Les trois rencontres suspectes de Ouattara avec le réseau Boko Haram

Lors du dernier sommet de l’Union Africaine qui s’est ouvert le 16 juin en Afrique du Sud, Alassane Dramane Ouattara a rencontré, à deux reprises, son homologue Catherine Samba Panza, femme d’affaires centrafricaine qui dirige la transition politique dans son pays depuis le 23 janvier 2014. Rien d’anormal a priori. Sauf que madame Panza avait été initialement logée au Kruger Park Hôtel à Prétoria, très loin du Palazo Hôtel de Johannesburg à Fourways où Alassane Ouattara est descendu avec ses proches collaborateurs. Sauf, également, que Ouattara a également reçu en mai dernier, le délégué Europe de la Séléka Sabi Mandjo qui représente la face intellectuelle d’un réseau de combattants formés au Nigeria par la secte terroriste Bôkô Haram.

Lundi 20 Juillet 2015 - 10:50


Les Ivoiriens n’ont sans doute pas fini de trembler en découvrant, au fil des révélations, le scénario de la terreur qui se met progressivement en place dans leur pays. Car, alors que le régime montre une crainte somme toute compréhensible à l’égard des jihadistes, ses pontes entretiennent des relations à la fois étroites et trop suspectes vis-à-vis de leurs semblables de la confrérie Bôko Haram avec qui le pouvoir partage des réseaux communs. Telle est en effet l’histoire de la double rencontre à Johannesburg, en Afrique du Sud, entre le chef de l’Etat ivoirien et son homologue centrafricaine Catherine Samba Panza qui dirige, depuis janvier 2014, une transition politique dans son pays.
La présidente de la transition centrafricaine a montré que les liens entre elle et le chef de l’Etat ivoirien étaient beaucoup trop forts et n’a donc pas hésité à forcer le destin pour se faire loger au Palazo Hôtel de Johannesburg où Alassane Dramane Ouattara et ses proches étaient descendus à l’occasion de la tenue du 25 è sommet de l’Union Africaine. A moins que ce ne soit Ouattara lui-même qui ait fait jouer son pouvoir pour que madame Panza se rapproche de lui. Toujours est-il que les deux personnalités se sont rencontrées officiellement deux fois pendant les deux jours qu’on durées les assises du 25è sommet de l’Union Africaine.
En diplomatie, ce type de rencontre relève en fait d’une pure banalité. Sauf que les services secrets français avaient déjà alerté l’opinion sur le fait que 500 mercenaires de l’ex-mouvement rebelle centrafricain, qui avait momentanément pris le pouvoir en Centrafrique après avoir chassé son titulaire François Bozizé, sont positionnés en Côte d’Ivoire. Or, courant mai de cette année, le chef de l’Etat ivoirien a reçu Sabi Mandjo, le délégué Europe de la Séléka qui continue d’entretenir un réseau de combattants. Cadre de l’aviation civile, Sabi Mandjo est en effet la touche intellectuelle d’un réseau de combattants peulhs pro-Séléka mis en place par le général Ali Darrassa Mahamat alias « Ali Darass ». Cet ancien chef d’état major de la Centrafrique sous la présidence de Michel Djotodia Am Non droko, a été débarqué fin juillet 2014. C’est lui qui a créé le réseau peulh de combattants de la Séléka après l’arrestation du chef historique de la rébellion centrafricaine Abdel Kader Baba Laddé. Apréhendé le 3 septembre 2012 à Bangui, le chef du front populaire du redressement est actuellement détenu au Tchad visé, pour la deuxième fois, et pour cette raison, par les activistes terroristes de la secte Bôko Haram. La dernière attaque qui s’est déroulée le lundi 13 juillet dernier dans la capitale tchadienne a fait quinze victimes et porte la signature de la secte nigériane qui forme les combattants du réseau régional de peulhs…
Aucune information n’a filtré sur les deux rencontres officielles entre Ouattara et madame Panza. Il en est d’ailleurs de même de celle entre le chef de l’Etat ivoirien et le délégué Europe de la Séléka, Sabi Mandjo, à Abidjan. Cependant, il est de notoriété publique que même parti du pouvoir la machine Séléka tourne à plein régime. D’ailleurs, si ses rebelles ne sont plus officiellement les bienvenus à Bangui, ils sont néanmoins tolérés par la présidente de la transition qui fut l’ex-maîtresse de Michel Dotodja et qui continue d’être accusée de vouloir faire le lit à un retour au pouvoir de l’éphémère président de la Centrafrique exilé au Bénin où Ouattara a déjà des atomes crochus, notamment avec son président Yaï Boni. Traqués par ailleurs par le Tchad, le Niger et le Nigeria en raison de leurs accointances avec la secte terroriste Bôkô Haram, des milliers de combattants peulhs, souvent bien armés, sont ainsi redescendus en Centrafrique et singulièrement à Bossangoa, 305 km au nord de Bangui, Bossambelé, 150 km, dans le Ndju. La totalité des effectifs dans ces deux régions est de 900 hommes puissamment armés. Leur puissance de feu est impressionnante selon des témoignages et les combattants disposent d’armes neuves. Bref, à bientôt trois mois de l’élection présidentielle, quelles peuvent être les raisons capables de justifier toutes ces accointances ? Està dire que Ouattara n’a pas confiance en son armée et qu’il pourrait, au besoin, se servir des « hôtes » de madame Panza ? Seuls les prochains jours nous le diront.
 
Pour comprendre la crise centrafricaine et ses origines
 
La première guerre civile centrafricaine commence avec la rébellion de l'Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR), dirigée par Michel Djotodia, après que François Bozizé s'est emparé du pouvoir par un coup d'État en 2003. Toutefois, le conflit commence véritablement en 20044. Cette guerre civile pourrait être liée au conflit au Darfour auSoudan voisin. Près de 10 000 personnes ont été déplacées en raison des violences selon Human Rights Watch1.
L'UFDR dispose de plusieurs alliés : le Groupe d'action patriotique pour la libération de Centrafrique (GAPLC), le Mouvement des libérateurs centrafricains pour la justice (MLCJ), et le Front démocratique centrafricain (FDC). Un accord de paix fut signé avec le gouvernement en avril 2007.
 
2006 : intensification des combats

 
Des milliers de personnes défilent dans la capitale de la RCA, Bangui, le 8 novembre et appellent les troupes gouvernementales à se confronter à l'UFDR après qu'une attaque ait provoqué la mort de 20 membres du gouvernement et 3 rebelles5. Il a également été confirmé que l'UFDR s'est emparé de plusieurs véhicules blindés, y compris un avion de transport du matériel militaire qui a atterri à Birao.
Le 13 novembre 2006, les rebelles de l'UFDR prennent le contrôle de Sam-Ouandja, une ville située dans le nord de la RCA6. À peine trois jours plus tard, Ouadda est également capturée par les rebelles. Lorsque les 20 000 habitants de la ville ont appris que l'UFDR allait s'emparer de la ville, entre 5 000 et 10 000 personnes ont fui dans les villes voisines de Bambari et Bangui. L'UFDR envisagerait également de capturer Briaet des rumeurs soutiennent également que les rebelles pourraient lancer une offensive sur Ndélé. L'intervention de l'Armée de l'air française le 14 novembre 2006 à Birao a mis un frein à l'avancée des rebelles8 sur la ville et entrainé des négociations entre les parties en présence, sous l'égide sécuritaire de l'armée tchadienne et d'une force africaine internationale mandaté par l'ONU est autorisées par la République centrafricaine à se déployer dans la ville. Depuis la fin de 2006, l'armée française entretient une petite garnison d'une vingtaine d'hommes à Birao.
En décembre 2006, les troupes tchadiennes attaquent le village de Bémal, tirant au hasard sur la population locale et dérobant leur bétail ainsi que outils agricoles et des sacs d'arachides10.
 
2007-2012 : Accords de paix
 
De nouveaux de violents combats détruisent la ville de Birao en mars 2007 jusqu'à l'intervention de la 13e demibrigade de Légion étrangère soutenue par des Mirage F1. Le 13 avril 2007, un accord de paix est signé entre le gouvernement et l'UFDR à Birao. Celui-ci prévoit une amnistie pour l'UFDR, sa reconnaissance en tant que parti politique et l'intégration de ses combattants dans l'armée.
Des négociations complémentaires ont par ailleurs abouti à un accord en 2008 pour une réconciliation nationale, un gouvernement d'union nationale et la planification d'élections locales en 2009 ainsi que des élections parlementaires et présidentielles en 201012; le nouveau gouvernement a été formé en janvier 2009.
Le 15 novembre 2010, Birao repasse sous le contrôle de l'armée centrafricaine mais est immédiatement reprise par les rebelles de la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix (CPJP)14. Le 1er décembre 2010, l'armée tchadienne réintervient une nouvelle fois pour reprendre la ville aux rebelles au nom du gouvernement centrafricain15,16.
 
Reprise des combats en 2012-2013 : deuxième guerre civile de Centrafrique.
 
La coalition rebelle de Séléka, formée par des membres de la Convention des patriotes pour le salut du Kodro (CPSK), de la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix(CPJP), de l’UFDR, et du Front démocratique du peuple centrafricain et dirigée par Michel Am Nondokro Djoto dia17, a repris les armes le 10 décembre 2012 et conquis un certain nombre de villes au nord, au centre et à l'est du pays (dont Bria, Bambari, Ouadda, Ndélé, Batangafo, et Kaga-Bandoro le 25 décembre18,19), afin selon ses porte-paroles « de faire respecter les accords de paix20». Le 21 décembre des combats ont lieu à Kabo à l'est. Le 26, les rebelles sont à Damara, dernière ville clé avant Bangui.
Le 23 mars 2013, les rebelles de la coalition Séléka annoncent avoir franchi le PK 12 (point kilométrique 12), marquant l'entrée dans Bangui, prennent le palais présidentiel entraînant la fuite du président François Bozizé pour la République démocratique du Congo21,22. Michel Djotodia, chef de la rébellion, s'autoproclame président de la République23. Ils prennent aussi possession de la cathédrale Notre-Dame de Bangui, un de leurs objectifs
 
Troisième guerre civile de Centrafrique.

 
Fin 2012, menacé par la rébellion de la Seleka aux portes de la capitale Bangui, le président François Bozizé appelle la France et les États-Unis à l'aide8 9 10. En mars 2013, Michel Djotodia renverse François Bozizé et devient le premier président musulman du pays11 12. Les soldats de la Seleka importent avec eux l’islam du Nord dans un Sud majoritairement catholique.
Les combats entre des milices d'autodéfense chrétiennes appelées anti balakas et les ex-Seleka se multiplient à partir d'octobre 2013 et l’État n'est plus capable de faire régner l'ordre.
 
Intervention française : Le gouvernement français et l'ONU parlent de risque de génocide
 
Le 5 décembre 2013, par la résolution 2127, le conseil de sécurité des Nations unies autorise à l'unanimité le « déploiement de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (MISCA) pour une période de 12 mois »officiellement pour mettre fin à la « faillite totale de l'ordre public, l'absence de l'état de droit et les tensions interconfessionnelles »
La MISCA est appuyée par des forces françaises autorisées à prendre « toutes les mesures nécessaires ». Le 30 novembre 2013, un détachement composé d’un peu plus de 200 militaires spécialistes des transmissions, du matériel et du service des essences des armées arrive à Bangui à bord d'un Airbus A340 de l'escadron de transport 3/60 Estérel28. Dans les jours qui suivent, une dizaine de rotations d’Antonov An-124 acheminent le matériel logistique et de soutien nécessaire à l’installation d’un tel renforcement. Selon l'étatmajor des armées, « ce déploiement a été réalisé au titre des mesures conservatoires et préparatoires à un éventuel renforcement du dispositif à Bangui, comme l’a souhaité le président de la République».
Le dispositif militaire français déployé à Bangui s’établit, le 5 décembre 2013, à plus de 600 militaires dont 240 au titre du détachement permanent de l’opération Boali. Deux compagnies du 8e RPIMa ainsi que la 2e compagnie du21e RIMa, une compagnie du 3e RPIMa, des éléments du 6e BIMa et 1er RHP sont déjà sur place. Par ailleurs, le 25eRégiment du Génie de l'Air (25e RGA) sera la première unité de génie à être déployée sur place. Une autre unité issue du 1er RCP, partie le 6 décembre est déjà présente sur place.
L’opération Boali vise à apporter un soutien logistique, administratif, technique et opérationnel à la Mission de consolidation de la paix en République centrafricaine (MICOPAX), qui doit devenir la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (MISCA) le 19 décembre 2013. Si la situation l’exige, la force est également en mesure d’assurer la protection des ressortissants français. Parallèlement, la présence des militaires français à Bangui permet de maintenir en activité l'aéroport international de Bangui, seule voie d’accès internationale à la République centrafricaine.
 
Désarmement des groupes armés (décembre 2013)
 
Le 8 décembre 2013, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, annonce que les opérations de désarmement des groupes armés commenceront dès le lendemain, lundi 9 décembre. Ce dernier rappelle les trois objectifs de l'intervention française en Centrafrique : « instaurer un minimum de sécurité et permettre l'acheminement de l'aide humanitaire, permettre à la mission africaine d'intervenir et mettre en place un processus démocratique ».
Dans la nuit du 9 au 10 décembre, un accrochage proche de l'aéroport international de Bangui entre les forces françaises et des hommes armés entraîne la mort deux soldats français du 8e RPIMa.
38. Selon un communiqué du ministre de la Défense français, une section de la force Sangaris a été prise à partie, peu avant minuit, à très courte distance par des individus munis d’armes légères d’infanterie, au cours d’une patrouille menée à Bangui. Les militaires français ont immédiatement riposté. Durant l’échange de tirs, lespremières classes Nicolas Vokaer et Antoine Le Quinio ont été grièvement blessés. Ils ont immédiatement été pris en charge par leurs camarades avant d’être évacués vers l’antenne chirurgicale avancée sur l’aéroport de M’Poko, où ils sont décédés des suites de leurs blessures.
Le 10 décembre, le général Mahamat Saleh, ancien Chef d’état-major des forces Seleka, est tué au quartier Miskine par des soldats français lorsque son véhicule tente de franchir un barrage. Deux de ses hommes sont tués, deux autres sont blessés 4041. Le matin du 22 décembre, trois hommes de la Seleka sont tués par des soldats français lors d'un opération de désarmement. Français et Seleka s'accusent mutuellement d'être responsables de la fusillade. Selon l'état-major français, les militaires ont ouvert « le feu deux fois au cours de la journée », la première fois déclare-t-il, « contre un groupe d'une demi-douzaine de personnes soupçonnées d'être des ex-Séléka, qui allaient faire usage de leurs armes qui étaient pointées contre nos troupes ». Le deuxième incident se produit contre un tireur isolé. D'après un officier de la Seleka, Abacar Sabone, les trois hommes ont été tués « alors qu'ils étaient armés, certes, mais ils n'avaient montré aucun hostilité envers les Français et n'ont pas fait usage de leurs armes». Quelques heures plus tard plusieurs milliers de musulmans manifestent pour dénoncer l'intervention française accusée de soutenir les chrétiens et les Anti-balaka.
Le lendemain, au matin du 23 décembre, ce sont cette foisci des chrétiens qui manifestent pour soutenir l'intervention française et réclamer le départ de Djotodia, des Seleka et des soldats Tchadiens de la MISCA. Après avoir essuyés des jets de pierre, des soldats tchadiens ouvrent le feu. Un manifestant est tué, un autre est blessé.
L'incident prend fin avec l'intervention des forces françaises qui évacuent les victimes.



Source : Wikipedia



Publié par Aujhourd'hui N°931




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