Lettre ouverte aux Députés de Côte d’Ivoire

CIVOX.NET
Mardi 4 Octobre 2016 - 07:30


Henri Niava
Henri Niava

Il y a dans la vie des Nations et des Peuples des moments d’intense gravité et des situations si délicates, qu’elles appellent chaque citoyen à une profonde introspection.

Notre Pays qui émerge péniblement de dix années d’une crise âpre et dévastatrice, sera demain, mercredi 5 octobre 2016, face à son destin.

En effet, c’est demain qu’il sera donné aux Elus du Peuple, la grave et lourde mission de se prononcer sur les termes d’un avant-projet de Constitution initié par le Président de la République.

Avec les 23 partis signataires de la déclaration du 30 juin 2016, qui ont rejeté la démarche du Président de la République, l’Union des Sociaux-Démocrates USD, voulons par la présente, rap

peler les périls insoupçonnés qui guettent notre Pays à travers le projet de Nouvelle Constitution.

Vous les députés en qui, en dépit des cloisons partisanes le Peuple a remis toute sa confiance, vous ne pouvez pas avaliser le texte qui vous est présenté ce jour.

Vous avez comme tous les ivoiriens, suivi et parfois alimenté au sein de vos différents groupes parlementaires, les passionnées et très sérieuses discussions sur la démarche du Président de la République notamment  par :

Le référendum qui nous est annoncé est plein d’incertitudes et viole les lois universelles d’élaboration d’une Nouvelle Constitution, autant qu’elle porte atteinte aux prérogatives inaliénables du Peuple de Côte d’Ivoire en matière référendaire.

Le mépris caractérisé qu’affichent les initiateurs de ce Projet de Nouvelle Constitution vis-à-vis du Peuple de Côte d’Ivoire qui, totalement mis à l’écart dans la formulation et la conduite de ce projet, se voit dénier de la façon la plus humiliante, l’immuable et inviolable Pouvoir Constituant Originaire qui lui est consubstantiel.
 

La mise sur pied d’un comité d’expert, vous le savez,  n’a été qu’un  autre artifice pour tenter de tromper l’opinion nationale et donner aux observateurs de la vie sociopolitique nationale des gages de sincérité et de fiabilité.

Cependant, un seul détail peut nous édifier tous et achever de nous convaincre que cette nouvelle Constitution était écrite depuis plusieurs mois déjà: les délais impartis aux experts étaient véritablement trop courts pour leur permettre de produire un travail sérieux.

Par ailleurs aucun comité et quelle que soit son expertise, ne peut en la matière se substituer au Peuple.

De l’avis de tous les ivoiriens, il pointe à travers cette précipitation et leur entêtement des initiateurs de ce projet un réel désir de prendre tout le monde de vitesse et surtout de cacher quelque chose.

Dans une telle entreprise, les tenants de cette forfaiture constitutionnelle historique, savent qu’ils ont des chances de parvenir à leurs fins, à l’aune de la grande lassitude des ivoiriens dont l’enthousiasme et la combativité ont été conséquemment érodés, tant par les violences subies lors des différentes crises qui ont émaillé la vie de la Nation, que la peur qu’elles ont  installées dans les esprits.

C’est pourquoi, vous, mesdames et messieurs les députés, vous devenez le dernier rempart.
 

Par l’instauration d’un Vice-Président de la République,  et d’un Sénat dont le Président de la République nommerait le tiers des membres, et alors que les institutions existantes souffrent d’un manque criant de ressources, n’est-on pas en train d’ouvrir la voie à une réduction encore plus grave des rares ressources que l’Etat  consacre difficilement à la lutte contre la grande pauvreté ?
 

Au titre des graves menaces qui planent sur notre Pays et la vie des générations futures, vous députés de la Nation, êtes sans ignorer que des forces tapies dans l’ombre et de connivence avec certaines chapelles politiques nationales, depuis plusieurs décennies alimentent leurs entreprises de prédation et en se servant abondamment des certaines communautés issues de certains pays voisins, contre les ivoiriens et contre notre souveraineté.

Dans l’exercice qui nous est à présent imposé par le projet de nouvelle Constitution, la question de la Terre est au centre.

Que deviendront les ivoiriens et de quelles assises seront ils forts sans leurs terres demain ?

En outre nous l’avons compris. En organisant et scellant le problème de la succession comme cela est annoncé, ce n’est ni plus ni moins que la question du troisième et du quatrième mandat qu’on cherche à assurer, en même temps qu’une dévolution monarchique du pouvoir présidentiel.
 

Mesdames et messieurs les Députés, comme vous le savez tous, notre Constitutions ne prévoit pas l’élaboration d’une nouvelle Constitution. C’est pourquoi, les Députés que vous êtes ne peuvent légitiment être saisis que pour une révision constitutionnelle.
 

Vous mettre dans la situation de devoir vous prononcer pour une nouvelle Constitution s’apparente à une forfaiture, voir une offense aux Ivoiriens. En faisant droit à cette demande,  vous vous attribueriez ainsi une prérogative que seul détient le Peuple Souverain de Côte d’Ivoire, par une assemblée Constituante et par le suffrage universel.

Aussi, ce texte dont l’élaboration est frappée d’inconstitutionnalité doit-il appeler votre plus farouche réticence et vous conduire à son pur et simple rejet.

Le Peuple de Côte d’Ivoire qui a vu  s’abattre lui les violences et exactions de la longue crise qui continue de miner le Pays, mesure avec vous l’ampleur et  la gravité des persistantes menaces qui  assombrissent  l’avenir. Comme vous, le Peuple sait que ce Référendum présenté par  le Président Alassane Ouattara à plusieurs égards n’a pour  but que de sceller dans les liens de La Suprême Légalité, des pratiques et démarches en cours, destinées à changer fondamentalement l’ADN de la Nation  Ivoirienne.

C’est pourquoi,  nous devons  traduire en actes de foi et de courage,  toute la révérence que nous devons à nos Ancêtres qui, au prix des sacrifices que nous savons,  nous ont légué cette Terre. C’est pourquoi, devant le devoir de faire face aujourd’hui, nous ne pouvons renoncer à défendre cette Terre que nous avons empruntée à nos enfants au risque d’avoir trahi la Cause. Faisons en sorte qu’il ne soit pas dit que c’est notre génération qui conduit  notre descendance en captivité. . Vous mesurez donc ici, Mesdames et Messieurs les Député, votre responsabilité devant l’Histoire !

Par votre attitude demain mercredi 5 octobre 2016, et par le vote clair et sans équivoque de rejet que vous allez exprimer, faites en sorte qu’il ne soit jamais dit que c’est par  vous, dignes Elus de la Nation de la présente législature, que l’acte de capitulation  et de reddition du Peuple de Côte d’Ivoire a été signé, et vous en serez fièrement comptables devant l’Histoire.

C’est pourquoi, vous devrez exhorter ceux parmi vous qui sont pris d’hésitation, qui avaient minimisé les enjeux de ces délibérations et de ce vote capital, ou encore qui n’en avaient pas perçu  la portée létale pour notre Pays, à relever la tête et dire non, même devant le Prince !

Chers Députés de Côte d’Ivoire, en vous adressant cette lettre, nous n’avons aucunement  la prétention de vous démontrer l’extrême facilité de l’exercice qui vous est imposé ce jour.

Bien au contraire, nous appréhendons  avec réalisme les nombreuses et diverses contingences inhibantes  qui peuvent vous assaillir en ces moments capitaux.
 

En effet, des initiatives malencontreuses lancées depuis certains cercles politiques, ont déjà entrepris de diaboliser les partisans du NON, alors que l’on doit, si nous sommes vraiment en République, garder à chaque composante sociologique du corps électoral une égale considération, pour bien illustrer et construire la diversité nationale.
 

Nous savons par ailleurs qu’à certains parmi vous, l’on agite la menace de plus accorder l’investiture du Parti pour les scrutins législatifs à venir!

C’est pourquoi, chers Députés de Côte d’Ivoire, nous mesurons dans toute leur complexité, les arbitrages déchirants auxquels, dans le secret de vos consciences vous serez soumis.
 

Cependant,  lorsque comme aujourd’hui, l’histoire nous projette devant de tels défis, condamnés à trouver  au fond de nous-même les ressources pour transcender  les contrariétés de l’histoire, nous devons tous faire nôtre, les préceptes du grand stratège athénien  Périclès qui, après avoir si remarquablement consolidé les Institutions, à l’âge d’or de l’illustre cité a, un jour déclaré: « Il n’est pas de bonheur sans liberté ni de liberté sans courage. »
 

Dans ce débat qui a légitiment enflammé la société ivoirienne, l’USD et les 23 partis politiques de l’Opposition n’ont hélas pas été les seuls à dire leur profond désaccord avec la démarche du Président de la République. De nombreuses Organisations Non Gouvernementales, réputées pour leur crédibilité, après des enquêtes et sondages très sérieux, ont abouti à un constat : les ivoiriens vivent au quotidien tant et tant de difficultés et la pauvreté dans notre Pays progresse à un tel rythme, qu’il n’est ni urgent ni utile aujourd’hui de procéder à l’élaboration d’une Nouvelle Constitution ouvrant la voie à une troisième République.
 

Que cache donc l’entêtement des initiateurs de ce projet ?

Chers Députés de Côte d’Ivoire, la Nation entière vous regarde. Soyez donc le dernier rempart. Faites au nom du Peuple de Côte d’Ivoire, en rejetant  ce projet,  pour sa libération et pour son avenir serein et radieux, le geste qui fondera la véritable restauration de notre Pays souffrant et meurtri. Notre chère Côte d’Ivoire doit à tout prix retrouver son unité, sa paix et sa prospérité, Soyez encore une fois le dernier rempart, ne laissez pas prospérer cette imposture de trop… et vous ferez-bien !
 

HENRI NIAVA
Président de l’Union des Sociaux-Démocrates USD





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