines mais on y presse désormais volontiers Alassane Ouattara pour traduire ses partisans devant les juridictions internationales.
Bref, la justice des vainqueurs, de même que l’incompétence de Ouattara, particulièrement à enrayer les violations massives des droits humains en Côte d’Ivoire, a fragilisé la côte d’amour du chef de l’Etat auprès de ses partenaires de la communauté internationale. Depuis son arrivée au pouvoir, largement porté par les bombes de la coalition franco-onusienne, Ouattara fait en effet du surplace. Il  n’a donné aucune suite à ses promesses de démocratie et d’impunité. Au contraire, il a encore creusé les clivages sociaux déjà abyssaux qui existent dans le pays. Sa théorie de la sélection ethnique pour obtenir la protection de l’Etat a fait bien plus de ravages que l’ivoirité par laquelle Ouattara popularisa ses ennuis personnels. Conséquence, le pays n’a jamais été autant bloqué. Même la libération d’une partie de la classe dirigeante du front populaire ivoirien n’a pas permis d’obtenir les promesses de la fleur. La déclaration du gouvernement réitérant la libération de 3000 prisonniers de droit commun n’a pas été non plus suivie d’actes concrets. Parce que le gouvernement hésite toujours à honorer la promesse de libérer les prisonniers politiques restant. Finalement le retour de Gbagbo alimente les espoirs les plus fous au pays. Puisse la CPI donner la chance à cet élan. ▄



Sévérine Blé

Source: Aujourd'hui N°483 du jeudi 17 octobre 2013




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