Libération de Blé Goudé / Zap Krasso (représentant du Cojep France) : Il faut se rendre à l’évidence et discuter avec le pouvoir. Je viens à Abidjan pour ça avec mes mots et ma manière à moi !

Ex-directeur de campagne adjoint chargé de la mobilisation et de la jeunesse en France lors de la dernière campagne présidentielle, Raymond Zap Krasso est le représentant du Cojep en France, le mouvement fondé par Charles Blé Goudé. C’est à juste titre qu’il est très actif sur le front qui lutte pour la libération de l’ex-chef de l’Etat Laurent Gbagbo. En même temps, Zap Krasso dit être préoccupé par le sort de son mentor Blé Goudé. Il n’exclut pas de se rendre sur place à Abidjan dans les prochains jours, pour jouer sa partition dans la lutte pour la libération de son leader. Pour l’instant, il se confie à l’IA pour donner un aperçu de ce qu’il entend faire une fois sur le front abidjanais.

Samedi 4 Janvier 2014 - 22:53


Zap Krasso, Représentant du COJEP en France
Zap Krasso, Représentant du COJEP en France
Vous êtes depuis le 11 avril sur le front de la lutte patriotique au sein de la diaspora au moment où s'achève 2013 quel bilan dressez de toutes vos actions en ce qui concerne Cojep France ?

Le bilan nous parait positif et plus que même satisfaisant. La communauté internationale pensait que la capture du président Laurent Gbagbo et son transfèrement à la CPI aurait suffi à casser le pacte d’amour que celui-ci a signé avec son peuple. A l’évidence, ce sont ces marches là qui ont permis de semer le désordre dans le cahier de charges des hommes de loi de la CPI. C’est par cet acte que la France politique a compris que les élections passées restent encore problématiques et qu’ils ne sont plus sûrs que le vainqueur démocrate qu’on leur a présenté soit si net que ça. C’est par notre mobilisation que le doute s’est installé dans la tête de la fameuse communauté internationale sur la vraie typologie politique de la Côte d’Ivoire ou celui qu’on présentait comme le dictateur usurpateur du pouvoir devient pratiquement l’objet d’un culte panafricain. Et pour cela il a fallu user de témérité et d’astuces. Pendant 2 ans et demi, nous avons battu presque quotidiennement le pavé de toutes les capitales européennes, nous avons fait des sit-in devant les institutions européennes, nous avons multiplié des colloques, des conférences sur la situation de crise en Côte d’Ivoire... Tout ce bilan est à l’actif de tous les patriotes ivoiriens de la diaspora qui ont été soutenus par leurs frères et soeurs de toute l’Afrique. Ces deniers temps en attente des dernières délibérations judiciaires qui en notre sens vont conclure à l’innocence du président Laurent Gbagbo, nous exerçons un lobbying politique dans le cadre d’une organisation commune appelée le conseil de la diaspora. Nous avons déjà obtenu des rencontres avec le parti socialiste, la direction de l’UMP et l’assemblée Nationale française. Cela complète les séries de rencontres obtenues par certains mouvements de résistance dans leurs actions internes.
 
Vous particulièrement, vous menez la lutte sur deux fronts: la libération de Blé Goudé votre mentor et celle de Laurent Gbagbo. Est-ce que cela ne disperse pas vos efforts ?

 Lorsqu’on croit en sa raison et que le devoir l’impose, il n’y a aucune once de lassitude à avoir. De loin, nous observons la situation de la Côte d’Ivoire de près. Nous avons donc un jugement dépassionné de l’état des choses. Nous observons que presque 3 ans après l’arrivée du RDR au pouvoir, il n’y a aucune amélioration sensible du vécu quotidien des ivoiriens. Et le battage médiatique des réalisations qu’on inaugure par-ci et par-là ne doivent pas nous faire perdre la lucidité et nous empêcher de voir la réalité en face. Les Ivoiriens n’arrivent plus à manger à leur faim, l’accès aux premiers soins est quasi nul parce que les hôpitaux sont vides, les écoles fonctionnent de façon parcellaire, les routes rurales sont fermées obligeant les paysans à des marches à pieds comme au bon vieux temps, l’insécurité est galopante. Bref, on nous avait promis du miracle, on court vers le mirage. Il y a beaucoup d’autres tares à relever.
 
Concernant le dossier Laurent Gbagbo, pensez-vous tenir le bon bout quand la CPI elle-même déclare que vos manifestations n'ont aucune influence sur ses décisions ?


Je le disais un peu plus haut et selon les confidences d’un grand avocat canadien, que la CPI est une institution aux ordres des grands états occidentaux qui ont pensé qu’il fallait boucler du Gbagbo Laurent l’anti conformiste, le rebelle à l’ordre établi et il ne se passerait rien. Ils l’ont fait aisément avec le président Yougoslave Milosovic qu’ils ont assassiné par empoisonnement dans leur prison de la cpi. Identique pour Charles Taylor qu’ils ont condamné à la prison à vie. Mais pour Laurent Gbagbo, le plan a été déjoué par le soulèvement populaire suscité depuis Paris et vulgarisé dans toute l’Europe. La Cpi cherche donc à se crédibiliser car elle a échoué dans toutes ses entreprises. Empêtrée dans ses recherches de preuves d’inculpation du président Laurent Gbagbo, désarçonné par une défense professionnelle et offensive de l’équipe de Me Altit, en proie à une salve de critiques sur sa politique judiciaire au faciès, la Cpi ne pouvait aussi facilement se désavouer sur son échec dû à la réaction des résistants panafricains qu’elle n’attendait pas. Le violeur a été pris en flagrant délit.
 
Charles Blé Goudé est incarcéré en Côte d'Ivoire depuis janvier 2013. Vous luttez pour sa libération en France. Qu'avez-vous obtenu au stade actuel de votre principale revendication à savoir la libération de Blé Goudé ?

La bataille pour la libération de Charles Blé Goudé est intimement liée à celle du président Laurent Gbagbo. Comme si les deux ont des destins liés. Mais force est de reconnaître que l’incarcération de Charles Blé Goudé n’est pas similaire à celle de Laurent Gbagbo. Nous avons encore espoir qu’il peut recouvrer la liberté à tout moment pourvu que le pouvoir actuel le veuille. C’est un espoir que nous caressons. C’est pourquoi nous devons aller à la rencontre de ce pouvoir et se parler. Le Cojep a intérêt à épauler dans ce sens le Fpi parce que ce n’est pas le Fpi qui sera notre éternel porte-parole. Il est encore temps d’aller chercher la libération de Charles Blé Goudé en allant discuter avec Hamed Bakayoko et Soro Guillaume. Ce sont eux qui dirigent. Ce sont eux qui doivent comprendre que la jeunesse actuelle doit se construire un avenir sur le pardon et la tolérance. Ce sont eux qui connaissent Blé Goudé et les Ivoiriens. Ce sont eux qui doivent transmettre à qui de droit nos doléances et nos préoccupations. Et les arguments pour plaider en faveur de Blé Goudé ne manquent pas. Ils les connaissent et ils nous aideront à les poser et à les résoudre. Soro Guillaume pourra avancer qu’à un moment de sa vie alors que sa tête était mise à prix dans toutes les chapelles politiques y compris dans sa famille politique, c’est Blé Goudé qui l’a protégé et qui l’a sauvé. Hamed Bakayoko avouera avoir promis qu’il a mis sous sa protection Blé Goudé pour ne pas qu’il lui arrive quoique ce soit. Nous pensons qu’ils ne se laisseront pas entraîner dans une autre forfaiture en laissant Blé Goudé dans les mains des impérialistes. Nous leur demandons de ne pas le transférer à La Haye. Nous demandons humblement à Ouattara de libérer Blé Goudé.
 
Vous avez l'intention selon des indiscrétions de rentrer en Côte d'Ivoire pour poursuivre la lutte. Confirmez vous cette nouvelle ?

Oui. Je confirme cette nouvelle. J’en viens à rappeler qu’il y a un temps à tout. Un temps pour pleurer, un temps pour renaître à la vie. Je resterai Zap Krasso l’activiste pro-Gbagbo, c’est la qualification que m’a donnée la presse RDR. Cependant, avec l’incarcération du président Laurent Gbagbo notre père et tous ses collaborateurs dont le président du Cojep Charles Blé Goudé, la 1ère dame Simone Gbagbo et beaucoup d’autres, des responsabilités nous incombent – et j’insiste - de les faire sortir de là où ils sont. Si tant est que Laurent Gbagbo pose un problème juridictionnel, parce que son destin est dans les mains des juges de la Cpi, une intervention politique est toujours possible. C’est à nous de susciter cela.
 
Vous avez toujours critiqué le gouvernement. Qu’est qui vous fonde que vous serez écouté ?

Vous voyez que j’ai égrené un chapelet de critiques contre le régime d’Abidjan comme vous dites. Parce que nous estimons que ce pouvoir aurait beaucoup à gagner en plaçant au centre de sa politique l’intérêt du peuple. Qu’il trace la voie de la réconciliation avec des gestes concrets. Mais hélas, il nous impose des emprisonnements. Oui ce pouvoir gagnerait à exercer son pouvoir politique d’une autre manière que celle-ci. Nous ne nous privons pas de ces critiques car c’est la triste réalité. C’est pourquoi nous disons qu’il faut maintenant envisager à ouvrir d’autres alternatives de gestion de ce conflit politique. Gbagbo Laurent est en prison, Blé Goudé est en prison, Simone Gbagbo est en prison et ceux qui les détiennent sont ceux là à qui on dénie à tort ou à raison ce pouvoir. Il faut pourtant se rendre à l’évidence de certaines réalités et commencer à discuter avec eux concomitamment à nos pressions populaires. L’un n’empêche pas l’autre. Quand nos leaders seront libérés, la politique se mettra en place. La politique c’est ce que Gbagbo sait faire. La politique c’est ce que Blé Goudé sait faire. La politique, c’est ce que Simone Gbagbo sait faire. Ainsi dit, je n’ai pas l’intention de venir déplacer des montagnes. Mais je pense fondamentalement qu’il faut sauver certaines situations et ouvrir des voies nouvelles pour une Côte d’ivoire nouvelle.
 
Que venez-vous faire concrètement à Abidjan ?

Je viens avec mes camarades discuter avec les autorités pour obtenir la libération de Charles Blé Goudé. Je viens avec les camarades du cojep relancer certaines activités dormantes du fait de la situation actuelle. Je viens donner gage au pouvoir que je ne les accablerai plus s’ils libèrent les prisonniers et font rentrer les exilés politiques. Je viens leur dire de garantir la sécurité des Ivoiriens et qu’ils doivent peser de toute leur autorité pour faire libérer le président Laurent Gbagbo. Mais je viens avec ma manière à moi et mes mots à moi. Le chantier de la réconciliation est colossal. N’oublions pas que le cojep est désormais un mouvement politique qui a son leader dans les geôles du pouvoir d’Abidjan. C’est pourquoi, j’ai émis le souhait de rentrer pour tracer avec tous ceux qui comme politiques, religieux, société civile sont déjà dans cette voie de résolution de la crise. Permettez- moi de garder par devers moi les manières d’y aller.
 
Avec quels arguments venez-vous à Abidjan pour mener la lutte là où le Cojep officiel, peine à convaincre les autorités ?

 Sachez tout simplement que je ne viens pas à la tête d’une rébellion armée pour poser des revendications. Ce n’est pas dans l’idéologie du Cojep. Je veux continuer avec mes camarades sur le terrain à parler pardon, réconciliation et avenir comme l’avait commencé Charles Blé Goudé. Une discussion est une recherche de solutions permanentes. Elle ne se fait pas forcément à perte. Cela peut arriver. Mais à force de la prolonger on en tire toujours profit. Il nous appartient au niveau du Cojep et de la galaxie patriotique sur laquelle s’étend l’autorité incontestable de Blé Goudé, de passer à la phase de discussion et de négociation. Le président Gbagbo avait déjà donné cette indication le 11 avril 2011 le jour de son arrestation. Le Cojep s’est toujours inscrit dans cette logique. Je viens parce que porteur d’un message d’apaisement. Que ma seule présence soit le symbole des ivoiriens de l’extérieur qui sont peinés de la situation de leur pays et qui veulent contribuer à tracer les sillons de la réconciliation. Je reste convaincu que la libération de Blé Goudé est une voie ouverte à la réconciliation. Le Cojep officiel ne peine pas sur ses théories. Je m’inscris en faux contre cette assertion. Le cojep est un mouvement à culture pacifiste. Et c’est sur ses valeurs que s’appuient nos camarades du Cojep national. L’équipe du camarade Roselyn Bly travaille dans la discrétion et elle travaille bien. Enfin, je viens les rassurer que nous sommes prêts pour une discussion franche et constructive. Une discussion est un lieu de compromis et non de soumission. Les camarades d’Abidjan sont prêts pour ce combat pour la libération de notre leader. Il doit être libéré pour préparer le retour du président Laurent Gbagbo.
 
Quelle analyse faites-vous du discours du président Ouattara qui enjoint le garde des sceaux d'examiner à nouveau en liaison avec la justice la libération provisoire de certains prisonniers de la crise post électorale. Est-ce que vous y voyez un espoir de libération de Blé Goudé?

Nous n'attendions pas grand chose du discours de Ouattara. C'est bien lui qui promettait de bonnes nouvelles pour son discours de nouvel an. Au constat, il vient d'avouer son impuissance à diriger la Côte d'Ivoire. Alors que le pays tangue, une décision courageuse d'ordonner la libération immédiate des prisonniers politiques aurait été un signe d'apaisement. Mais encore une fois, il a louvoyé et c'est très inquiétant pour notre pays. Car tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse. Nous refusons de retourner en arrière. C'est pourquoi, nous réitérons notre demande légitime au pouvoir actuel d'ouvrir les portes de ses prisons et des frontières pour que les Ivoiriens viennent participer à la construction de leur pays. Il faut qu'ils usent de leur pouvoir pour commencer par libérer ceux qui sont devant leurs portes. Je parle de Simone Gbagbo et de Charles Blé Goudé et de tous nos camarades du Cojep. Nous restons persuadés que ce geste est encore possible et peut conduire à la réconciliation. Oui nous pensons que Blé Goudé doit être libéré car le Cojep paie trop de tributs à cette crise. Martial Yavo, Jean Yves Dibopieu, Agénor Youan Bi et une cinquantaine d'autres sont encore en prison. Le journaliste Mambo Abbé, le conseiller Pr Youssouf Diaby, son collaborateur Richard Dacoury ... (et la liste n'est pas exhaustive) sont contraints à l’exil. Il faut mettre fin à cet ostracisme. On ne doit pas avoir peur de lui. Il déjouera tous les préjugés qui font de lui un redoutable adversaire. C'est un apôtre de la paix dont certaines actions ont permis aux ivoiriens d'éviter ce qu'ils ont hélas vécu en 2011,pendant les 10 ans du mandat du président Laurent Gbagbo. Quand il sortira, il continuera son oeuvre de pardon et de réconciliation. En plus, il y va de l’intérêt de la Côte d'Ivoire que ses enfants soient rassemblés et Ouattara devrait le comprendre

Interview réalisée par Silvain Dedailly

Source: L'intelligent d'Abidjan du 3 janvier 2014




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