Le plan de Ouattara pour dribler François Hollande en 2015

Mardi 4 Février 2014 - 06:15


Tous les indicateurs des relations entre la Côte d’Ivoire et la France sont aujourd’hui favorables à Alassane Ouattara. Tous les journaux français, majoritairement ancrés à droite – parce qu’appartenant à des hommes d’affaire ou groupes financiers de droite – lui sont acquis. Aucun homme politique n’est ouvertement favorable au retour au pouvoir des amis de Laurent Gbagbo. On pourrait même ajouter que personne en France – mis à part Jean-Luc Mélenchon – n’a encore ouvertement formulé des reproches à Ouattara ; et personne n’est prêt à en formuler.

Dans ces conditions, il n’y a aucune raison pour que le pouvoir actuel vive dans la peur d’un vent contraire à celui qui l’a porté au pouvoir ! La pression que François Hollande exerce sur Ouattara n’est donc rien d’autre qu’une querelle entre deux gouvernants ; querelle qui est loin d’ébranler les relations entre les deux hommes et encore moins entre les deux pays. D’ailleurs, jamais la France n’a été aussi bien installée dans l’administration des affaires économiques et politiques de la Côte d’Ivoire. Il est donc difficile de croire que la France veuille se tirer une balle dans le pied avec des exigences très fermes de François Hollande.
                                                                                             
Et pourtant, depuis le début du mois d’août 2013, suite à la libération de quelques ténors du FPI sous la pression de la France – état de chose qui a contribué à détendre quelque peu l'atmosphère – toute l'opposition s’est mise à rêver d'un retour au jeu politique démocratique ordinaire. Le FPI a commencé à donner de la voix et les petits partis à fourbir leurs armes pour des lendemains qui chantent.

Malheureusement pour tout le monde, Alassane Ouattara n’envisage pas les choses de la même façon. Ce rêve d’un jeu démocratique ordinaire n’est pas dans ses objectifs ! C’est pourquoi toute cette agitation le laisse indifférent ; il en rit même parfois. Il n'est pas fou ! Il ne va tout de même pas offrir à ses adversaires le moyen de le détrôner ! Il sait très bien que le schéma d'une élection dans des conditions démocratiques équitables ne lui est pas favorable. Il n’a pas oublié que c'est par un coup d'état de ses amis qu'il a le pouvoir ivoirien entre les mains. Pour pouvoir passer allègrement le cap de 2015, il sait qu’il n’a qu’une seule solution : emmener ses adversaires dans un état de faiblesse aux élections ; c'est-à-dire, ne pas libérer tous les prisonniers ou les libérer au dernier moment et tout faire pour que les exilés ne reviennent pas en grand nombre gonfler l'effectif des électeurs qui leur sont favorables. Raison pour laquelle ses nombreux appels au retour des exilés ne prévoient pas des mesures d'accompagnement pour faciliter et sécuriser leur installation. Une opposition désorganisée privée d’une bonne partie de son électorat lui permettra de justifier les scores de demain. D'autre part, éviter absolument les états généraux ou la justice transitionnelle que proposent ses adversaires pour une réconciliation préalable aux élections peut, selon lui, l’aider. En effet, un pays demeuré dans le schéma d’une opposition entre le Nord le sud – état de chose qui l’a conduit au pouvoir – lui semble un fonds de commerce électoral encore exploitable.

Au regard de ce calcul, vous conviendrez avec moi que le scénario d’une nouvelle crise postélectorale se profile à l’horizon 2015. Eh bien oui ! Et c’est justement ce à quoi Dramane Ouattara se prépare et voudrait conduire ses adversaires. Il est intimement persuadé depuis fort longtemps que c’est de cette situation que viendra son salut. Car sa plus grande certitude repose sur la fidélité du pouvoir militaire. Constitués d’une part de rebelles ayant officiellement reconnu avoir été armés par lui et d’autre part d’une foule d’étrangers nouvellement naturalisés, les FRCI demeureront de son côté dans tous les cas de figure en 2015. Si l’opposition conteste sa victoire, ils seront là pour le défendre. Si les institutions nationales reconnaissent par miracle la victoire de l’opposition et qu’Alassane Ouattara la conteste, ses FRCI et ses dozos ne pourront que défendre sa position. Car de sa survie dépend la leur.

En effet, les FRCI savent qu’aucun pouvoir autre que celui de Ouattara ne peut conserver les forces militaires actuelles en l’état. Aucun pouvoir autre que celui de Ouattara ne peut gouverner le pays avec une armée née du banditisme, des assassinats gratuits et du massacre de population ; une armée qui a été le bourreau de tous les opposants à ce régime ; une armée formée exceptionnellement pour un régime exceptionnel, une armée non républicaine avec ses supplétifs dozos ayant leurs entrées à tous les étages de l’administration politique du pays.

Eviter Hollande en attendant Sarkozy

Maintenant, au regard de tout ce qui précède, cherchez la porte d’entrée ou de sortie de François Hollande dans cette affaire. A vrai dire, la seule chose qu’il peut faire afin de s’illustrer honorablement dans le problème ivoirien, c’est d’exiger et obtenir absolument le rétablissement sur l’ensemble du territoire des conditions justes et équitables pour des élections démocratiques en 2015 ? Si avant la fin du premier trimestre 2014, tous les prisonniers politiques ne sont pas libérés et tous les exilés rétablis sur leurs terres et dans leurs biens, il sera trop tard ! C’est donc maintenant ou jamais qu’il doit faire preuve de volonté.
Malheureusement personne ne sait les véritables intentions de François Hollande concernant Ouattara et la Côte d’Ivoire. Il n’a jamais dit qu’il faisait siennes les promesses formulées par la France de Sarkozy au moment où elle délogeait Laurent Gbagbo du pouvoir au point de se sentir obligé de les réaliser. Lui n’a pas promis rendre la démocratie irréversible en Côte d’ivoire ! Intention réitérée par Ouattara lui-même comme une promesse à la France qui lui a confié les rênes du pouvoir ivoirien. Hollande n’a jamais dit publiquement qu’il exigerait de Ouattara la libération de tous les prisonniers politiques et le retour des exilés. Non, Hollande n’a jamais dit cela ! Hollande n’a jamais donné aux Ivoiriens la preuve que la France s’était engagée aux côtés de Ouattara pour un projet politique allant dans le sens de la construction de leur bonheur.

Avec cette inertie ou ce total abandon devant le chaos actuel d’un pays en ruine politiquement, socialement et économiquement, on imagine aisément que jamais François Hollande n’osera détrôner Ouattara si celui-ci refuse de céder le pouvoir après des élections perdues. Comment peut-on imaginer l’armée française attaquant et désarmant ceux qu’elle a mis plusieurs années à équiper et à habiller pour installer les amis de Laurent Gbagbo au pouvoir ? Pour que cela soit possible, il faut que François Hollande décide de se faire violence, qu’il devienne sans scrupule comme Nicolas Sarkozy.

Comme les ivoiriens aiment les miracles, ils peuvent se mettre à rêver et à brûler des cierges dans leurs cités mariales et leurs mosquées. Sincèrement, on peut croire que le mieux pour eux serait qu’ils se prennent en charge un jour et encoure le risque de mourir pour conquérir leur liberté comme l’ont fait les Centrafricains.

Quant à Alassane Ouattara, après avoir conduit François Hollande dans l’impasse où il ne pourra pas prendre la terrible décision d’un coup d’état à la Sarkozy, il ne pourra qu’attendre sagement le retour de la droite et des amis de son mentor au pouvoir en France. Car outre la foi en la fidélité des FRCI, Ouattara a la ferme conviction que François Hollande n’obtiendra jamais un deuxième mandat des Français ! A partir de là, il sera le chef incontesté de la Côte d’Ivoire qu’il condamnera à plusieurs années de dictature sous les bottes des FRCI et des dozos et sous le regard indulgent de la droite française !

En attendant que ce rêve se réalise, il joue au chat et la souris avec François Hollande. C'est à qui épiera le mieux l'autre afin d'éviter ou de prévoir ses réactions. En Afrique du sud, aux obsèques de Nelson Mandela, afin d’éviter une nouvelle demande de libération de prisonniers, Ouattara s’est refugié dans les bras de son parrain Sarkozy durant toute la cérémonie.

Ah, de toute évidence, réussir l’installation de la « démocratie irréversible » semble plus difficile pour la France que de bombarder des chèvres, des dunes de sable et quelques Africains démunis au Mali et en Centrafrique !

Une contribution de:

Raphaël ADJOBI

http://leblogpolitiquederaphael.ivoire-blog.com/




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