Les cadres de Gagnoa à Soro/ «Limite ta visite à la commune de Gagnoa»

Dans une déclaration signée du Pr. Dano Djédjé, les cadres de Gagnoa font l’état des lieux de tractations qui ont précédé la visité très controversée de Soro dans le département, surtout sa volonté de se rendre coûte que coûte à Mama, Gnaliépa et Kpogrobré, respectivement villages du président Gbagbo, de sa mère et de Charles Blé Goudé. A la lumière des faits constatés et dans le souci d’éviter de réveiller les rancœurs, le Collectif des cadres de Gagnoa conseille sagement à Soro de limiter sa vite à la commune de Gagnoa, où il est censé inaugurer le siège du Conseil des Chefs de villages du département. En même temps, ils réaffirment que jamais ils ne renieront Laurent Gbagbo.

Jeudi 15 Août 2013 - 00:10


Les cadres de Gagnoa à Soro/ «Limite ta visite à  la commune de Gagnoa»
Les faits

 Alors que les rumeurs de plus en plus persistantes annonçaient la visite du président de l’Assemblée nationale à Gagnoa, pour le 15 juillet 2013, il a fallu attendre le 19 juillet 2013, date à laquelle une délégation du Conseil des Chefs de villages du département, conduite par son Président, monsieur Lambert Gbizié décide de rencontrer le Collectif des Cadres du département de Gagnoa. Au cours de cette rencon - tre, la délégation a annoncé la visite de monsieur Soro Guillaume à Gagnoa, à leur demande, pour l’inauguration de leur nouveau siège à Garahio, dans la commune de Gagnoa, siège qu’ils ont obtenu grâce à la sollicitude du minis - tre d’Etat Hamed Bakayoko. Le pro - gramme de cette visite, initialement prévu pour le 30 juillet 2013, était déjà arrêté et prévoyait une série d’autres visites à Mama, village du Président Laurent Gbagbo, en détention à La Haye, et à Gnaliépa, village de sa mère, octogénaire maintenue en exil au Ghana Cette annonce a suscité beaucoup de réactions de la part du Collectif des Cadres qui a fini par conseiller la prudence à la délégation dans la conduite d’une telle opération. Ainsi, le Collectif a conseillé le retrait des villages de Mama et Gnaliépa du programme final, parce que trop sensibles et susceptibles de prêter à confusion. Evidemment, dès l’annonce de la visite du Président de l’Assemblée nationale à Gagnoa, et notamment à Mama et à Gnaliépa, les réactions de réprobation ont fusé de partout. Conscient du rôle de catalyseur pour l’harmonie dans le département que doit jouer le collectif des Cadres, le professeur Dano Djédjé, à la demande des membres a engagé une série de concertations avec les principaux lea - ders d’opinion et les Représentants d’associations existant dans le dépar - tement. Il a ainsi utilisé toutes les possibilités qui s’offraient à lui, pour demander officiellement au Président du Conseil des Chefs et aux émissaires du Président de l’Assemblée nationale le retrait des villages de Mama et de Gnaliépa du programme final. C’est dans l’attente des résultats de ces propositions que nous apprenons par les médias la rencontre du bureau du Conseil des chefs avec le  Président de l’Assemblée nationale à Yamoussoukro où il a été décidé de maintenir non seulement les village de Mama et de Gnaliépa mais d’ajouter au programme le village de Kpogrobré, village de Charles Blé Goudé, extradé du Ghana et détenu au secret. Pour mieux comprendre la motivation de ces démarches, le Collectif des Cadres, à la suite de sa réunion du mardi 6 août 2013 a décidé d’envoyer des missions d’information auprès des chefs de villages, des autorités coutumières et des populations des villages concernés. Il ressort de ces consultations et missions que beaucoup de chefs de villages ont été mis à l’écart des démarches actuelles, parce qu’ils n’ont pas été favorables à cette visite. Aujourd’hui, toutes sortes de pressions s’exercent sur ces autorités coutumières et chefs de villages, ainsi que sur les populations,  en particulier sur ceux des villages de Mama, Gnaliépa et Kpogrobré. A preuve, depuis le 10 août 2013 un détachement militaire est positionné dans le village de Mama.
Notre analyse Depuis la fin du mois de mars 2011, date à laquelle le département de Gagnoa, à l’instar de toutes les régions du sud de la Côte d’Ivoire a été envahi par des hommes en armes, obligeant les populations à fuir leurs villages pour se réfugier dans les forêts, jusqu’à l’arrestation de Laurent Gbagbo le 11 avril 2011 et les mois qui ont suivi, les populations de Gagnoa ont vécu des moments atroces. Le traumatisme a été très grand, mais le peuple de Gagnoa, comme les autres peuples de Côte d’Ivoire tentent de le surmonter en portant leur douleur dans la dignité. La population de Gagnoa dans sa grande majorité a décidé de ne jamais renier Laurent Gbagbo, leur illustre fils, tout comme elle continue d’exprimer son soutien et son affection à son épouse Simone Gbagbo, à Maman Gado Marguerite et à Charles Blé Goudé. C’est pourquoi, la majorité  de la population du département est scandalisée en apprenant que le Président de l’Assemblée nationale veut visiter le village de ces personnalités qui constituent pour nous des symboles, alors qu’ils sont dans les liens de la détention ou en exil. Nous ressentons cette visite comme une opération de diabolisation, d’humiliation voire de soumission. Est-ce bien cela l’intention du Président de l’Assemblée nationale ? Nous n’osons y croire. Et pourtant, nous ne pouvons nous empêcher de nous interroger de bonne foi sur la motivation réelle d’une telle visite dans ces villages symboles. Au moment où l’on enregistre la libération de quelques prisonniers politiques et que la Procureure de la CPI recherche des preuves supplémentaires pour accabler Laurent Gbagbo, que vient chercher Soro Guillaume à Mama, Gnaliépa et Kpogrobré ? Les tenants du pouvoir chercheront à maintenir ces visites par tous les moyens pendant que les autres continuent de souffrir le martyre. Est-ce que la conscience humaine peut accepter une telle torture morale ?
Même la diplomatie coutumière largement invoquée pour justifier la visite de Soro Guillaume, a ses exigences propres. Elle est fondée sur la concertation, la discrétion et surtout la considération. Elle suit des procé - dures, et obéit à des étapes. Elle ne cautionne pas le mépris, les humiliations et la provocation, sources de frustrations et de blocages.

Notre position

Face à cette situation qui divise plus qu’elle ne rassemble, il importe de faire preuve de discernement et de responsabilité pour préserver les chances de succès de la réconciliation en préservant l’unité de ceux qui ont la charge de la conduire. Pour le Collectif des Cadres du département de Gagnoa, il est certain que l’on ne peut raisonnablement s’opposer à la visite du Président de l’Assemblée nationale à Gagnoa, partie intégrante de la Côte d’Ivoire. C’est pourquoi le Collectif des Cadres du département de Gagnoa en appelle solennellement à monsieur Soro Guillaume, Président de l’Assemblée nationale, pour limiter sa visite à  la commune de Gagnoa, au regard de l’objet principal annoncé, en renonçant aux étapes des villages de Mama, Gnaliépa, et Kpogrobré. Par le présent appel, le Collectif des Cadres entend jouer son rôle de facilitateur de la cohésion et de l’unité pour que le département de Gagnoa continue de mériter de la confiance de ses Enfants et du respect des autres peuples de Côte d’Ivoire. Le sort aujourd’hui fait à Gagnoa est également celui que vivent beaucoup d’autres régions de notre pays et exige des solutions appropriées dans la recherche d’une réconciliation vraie, sincère et durable.

Fait à Abidjan, le 13 août 2013

Pour le Collectif des Cadres de Gagnoa Le Président, Pr Sébastien Dano Djédjé
NB : la titraille est de la Rédaction.

Source: Le Nouveau Courrier N° 852 Du Mercredi 14 au Jeudi 15  Août 2013




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