Les canons ne savent pas faire de la politique

Mercredi 9 Octobre 2013 - 00:10


Les canons ne savent pas faire de la politique
Les canons ne font pas la politique. Ils ne savent même pas en faire. La force bestiale n’a jamais suscité une adhésion populaire durable. Elle peut faire trembler un temps mais jamais elle ne suscite l’élan du cœur. Tel est l’ensei- gnement que Gagnoa et son peuple donnent aux Ivoiriens et à ceux qui nous regardent. Et partant de là et de ce que nous vivons depuis longtemps déjà, nous pouvons proclamer avec force que désor - mais en Côte d’Ivoire, aucun régime poli- tique ne peut prospérer durablement par les armes et contre le peuple. Regardez bien. Ce régime est en place depuis plus de 2 ans déjà. Il a l’onction et les Euros de la France, de même que le soutien de plusieurs à l’extérieur. Mais il piétine à l’intérieur. Incapable de répondre aux attentes du peuple, absent aux rendez-vous de la paix, de la sécurité, de la justice, de la démocratie et de la prospérité qu’il a lui-même fixés au peuple ivoirien, ce régime ne donne aucune envie et aucune attirance populaire. Un régime politique, c’est comme une femme ! Il a besoin d’être aimé, il a besoin que sa beauté et son charme opèrent sur tous les cœurs, même lorsque ces cœurs sont déjà pris ailleurs. Il a même besoin que les coépouses tombent en admiration. C’est Dieu qui l’a voulu ainsi. Car le défi majeur de tout régime politique, c’est d’entrer dans l’histoire des peuples, non pas de se contenter du présent mais de dialoguer en bonne intel - ligence avec le futur. Or le jugement de l’histoire est implacable. Ce qui est terrible dans notre présente histoire ivoirienne, c’est que plus personne n’y croit plus, la fin est annoncée d’avance, le reste n’étant plus qu’une question de temps. Même ceux à qui on a fait miroiter la charte du nord pour prendre les armes réalisent le danger du rattrapage ethnique. C’est que dans un monde où une minorité est rattrapée ethniquement et mange au passage la portion de la majorité, le silence finit par peser lourdement et par tout gâcher. Ensuite il y a la conscience, cet autre dieu intérieur dont le reflet du miroir fait la vie. Même les soutiens extérieurs confessent à qui veut les entendre qu’ils ont misé sur le mauvais cheval, un tocard comme disent les parieurs. L’avenir d’un tocard, c’est d’être abandonné, c’est le changement, et maintenant, comme dit l’autre car il n’y a rien en espérer. Parieurs et tocards le savent fort bien, d’où le drame auquel on assiste. C’est l’histoire de deux (2) hommes, d’un juge et d’un peuple. Le juge a déclaré le premier homme juste et le second homme criminel devant Dieu. Mais le peuple donne son blanc sein au criminel déclaré. Il le réclame, il l’espère et lui chante des cantiques et des psaumes d’amour. Branle-bas sur la terre des hommes. Allez-y comprendre quelque chose. Sans l’enthousiasme populaire, un leader politique n’est que l’ombre de lui-même. Cela est vrai sous tous les cieux même au nord où cela se mesure à travers des sondages politiques et au sud par des bains de foule spontanés. En termes de bains de foule, on ne peut pas dire que le nouveau chef n’ait pas essayé d’en prendre. Il y a eu Korhogo, puis il y a eu le grand ouest et le centre ouest. Mais l’enthousiasme populaire escompté n’a pas été au rendez-vous spontanément. Malgré les canons, les tanks dissuasifs et la pléthore des Frci et des dozo, le peuple n’est pas sorti à la rencontre du nouveau chef, il lui a dénié tout aura et message messianique. Il demanda qu’on lui demanda pardon mais le peuple le lui refusa. Aussi choisît-il de ne plus lui parler à ce peu - ple-là, de poursuivre ses voyages à travers le monde, à la recherche d’un plébiscite extérieur étranger, ses concitoyens le lui refusant à l’intérieur. A lui les voyages à l’extérieur, et au petit chef les voyages à l’intérieur. On trouva aussitôt ingénieux de convoquer les chefs à Yamoussoukro, sous la bénédiction du Vieux, pour inviter le petit chef à Gagnoa. On l’annonça à grande pompe, et tant pis si les cadres de la région firent quelques observations. Le petit chef ira à Gagnoa, chez le Président Gbagbo et il parlera, un point, un trait. Il alla effectivement à Gagnoa accompagné de plusieurs légions de Frci et de dozo. Même le grand chef n’eut jamais droit à une telle sécurité rapprochée. C’est que les propos du professeur furent jugés outranciers et menaçants. A Gagnoa, il se tapa la poitrine. Il était le nouveau sauveur qui sauva le peuple contre son propre fils. Mais les Ivoiriens voient, ils entendent bien et bientôt ils parleront de façon audible. Tout a commencé en pays Agni, quand Affi, absenté malgré lui, trop longtemps, a voulu aller saluer les siens. Derrière lui, trop de choses s’étaient passées. Il était de son devoir, comme cela se fait chez nous, d’aller exprimer aux parents sa compassion. Mais très vite, ce qui était annoncé comme de simples salutations se transformèrent en meetings géants. Affi n’eut pas besoin de canon, de Frci et de dozo, mais partout le peuple sortit nombreux, le bénit, l’embrassa comme pas permis. Il fut oint de kaolin, il fut lavé de toutes les souillures et assis sur un piédestal inégalé. Ensuite ce fut le tour de Gagnoa d’accueillir le fils trop longtemps absenté malgré lui. A la tête d’une procession interminable, il arriva aux portes de la ville, à la tombée du soleil, accueilli par un peuple en délire. On l’obligea à descendre de voiture, à marcher, à embrasser ici et là, sans sécurité rapprochée, même le préfet de région n’eut rien à redire devant ce délire d’un peuple. Partout, on sortit le coq, on mit un peu de la bave de son bec sur son front, puis les prémices des poils de la crête, on le bénit abondamment, on  le fit assoir sur la chaise du chef. Partout à Gagnoa, dans cette région martyre, fraîchement vilipendée, moquée et investie par une horde de Frci et de dozo, on eut droit à une joie trop longtemps contenue, on la déversa sur Affi et sa suite, sans réserve comme les gens d’ici savent le faire. Qui dira que Affi a été reçu en pays Agni grâce à ses liens de parenté ? Et à Gagnoa, que répondront-ils ? De quel village Bété de Gagnoa  Affi est-il Agni? Non, Affi est le bienvenu partout en Côte d’Ivoire, comme Laurent Gbagbo, non pas en raison d’une quelconque appartenance ethnique ou régionale mais parce qu’il est porteur des souffrances et de l’espérance du peuple Côte d’Ivoire. Oui, les canons ne savent pas faire de politique, tel est l’enseignement de Gagnoa.

Roger Gballou

Paris le 7 octobre 2013
Le Nouveau Courrier N° 898 Du Mardi 08 Octobre 2013




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