Les attentats de Paris me font mal, mais…

Lundi 16 Novembre 2015 - 05:23


On nous demande de prier pour Paris où 7 attaques terroristes ont fait, le 13 novembre 2015, environ 129 morts et plus de 300 blessés dont certains seraient entre la vie et la mort. Et j’ai commencé à le faire. Sincèrement et intensément. Pourquoi ? D’une part, parce que de nombreux amis (Africains et Gaulois) vivent et travaillent là-bas. D’autre part, et c’est la raison la plus importante, parce que la foi chrétienne, Antoine de Saint-Exupéry, Émile Zola, Victor Hugo et d’autres grands auteurs français m’ont appris qu’être homme, c’est ressentir la honte et la colère devant la misère, la souffrance et la détresse d’un autre homme, quelles que soient sa couleur de peau, ses convictions religieuses, idéologiques ou politiques. Cette empathie, ajoutent-ils, devrait pousser quiconque revendique ce titre d’homme à agir en faveur de tout homme en difficulté.
 Comme j’eusse aimé que gouvernants et gouvernés français fussent choqués et révoltés par les massacres et viols devenus, depuis 1997, le pain quotidien des populations de l’Est de la République démocratique du Congo ! Comme j’aurais tant aimé qu’ils se solidarisent avec le Cameroun, le Nigeria aux prises avec Boko Haram depuis quelques mois, avec la Centrafrique qui n’en finit pas d’être endeuillée alors qu’un contingent militaire français y a été envoyé pour mettre fin aux violences de la Seleka et des Anti-Balaka! Comme j’eusse voulu qu’ils volent au secours de la Côte d’Ivoire attaquée et coupée en deux, de septembre 2002 à avril 2011, par  des terroristes venus du Burkina où ils avaient été entraînés au nez et à la barbe des diplomates et militaires français. La France ne se contenta pas alors de demeurer passive. Au cours d’un semblant de Table ronde à Marcoussis, en janvier 2003, elle força le président démocratiquement élu à travailler avec ces rebelles analphabètes et buveurs de sang dans un gouvernement d’union nationale. Elle fit pire encore en 2011 en installant, dans la tricherie et après le bombardement de la ville d’Abidjan par ses avions, celui pour qui Soro et ses compères avaient pris les armes. Certes, le temps est davantage au recueillement qu’au questionnement mais je ne résiste guère à l’envie de poser la question suivante: La France des Hollande, Sarkozy, Fillon, Juppé dirait-elle “oui” si les États-Unis lui proposaient de discuter avec les auteurs des attentats d’hier et de les nommer ministres pour que Paris soit en paix ? J’en doute fort puisque, dans son adresse au peuple français, M. Hollande a plutôt promis que son pays sera impitoyable à l’endroit de ceux qui se sont “lâchement et honteusement” attaqués à la France.  Comme j’eusse aimé que les gouvernants français affichent la même fermeté vis-à-vis du terroriste Soro Kigbafori. Jamais inquiété pour ses nombreux crimes en Côte d’Ivoire, Kigbafori est persuadé qu’il peut continuer à frapper qui il veut dans la sous-région. Dans une diabolique conversation téléphonique (avec le médiocre Djibril Bassolé) enregistrée, puis remise en septembre 2015 aux dirigeants burkinabè, il a ainsi menacé de tuer Salif Diallo (opposé à la modification de l’article 37 de la Constitution, ce dernier démissionna à temps du parti de Blaise Compaoré) et Chérif Sy (le président du Conseil national de transition) ! Je m’attendais à ce que la France se montre ferme en 2002 avec ce terroriste. Malheureusement, à la fermeté, la “patrie des droits de l’homme” préféra complaisance et soutien car c’est bien Paris qui déroulait le tapis rouge à Soro et à ses compagnons sanguinaires chaque fois qu’ils s’y rendaient; c’est bien dans la capitale française que les micros des radios et télévisions leur étaient tendus; c’est bien en France qu’ils ouvrirent des comptes bancaires et achetèrent villas et châteaux.  Oui, je prierai pour Paris mais je prierai aussi pour que cessent la duplicité, l’indignation et les condamnations sélectives auxquelles nous avons assisté en France ces 20 dernières années, pour que les dirigeants français arrêtent de semer le chaos dans les pays dont ils veulent accaparer les richesses (Libye, Côte d’Ivoire, Centrafrique, Cameroun), pour qu’ils renouent vite avec les valeurs prônées par leurs grands penseurs, pour que leur pays ne soit plus cette “civilisation” qui ne fait que “ruser avec ses principes” (Aimé Césaire).
Jacques Vergès disait que “les poseurs de bombes sont des poseurs de questions”. Condamner sans réserve les attentats qui viennent de frapper Paris ne devrait donc pas empêcher les Français de s’interroger et éventuellement de faire leur examen de conscience. Je voudrais leur proposer ici trois petites questions: 1) Pour renflouer ses caisses et maintenir le train de vie de ses habitants, un pays a-t-il le droit d’aider des terroristes à déstabiliser un autre pays et à y tuer des milliers de personnes? Peut-on exporter la violence dans d’autres pays et espérer ne jamais en être victime soi-même? Peut-on se dire attaché aux droits de l’homme et à la démocratie et cautionner en Afrique des parodies d’élections qui tôt ou tard déboucheront sur des tensions et des violences?
Les attentats de Paris me font mal mais j’aurais encore plus mal si la France, au lieu de tirer les leçons de cette tragédie, continuait à s’acoquiner avec les terroristes dans certains pays étrangers et à semer la désolation et la mort là où il aurait simplement fallu négocier un partenariat gagnant-gagnant.



Jean-Claude DJEREKE
Enseignant à Temple University
Philadelphia (USA)
 




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