Les temps forts du premier jour du procès de Simone Gbagbo. Ses vérités aux juges.

Simone Gbagbo, l’épouse de l’ex chef d’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo a donné un cours de droit constitutionnel aux avocats de l’Etat de Côte d’Ivoire qui lui demandaient , hier (23 février 2015) à la barre, pourquoi elle a dit « Oh honte ! » ou encore qui elle appelait « chef bandit ».

Mercredi 25 Février 2015 - 06:22


Les temps forts du premier jour du procès de Simone Gbagbo. Ses vérités aux juges.
C’est à 10h50mn que l’ex-première dame a fait son apparition dans la salle d’audience pleine à craquer. La main tenue par l’un des avocats de la défense, Me Dadjé Rodrigue, suivi de Me Habiba Touré. Sourire aux lèvres, elle salue le public et prend place dans le box des accusés au milieu des avocats de la défense. Imposant un curieux silence dans la salle. D’aucun ébahis de la revoir aussi pimpante avec un sourire d’espoir, d’autres tombant admiratifs devant la sérénité qu’elle affiche. 11h 04mn, la cour fait son entrée dans la salle. La parole est donnée à l’avocat général pour ses réquisitions. Ce dernier présente les excuses de la cour aux invités et avocats pour le retard accusé parce que l’audience était prévue ce jour pour 9h. 11h 16mn, l’accusée est appelée à la barre. Après vérification de  son identité, et au moment où elle devait répondre aux chefs d’accusation, Me Dadjé Rodrigue de la défense introduit auprès du juge une requête relative à l’huminité parlementaire de sa cliente. Estimant que celle-ci ne pouvait comparaitre que suite à une autorisation du bureau de l’assemblée nationale, il a exigé de la cour l’annulation des poursuites judiciaires contre l’ex-première dame, surtout qu’elle n’est pas prise en flagrant délit. Et demande par conséquent à la cour d’en tirer toutes les conséquences. Prenant la parole à son tour, l’avocat général, assure alors que cette exception n’était pas un fait nouveau et que  le mandat parlementaire est de 5 ans. Donc fini. Dans ces conditions, il appartenait à la défense de saisir la cour suprême en vertu de l’article 561. Répliquant, la défense regimbe en affirmant avoir écrit à la chambre d’accusation à cet effet sans avoir eu de suite : « nous n’avons jamais reçu copie de l’arrêt de la chambre d’accusation. Il s’agit pour nous d’une exception importante. » Voulant alors confondre la défense, la partie civile représentée par les avocats de l’Etat de Côte d’Ivoire déclarent qu’en la matière, on attend d’abord d’avoir l’arrêt avant d’exercer son pourvoi en cassation. Et Me Dadjé de faire deux observations qui sont « le pari de rester dans le droit » et « l’arrêt que la défense attend ». Face à cette bataille des avocats et en raison des différentes positions qui ne variaient pas, Me Dadjé sort l’article 174 et dit au juge : « nous sommes sur notre position et nous tenons à l’équité du procès parce que la cour, conformément à l’article 174 a plénitude de juridiction. » Le dos au mur et mis devant ses responsabilités, le président de la cour suspend l’audience pour délibération. Il était 11h 45mn. Dehors comme à l’intérieur de la salle, les commentaires vont alors bon train et la reprise se prolonge à mesure que les minutes s’égrènent. 12h35minutes, fin du conclave et reprise de l’audience. Le verdict tombe. Le juge se déclare incompétent pour trancher. Puis, la parole est donnée à nouveau à l’accusée  à la barre. « Monsieur le président, je vous remercie de m’avoir donné la parole. Je rappelle que quand j’ai vu l’arrêt d’accusation je me suis posée plusieurs questions…Depuis trois ans, je fais l’objet de plusieurs accusations gratuites. Je voudrais avec votre permission saluer la mémoire de tous ceux qui ont été tués pendant cette crise. Je compatis à la souffrance des personnes qui ont été blessées, mutilées, les personnes qui ont tout perdu et qui sont désemparées. Je voudrais enfin saluer les Ivoiriens et Ivoiriennes qui sont en exil du fait de la crise. Mon propos va s’articuler autour de cinq points qui sont : le point des élections, le point de la crise postélectorale, le point de la prise du pouvoir, le point sur les conditions de mon arrestation et les chefs d’accusation. Le 27 novembre 2010, la veille du second tour de l’élection présidentielle, les candidats Laurent Gbagbo et Alassane Dramane Ouattara se sont, par écrit solennel, engagés à respecter le verdict des urnes tel que proclamé par le conseil constitutionnel. C’est dans ces conditions que le 28 novembre 2O10 après le vote, la CEI avait trois jours pour proclamer les résultats provisoires…Dans son incapacité de le faire, le 1er décembre 2010, Ouattara va adresser une lettre à Youssouf Bakayoko à l’effet de lui rappeler la tâche ; Il sera suivi aussi par le président de la république française, Monsieur Nicolas Sarkozy en disant en substance, je vous exhorte au prononcé du verdict des urnes et nous sommes disposés à soutenir de façon irrévocable le respect de la volonté du peuple…Monsieur Nicolas Sarkozy savait déjà qu’il va avoir de nouveaux représentants de la République en Côte d’Ivoire. Mais il est quand même d’accord que les résultats de la CEI sont provisoires. Le 30 novembre 2010, les PV des résultats provisoires sont déposés au conseil constitutionnel. Le 1er décembre 2010, sur constats des irrégularités constatées et prenant acte, le conseil constitutionnel rend sa décision le 2 décembre 2010. En réalité, la CEI a été incapable de proclamer les résultats dans le délai qui était imparti. Cependant, le même jour et de manière surprenante, elle est allée proclamer quelques prétendus résultats. Remarque : pourquoi l’absence de la presse nationale à la proclamation des résultats de la CEI au QG du candidat Ouattara ? Pourquoi une proclamation solitaire ? Et pourquoi le président de la CEI n’a jamais justifié son acte ?
Le 3 décembre donc, le conseil constitutionnel proclame le président Laurent Gbagbo vainqueur, or l’arrêt du conseil constitutionnel est frappé de non recours. Il s’impose à toute personne juridique, militaire et tout citoyen. Je considère qu’avec la décision du conseil constitutionnel, le débat est clos et que Monsieur Laurent Gbagbo est le vainqueur des élections. Concernant le second point relatif à la crise postélectorale, je pense qu’elle est née du refus du respect du choix du peuple. A propos de la certification, je rappelle que son rôle n’était pas de se substituer aux prérogatives des différentes institutions. Cette certification avait donc une mission d’évaluation. En aucun cas, le certificateur de l’ONU  n’avait lui-même compétence de dépouiller les urnes et proclamer les résultats. Choi en transgressant ces dispositions a failli à sa mission. Parlant du rôle des autorités françaises, j’ai constaté une ingérence par la lettre de Nicolas Sarkozy. De quoi se mêle-t-il ? Cela se manifeste aussi par les bombardements des aéronefs français. Les autorités françaises en encourageant le candidat malheureux à la violence, encourageant les institutions européennes dans les résolutions qui conduisent à l’embargo dont les plus grandes victimes sont les populations sont les premiers responsables de cette crise. Quant à la prise du pouvoir par Monsieur Alassane Dramane Ouattara, sachez qu’après la capture de Laurent Gbagbo et de moi-même, il y a eu un autre conseil constitutionnel. Le conseil constitutionnel n’a donc pas été saisi. Comment pouvait –il rendre une décision ? Dans sa décision du 4 mai 2011, le conseil prend acte d’une décision de fait et proclame Monsieur Ouattara vainqueur. Je m’interroge donc comment puis-je être donc poursuivie alors que j’ai respecté la décision du conseil constitutionnel. Pourquoi ce conseil constitutionnel qui a été décrié devient-il crédible lorsqu’elle proclame Alassane Dramane Ouattara vainqueur ? A propos de mon arrestation, c’est le 11 avril. Après d’intenses bombardements par l’armée française, j’ai été battue avec une violence inouïe. Je vous dis ça pour ne pas entrer dans les détails. Il faut aller de l’avant. Le 21 avril à 2h du matin, réveillée manu militari, j’ai été conduite à Odienné sans être informée auparavant. Le 22 avril, j’y suis restée enfermée jusqu’au 1er décembre 2014, date à laquelle j’ai été transférée à Abidjan. Je tiens à rappeler que je n’ai pas été assignée à résidence surveillée et mon uminité parlementaire a été violée. Sur les chefs d’accusation, je ne me reconnais pas dans tous les chefs d’accusation. Car il ne m’a pas été fait cas d’un seul fait concret…Aussi comment après une seule question posée par le juge d’instruction en trois ans, je puisse être conduite devant la cour d’assises. J’en ai fini et je me tiens à votre disposition pour toutes les questions. » « Dans quelles conditions le président Laurent Gbagbo a été élu ? » demande le juge. « Il a été élu et investi dans les normes. » répond l’accusée. « Quelles ont été les propositions pour sortir de cette crise ? » demande encore le juge. « Il ya eu des propositions. Monsieur Alassane Ouattara et la communauté internationale ont demandé la démission de Laurent Gbagbo. » réplique l’ex-première dame. Et le juge de tenter de confondre l’accusée à nouveau : « selon vous pourquoi il ya eu la crise ? » « C’est parce que l’adversaire ne voulait pas reconnaitre sa défaite. D’où le recomptage des voix proposé par Laurent Gbagbo. Il ne l’a pas demandé parce qu’il doutait de sa victoire. » Sur la question relative à la décision du conseil constitutionnel abordée par le juge, Simone Gbagbo ajoute : « la décision du conseil constitutionnel aurait dû nous permettre d’avancer. Aussi, répondant à une question de l’avocat de la partie civile, qu’elle a d’ailleurs qualifiée de bizarre, elle dit : « quand les élections ont lieu, il y a toujours des contentieux. Et le conseil constitutionnel a compétence pour trancher. Le conseil constitutionnel, à ce que je sache, n’est pas n’importe qu’elle institution. Mais diantre, où on est ? Où on va ? Quelle Côte d’ivoire avonsnous ? (Elle hausse le ton et me Habiba Touré s’approche d’elle et lui demande de se calmer)…Même la grande Amérique avait recompté les voix après les élections. Et lorsque la cour suprême a tranché, plus personne n’a parlé. Si nous-mêmes on ne se respecte, personne d’autre ne pourra nous respecter. » Dès lors, la partie civile tente de pousser l’accusée dans les cordes en parlant de la certification des élections. Simone Gbagbo réagit aussitôt en ces termes : « la réponse est dans les réponses données plus haut. Et en tant qu’enseignante, je vous demande d’aller reprendre vos cours de droit à l’université. » L’avocat de l’Etat de Côte d’Ivoire persiste et l’accusée résiste au point de demander au juge s’il y avait la possibilité de porter plainte, séance tenante, contre l’avocat en question pour diffamation. Après cette parenthèse d’échange verbal entre l’accusée et   Me Sounkalo Coulibaly, puisque c’est de lui qu’il s’agit, c’est Me Alain Bokola , lui aussi, de la partie civile qui tente de déstabiliser l’accusée. La défense réagit alors vigoureusement et demande au juge de veiller à ce que les avocats restent dans les textes. Une requête à laquelle adhère le juge. L’audience peut donc poursuivre son déroulement. Appelée à répondre sur la réaction de Damana Pikass à la CEI, des propos du président du conseil constitutionnel qui dit s’être trompé en prononçant une première décision en faveur de Laurent Gbagbo, la mise en cause déclare : « allez chercher Damana Pickass pour lui demander. Aussi, si le président du conseil constitutionnel dit s’être trompé, ça c’est son problème. Je veux qu’on me pose des questions précises. Mais un jour viendra où, au tour d’une tasse de thé, ou à un colloque, on va en parler. » Et d’ajouter que : « Je tiens à la réputation de mes enfants et de mes petits enfants. Que celui qui m’accuse, m’apporte les preuves, ou qu’il se taise. On n’est pas ici pour des incantations. » Se prononçant sur la question de neutralité, elle affirme que : « je n’ai pas agit contre un gouvernement qui n’existait pas. Moi je me suis contenté du gouvernement de Laurent Gbagbo qui gérait les affaires du pays. Puis intervient la pause à 15h45mn. A la reprise, et malgré le refus des avocats de la défense, le juge autorise la projection du discours de l’ex-première tenu au palais de la culture dans lequel elle affirmait « Oh honte la Cedeao… » Les avocats de la partie civile n’ont pas été capables de la confondre. C’est plutôt elle qui ayant les arguments de sa défense soutient mordicus que : « Ouattara est certes le président actuel, mais un président de fait. Il n’a jamais été déclaré vainqueur. Il n’a pas gagné les élections en Côte d’Ivoire. »

PIERRE KALOU

NB: Le titre est de civox.net

Source:Aujourd’hui / N°834  
 




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