Le régime Ouattara et le désastre de la gouvernance financière ( Par Dr Boni Béda)

CIVOX.NET
Vendredi 5 Mai 2017 - 19:20


Les armes se sont tues dans le pays voici maintenant six années. Les rebelles sont mis au pouvoir par la volonté de la communauté internationale nonobstant la constitution ivoirienne. Le pouvoir dictatorial installé, englué dans son esprit de rattrapage, déroule sa politique d’extraversion sans se soucier de nombre d’Ivoiriens en exil, refugiés sur tout le territoire  national, en prison sans jugement ou maintenus dans les prisons à l’étranger au grand dam de leurs concitoyens.  La réconciliation nationale est en panne sèche avec les bandits à col blanc dans les rues. L’argent ne circule pas, l’emploi fait défaut malgré les grands travaux conduits à coup de milliards grâce aux dettes renouvelées. La pauvreté grandit, la misère est rampante et atteint tous les milieux.

Aujourd’hui, le pays avance péniblement sur la voie du développement humain. Vu de dos, l’économie ivoirienne donne l’impression d’un être humain normal avec toutes les caractéristiques de dynamisme  et d’intrépidité (taux de croissance d’au moins 8%). Mais, vu frontalement (de face), elle ressemble à un nain, à une masse sans visage, horrible, tellement des dispositions inhumaines la caractérisent. Des promesses d’émergence économique rapide sont faites au peuple ivoirien indifférent qui tient encore au programme de la Réfondation. Les socialistes ivoiriens conduits par SEM Laurent Gbagbo n’auraient pas apporté, selon les tenants du pouvoir et leurs alliés étrangers, la prospérité à leurs concitoyens « pendant 10 ans » et pourtant, la grande majorité des Ivoiriens hier, adeptes de la politique du changement, crient « Gbagbo kafissa » (Gbagbo est mieux). Comment expliquer cette situation, puisque le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) est estimé à plus de 7,5 % depuis 2012, année d’atteinte du point d’achèvement de l’initiative des pays pauvres très endettés (PPTE) qui s’est soldé par un effacement de 24% de la  dette extérieure de la Côte d’Ivoire, soit 3 109,3 millions de dollars, c’est-à-dire environ 2 000 milliards de FCFA.

La réalité vécue dans le pays voit le déficit courant (ou déficit de la balance courante) se creuser. Le déficit budgétaire (2016) s’approfondit à cause de l’augmentation effrénée des dépenses (particulièrement celles affectées à la sécurité, à la santé et à l'éducation). Ce dernier devient chronique : son ratio sur le PIB est irrésistiblement négatif (-4,0 % en 2016 et -3,6% comme prévision de 2017). Les deux produits phares représentant encore la moitié des ventes à l’étranger connaissent des fortunes diverses. Les exportations de cacao se replient depuis leur pic de 2015 tandis que les exportations de pétrole connaissent depuis ces dernières années un recul ininterrompu. A la différence de la balance commerciale positive, celle des invisibles (différence entre la somme des services exportés et la somme des services importés) est déficitaire.

La mauvaise gestion des finances publiques est palpable. Le pouvoir Ouattara ne faisant confiance qu’aux investisseurs étrangers finance la plus grande partie du déficit courant par le truchement de ces opérateurs. Selon les données du trésor public (voir tableau ci-dessous), l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE en juin 2012 a fortement allégé la dette publique ivoirienne. Elle est passée de 69,9% du PIB fin 2011 à 33,9% fin 2012. Mais, depuis cette année, elle a amorcé une augmentation vertigineuse pour passer de 4 679,57 milliards de francs CFA (FCFA) fin 2012 à 8 959,40 milliards FCFA fin 2016, soit pratiquement 100% (91,5 %) d’augmentation. La dette globale (totale) de fin 2016 dépasse le niveau de celle de 2011 (8 959,81 milliards de contre 8 377,09 milliards de FCFA. Le ratio dette totale sur recettes budgétaires de 2016 est de 214,43 % ; ce qui veut dire que la dette totale représente plus de 2 fois les recettes engrangées dans le pays. Il faut préciser que ce niveau d’endettement public n’inclut pas l’endettement de nombreuses entreprises publiques et les dettes privées sur l’Etat, d’un montant substantiel, volontairement écarté parce qu’appartenant à des soi-disant pro-Gbagbo. Le gouvernement actuel nous ramène à la situation de surendettement qui a conduit les institutions financières internationales à alléger le fardeau de la dette. L’initiative de désendettement peut-elle être reconduite ? Si rien n’est fait, la population jeune qui représente près de 78% de la population ivoirienne totale d’après le recensement de 2014, risque de supporter ce gros fardeau.

Tableau : Niveau des dettes, leur ratios par rapport au PIB et aux recettes budgétaires

Années

Dette totale (DT)

Dette extérieure

(DE)

Dette intérieure

(DI)

PIB nominal

Recettes budgétaires

(RB)

DT/PIB

DE/PIB

DT/RB

DE/RB

(milliards FCFA)

(milliards FCFA)

(milliards FCFA)

(milliards FCFA)

Hors dons

2011

8 377,09

6 264,16

2 112,93

11 976,73

1 693,02

69,9

52,3

494,80

370,00

2012

4 679,57

2 392,98

2 286,59

13 804,90

2 540,25

33,9

17,28

184,22

94,20

2013

5 257,24

2 605,42

2 651,82

15 459,80

2 838,01

34

16,85

185,24

91,80

2014

6 438,54

3 308,67

3 129,87

16 935,50

2 989,35

38

19,53

215,38

110,68

2015

7 793,81

4 304,34

3 489,47

18 880,00

3 634,61

41,28

22,79

214,43

118,43

2016

8 959,40

4 921,10

4 038,30

21080,9

 

42,5

 

 

 

Source : www.tresor.gouv.ci

Malgré les taux alarmants de la dette, le gouvernement actuel, représenté par son porte-parole, se félicite de l'endettement de la Côte d'Ivoire qui est « maîtrisé ». Car, selon les normes de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), « le taux d'endettement doit se situer au maximum à 70% et celui de la Côte d’Ivoire, évalué à 42,5% à fin 2016, est largement en-deçà». Quelle ironie ?

Les possibilités de dons qu’offre l’atteinte par la Côte d’Ivoire du point d’achèvement ayant été épuisées, le gouvernement est retourné sur les marchés financiers internationaux avec des prêts à taux flottants, non maîtrisables. La plupart des prêts adossés au dollar américain (USD) ont connu un renchérissement depuis 2012. Cette monnaie s’est réévaluée par rapport au FCFA de 27,5% globalement sur la période de 2012 (1 USD = 488,08 FCFA) à 2017 (1 USD = 622,05 FCFA), soit un taux de variation moyen annuel de 3,5%. Cette situation conduit de fait à l’augmentation de la dette ivoirienne.

Sur le marché sous régional, le niveau d’endettement excessif du pays oblige l’Etat ivoirien à n’émettre que des obligations de faibles montants, puisque contraint par la disponibilité de liquidités souhaitant investir sur des titres ivoiriens. En effet, les banques de la sous-région qui sont les plus gros investisseurs sur ce marché, sont déjà fortement exposées sur des titres ivoiriens ; elles préfèrent souscrire à des obligations d’autres pays de l’UEMOA afin de diversifier leur risque. En 2014, sur les sept émissions obligataires ivoiriennes effectuées à la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières d’Abidjan (BRVM), pour  un total de 620  milliards F CFA, trois d’entre elles ont péniblement atteint leur cible.

Devant les difficultés rencontrées par l’Etat ivoirien dans le financement de ses projets d’investissements, le gouvernement a décidé de s’orienter vers les marchés financiers arabo-musulmans en émettant des titres publics de type islamique dénommés « Sukuk. Le 23 novembre 2015, pour une période de maturité de 2015-2020, puis le 1er août 2016 pour une période de maturité de 2016-2023, l’Etat ivoirien a émis des titres d’un montant total de 150 milliards de F CFA (environ 228,67 millions d’euros) pour chaque période avec un taux d’intérêt annuel de 5,75%. Le capital et les intérêts sont remboursables semestriellement. Mais l’horizon demeure encore sombre pour le financement des projets, l’Etat étant incapable de mobiliser et d’épargner des ressources propres.

Au début de cette (2017), la comptabilité publique, a lancé un nouvel emprunt obligataire de 120 milliards FCFA sur le marché de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) pour financer ses projets d’investissements. Cet emprunt obligataire dont la souscription est ouverte du 27 février au 27 mars 2017, sera rémunéré à un taux d'intérêt de 6,25% l'an, avec une maturité de 12 ans. A la fin de la période requise, le gouvernement n’a pu collecter que 50 milliards de FCFA. Devant ce désaveu, il s’est orienté vers la population ivoirienne pour trouver le reliquat de financement, complétant les obligations par des Bons. Les Bons sont de quatre maturités : des Bons de 3 mois, 6 mois, 9 mois et 12 mois, auxquels s’appliquent les taux d’intérêts annuels respectifs : 3,75%, 4,75%, 4,85% et 5,00%. Concernant les Obligations, elles sont de deux sortes : les Obligations de 3 ans avec un taux d’intérêt annuel de 7,25% et celles de 5 ans avec un taux d’intérêt de 8,25%. L’équipe de sensibilisation envoyée en mission dans le pays a achevé sa tournée dans le PORO (nord du pays) ce jour 21 avril 2017, sans beaucoup d’assurance. Le trésor ivoirien est asséché, l’étranger ne réagit plus aux demandes du pouvoir Ouattara.

Après plus d’un demi-siècle d'indépendance et une course démentielle vers une forte croissance, la situation économique et sociale du pays s'est considérablement érodée. Le constat est sans équivoque : l'échec d'un modèle économique de développement choisi hier délibérément par les autorités politiques du P.D.C.I.-RDA et appliqué aujourd’hui par la paire PDCI-RDR, réunie dans le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) . Ce modèle est celui qui exclut les nationaux de la gestion économique et politique du pays. Après plus de cinq décennies d'indépendance, la Côte-d'Ivoire reste encore l'une des économies les plus ouvertes d'Afrique noire. C'est une économie qui s'entretient essentiellement de l'extérieur :

  • la ‘’monnaie’’ utilisée est l’œuvre de l’étranger. Liée hier au franc de la république française (FRF), elle est aujourd’hui arrimée à l’euro, subissant de fait les aléas de cette monnaie européenne ;

  • la croissance économique est considérablement entretenue par des apports de capitaux étrangers (de 60 à 86 % dans le financement des investissements réalisés en Côte-d'Ivoire) ;

  • plus des deux tiers de la production totale est vendue à l'étranger; à terme, cette liberté des échanges a entraîné un transfert de ressources physiques (matières premières agricoles et minières) vers la France et les autres pays du monde occidental ;

  • une forte proportion de travailleurs est venue des pays voisins ou de la France pour « s'investir » dans les secteurs économiques les plus essentiels; la production de la quasi-totalité des secteurs non agricoles de la Côte-d'Ivoire est sous la domination des grandes firmes coloniales françaises ou arabes, tandis que le secteur agricole est littéralement envahi par les ressortissants de la CEDEAO ;

  • les achats à l'extérieur de biens alimentaires constituent l'essentiel des dépenses d'importation depuis des années.

Le futur économique de la Côte d’Ivoire dépendra finalement de la capacité du gouvernement à sortir le pays du modèle d'économie rentière avec lequel il se débat depuis la colonisation.

Rappelons que selon le dernier recensement de 2014, 78% de la population ivoirienne a moins de 35 ans. Il revient aux gouvernants d’échafauder des programmes de développement et des politiques économiques clairs basés sur la jeunesse et le genre pour sortir le pays du sous-développement. Un pays se développe de lui-même, avec ses ressources propres.

Le FPI, avec son projet de société et sa vision de l’économie sociale de marché doit revenir aux affaires publiques pour redonner espoir et confiance aux Ivoiriens désemparés.

 




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