Les Wê crachent leurs vérités à Ouattara.Le chef de l’Etat réplique.. et offre 200 millions de FCfa

Les Wê, un peu plus d’un millier, qui ont pris d’assaut, le lundi 22 octobre 2012, l’esplanade de la présidence de la République, dans le cadre « d’un face- à-face en direct » avec le chef de l’Etat, ont mis en congé la langue de bois, pour cracher leurs vérités à Alassane Ouattara.

Mardi 23 Octobre 2012 - 13:09


Les Wê crachent leurs vérités à Ouattara.Le chef de l’Etat réplique.. et offre 200 millions de FCfa
Les Wê, un peu plus d’un millier, qui ont pris d’assaut, le lundi 22 octobre 2012, l’esplanade de la présidence de la République, dans le cadre « d’un face- à-face en direct » avec le chef de l’Etat, ont mis en congé la langue de bois, pour cracher leurs vérités à Alassane Ouattara.
« Vous m’avez dit des vérités, moi aussi je vous ai dit des vérités. J’espère que je n’ai heurté personne… Les vraies amitiés se nourrissent de vérités… », a fait remarquer le chef de l’Etat qui, manifestement n'était pas indifférent à la teneur des mots choisis par les Wê pour faire passer leur message. Oula Privat, Député de Duékoué, issu du Parti démocratique de Côte d’Ivoire ( Pdci-Rda), au nom des élus, a été le premier à sonner la charge, en mettant le doigt là où ça peut faire mal au régime Ouattara.
Si les « Wê » ont admis que « Ouattara est le président de tous les Ivoiriens et mis en relief l’intérêt qu’il attache à l’ouest », ils soutiennent, toutefois, que « le foncier rural, les cadres exilés, la présence massive des dozos ( chasseurs traditionnels) dans la région, le nombre pléthorique de personnes de tout acabit dans leurs rangs, le manque de respect aux autorités administratives et traditionnelles constituent une grande menace pour le processus de réconciliation et la paix dans nos régions » a-t-il vivement déclaré.
Les populations du Guémon et du Cavaly ont toutefois reconnu leur part de responsabilité dans l’exacerbation des crises politiquo-militaires qui ont frappé la Côte d’Ivoire et ont tendu le rameau de pardon au chef de l’Etat. Tyéoulou-Dyéla Félix, ex-secrétaire général du gouvernement sous le régime de Laurent Gbagbo, au nom des populations des deux régions, a fait un diagnostic des plus sombres de la situation qui prévaut à l’ouest, est revenu sur les massacres qui y sont perpétrés depuis 2002, a rappelé toutes les scènes d’épouvantes, avant d’interpeller le chef de l’Etat sur la nécessité « de les aider à sortir de l’angoisse ».
La destruction des villages et des valeurs culturelles par le feu dont les mythiques « Gla » (appelés communément masques) et « Koui » et autres symboles profanés n’a pas échappé aux critiques des Wê. Pour lui, le mal est grand et doit être conjuré par une « réparation morale ». Le chef de l’Etat a offert, pour ce rituel de réparation, la somme de 200 millions de Fcfa aux deux régions. 100 millions pour le Cavaly et 100 millions pour le Guémon. Un comité sera constitué autour des ministres Emile Constant Bombet et Kéhi Boguinard, en vue de la mise en œuvre des dispositions pratiques.
En magistrat averti, Tyéoulou Dyéla Félix s’est offusqué de la non publication, notamment, des résultats de l’enquête parlementaire de 2007 sur les massacres de l’ouest. A défaut, il a réclamé la reprise de cette enquête, avec à la clé des résultats et des poursuites. « Des personnes en armes ont profané et continuent de troubler la sécurité des populations de l’ouest. Certains "dozos" se rendent coupables «d'exactions », comme certains militaires des Forces républicaines (Frci) commettent des "dérapages". Les populations souhaitent que leur sécurité soit confiée aux forces régaliennes(...). «Nous demandons le désarmement des ex-combattants de quelque bord qu'ils soient, nous demandons le renforcement du dispositif militaire et le strict respect des droits de l’homme », a martelé Tyéoulou.
Il a dénoncé, en des termes assez caustiques, l’occupation illicite des massifs forestiers, des terres, soulignant que la « guerre a créé des types nouveaux d’occupants qui s’imposent par les armes, l’arrivée massive des migrants qui se sont installés dans les forêts classées, les brigades armées ». Il a également dénoncé de nouveaux types d’agriculteurs qui exproprient, occasionnant un exode massif des populations. Pour lui, il s’agit, ni plus ni moins « d'une colonisation des terres, d'une occupation "illicite" des terres et aires protégées de la région avec l'arrivée "massive" de nouveaux migrants étrangers qui s'imposent par les armes ».
Ce phénomène, à ses yeux, « va constituer une bombe à retardement ». C’est pourquoi, la seule solution réside dans l’application effective de la loi sur le foncier rural votée en 1998, l’expulsion des occupants illégaux et la délimitation des terres. L’ancien secrétaire général a réclamé l’indemnisation des victimes, avant de dénoncer le silence de la justice ivoirienne « sur les nombreux morts de l’ouest ». Il faut, selon lui, déclaré l’ouest « zone sinistrée » pour lui administrer « un plan Ouattara ».
Tout en demandant pardon à la nation et au président de la République, il a souligné que « l’avenir de l’Ouest est menacé du fait de la présence massive de ses fils en exil ». Il a décrié les licenciements massifs qui frappent les cadres de l’ouest aussi bien dans l’administration que dans le privé. Tyéoulou Félix a réclamé « la facilitation du retour des exilés, la régularisation de la situation des cadres de l’ouest et l’élargissement des prisonniers Wê de la crise posté-électorale».

Armand B. DEPEYLA

Encadré :

Ouattara aux populations de l’Ouest :
« Marcel Gossio peut venir, mais il va s’expliquer devant la justice »

« Vous avez parlez avec beaucoup de franchise… avec votre cœur. Je ferai la même chose avec vous », a tenu à préciser Alassane Ouattara avant d’entrer dans le vif du sujet. Interpellé hier, sur la nécessité de faciliter le retour des exilés, le chef de l’Etat a cité deux personnes dont les cas lui auraient été exposés. Marcel Gossio, ancien Dg du Port autonome d’Abidjan et Eric Kahé, ancien ministre de Gbagbo. « Qu’ils rentrent au pays. Le ministre de l’Intérieur organisera leur retour et après, ils vont se présenter devant la justice. Qu’est- ce qu’ils ont à se reprocher ? Il ne faut pas que Gossio ait peur. S’il y a des audits, et s’il a détourné de l’argent, il va rembourser. Dites-leur de rentrer, mais je ne peux pas présager de ce que fera la justice. Mais, en tant que chef suprême de la magistrature, je leur demande de rentrer », a dit le chef de l’Etat.
Il ne ferme toutefois pas la porte derrière lui, soulignant que « la justice doit être un élément de la réconciliation ». Pour certains pro-Ggagbo qui sont en prison, le chef de l’Etat a affirmé que « des instructions seront données à la justice afin qu’elle avance vite » de sorte à ce que ceux qui « n’ont pas leur place en prison sortent ». « Il y a des cas qui peuvent être examinés » a-t-il promis.
Pour lui, l’impératif de la réconciliation impose l’abandon de la violence et des actes de terreurs, tels l'attaque de la centrale d’Azito. Sur la question du foncier rural qui concentre les ressentiments des populations de l’ouest, M. Ouattara a relevé le caractère caduc de la loi 1998. Il a mis en exergue les insuffisances de cette loi dont la mise en œuvre, selon lui, sur une période de 10 ans, est arrivée à expiration.
« Le foncier est une question qui est difficile. La propriété individuelle n’a pas été suffisamment expliquée », fait valoir le chef de l’Etat. Selon lui, aussi bien à l’ouest que partout en Côte d’Ivoire, « toutes les terres seront immatriculées ». La question du foncier sera reprise à travers une nouvelle loi étant donné que, selon lui, la loi du 23 décembre 1998 est frappée de caducité. Il a insisté sur la nécessité, pour les uns et pour les autres, d’avoir « un titre de propriété » sur les terres dont ils se réclament les propriétaires terriens. Il s’est dit déterminé à sécuriser l’ouest.
Sur la question des dozos dont Tyéoulou a réclamé le démantèlement à l’ouest, Ouattara s'est dit "entièrement d'accord" pour le désarmement des "dozos". Il a fait valoir que « même des Wê et des Baoulé sont aujourd’hui des dozos. "Leur activité est anormale", a-t-il estimé, non sans annoncer que le ministère de l'Intérieur va procéder à leur "recensement pour qu'ils retournent à leur activité traditionnelle". Le président a appelé ses hôtes à "tourner la page" de la crise post-électorale et à s'engager dans la réconciliation nationale..

Armand B. DEPEYLA
Source: Soir Infos




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