Le rythme de la croissance de l’économie ivoirienne remis en question  ?ParJean-Charles Thiémélé, Expert Economiste Financier

Lundi 8 Août 2016 - 00:20


Port autonome d'Abidjan
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Un article de Idriss Linge de l’Agence Ecofin du 13 juillet 2016 a mis le doigt sur une incongruité dans les données macroéconomiques de la Côte d’Ivoire, qui pourrait être révélateur d’une réelle préoccupation quant à la fiabilité des comptes du pays  : selon les perspectives du FMI la Côte d’Ivoire devrait atteindre une croissance de 7.5% (révisé récemment à 8.4%) en 2015 en monnaie locale, alors qu’en dollars américains la croissance ne serait pas au rendez-vous avec un niveau de PIB annoncé de seulement 31,7 milliards  de dollars américains, contre près de 34 milliards  de dollars en 2014.
La différence observée est-elle seulement le fait de l’appréciation du dollarou y a- t-il un vrai problème de mesure du PIB et partant de la croissance si chantée de la Côte d’Ivoire au cours des 5 dernières années  ?
Après avoir reconstitué les donnéesnous vous livrons nos observations  ci-dessous:
 

milliards

2010

2011

2012

2013

2014

2015

2016Prev

PIB N US$

24.88

25.38

27.04

31.29

34.24

31.75

32

TCN USD/CFA

% variation

491.9185

-

488.3820

-0.7

500.3378

+2.4

476.2942

-4.8

532.2080

+11.7

602.5945

+13.2

586.0892

-2.7

PIB N converti en F.cfa

10764

12 657

13529

14903

18223

19132

18755

Déflateur PIB

1.9

5

1.4

2.6

0.5

1.2 

1.2 

Taux de croissance PIB en $ constant base 100 2010

-

-4.8

6

13.1

8.9

-8.5

-0.4

Taux de croissance PIB en CFA constant base 100 2010

Officiel CI

-

-

 

-

-4.8 (déflat 22.3)

 

-4.7

5.4

 

 

9.8

7.9

 

 

8.7

8.9 (déflat 13.4)

 

9

3.7

 

 

8.4

-3.1

 

 

8.5


On constate à partir des données du tableau que des écarts importants apparaissent entre les taux de croissance à prix constants en dollars et en monnaie locale sur quasiment toutes les années. Même quand les chiffres semblent proches comme en 2011 et 2014, ils cachent des différences énormes au niveau du déflateur du PIB.
Ces différences ne sont un secret pour personne. Le président ivoirien Alassane Ouattara l’a lui-même reconnu en mars 2016 en faisant remarquer que chaque fois c’est le FMI qui a reculé en s’alignant sur les chiffres de son équipe  : «J'ai reçu la mission du FMI la semaine dernière. J'ai leur ai dit   que cela faisait quatre ans que nous avions des chiffres différents et que chaque fois, ils revenaient en disant que c'était la Côte d'Ivoire qui disait vrai»

La question qu’on est en droit de se poser c’est pourquoi le FMI semble ne pas démordre sur le chiffre de la croissance de 2015, au point de faire plier le gouvernement (qui renonce aujourd’hui au taux de 10,3% pour s’accommoder du chiffre du FMI de 8.5%). Pourquoi le FMI n’a pas validé le taux de croissance de 2015  ?
En utilisant les données en dollars de l’institution de Breton Woods on trouve un taux de croissance négatif de -8.5%, l’exact opposé de la croissance acceptée aujourd’hui par le gouvernement de +8.5% en monnaie locale, comme si on s’était livré à une inversion de signe. Cela était trop gros. Même si en 2015 on prend en compte l’appréciation du dollar US (+13.2%), on n’obtient dans le meilleur des cas qu’un taux de croissance de 3.7%, ce qui serait un ralentissement de la croissance que les autorités ivoiriennes ne semblent pas disposées à accepter. Pour arriver au taux de +8.5% il a fallu trouver 3.7 points de croissance.
Ceci n’est possible que de 2 manières  : pousser le chiffre de l’offre, notamment dans l’agriculture vivrière (ne faisant pas généralement l’objet d’un calcul direct, donc dérivé), ou donner un tour de vis vers le bas au déflateur. De telles manipulations, qui sautent toujours facilement à l’œil, peuvent être tolérables tant qu’ils restent dans des proportions acceptables. De plus, une manipulation sur une longue période du déflateur va maintenir artificiellement les chiffres officiels de l’inflation bas alors que la réalité de la hausse des prix est bel et bien vécue par les consommateurs. D’où ce paradoxe d’une économie officiellement à faible inflation dont les populations dénoncent régulièrement une inflation insupportable.
Après les critiques récentes de la Banque Mondiale sur la mauvaise gestion du portefeuille des projets, la posture actuelle du FMI, qui n’a toujours pas donné son accord pour le prochain programme économique et financier de la Côte d’Ivoire, malgré 2 missions dans le pays et une mission de la Côte d’Ivoire à Washington, en dit long sur l’exaspération de la communauté internationale face à l’incompétence et aux outrances de l’Administration Ouattara.
Mais, la communauté internationale pourra t- elle aller jusqu’à sanctionner son élève, si docile mais aussi si incompétent  ? Va-t-elle regarder enfin le bien-être des populations et les intérêts du pays et exiger les corrections nécessaires et de meilleures politiques économiques et sociales en Côte d’Ivoire ?
Cela aura peu de chance de survenir sans une réaction appropriée des ivoiriens eux-mêmes pour se faire entendre. La communauté internationale, qui trouve son compte dans la situation actuelle, ne fera jamais le saut toute seule.



 




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