Le peuple africain, un peuple kidnappé au lendemain incertain

Vendredi 5 Avril 2013 - 07:43


Le peuple africain, un peuple kidnappé au lendemain incertain
Le peuple africain, un peuple kid- nappé au lendemain incertain; un peuple pourtant constamment content. D’un côté se trouvent des chefs d’Etats, les Excellences, trop occupés sans être occupés ; et de l’autre un peuple qui, ne pouvant vivre pleinement, manifeste des joies similaires aux os sans chair vidés de toute la moelle et jetés aux chiens. Aussi longtemps que les chiens se perdront dans ces os  ou ces joies vides sans aboyer, sans causer du bordel et sans troubler la quiétude des maîtres, quoi d’autre, qui d’autre mettra fin à ces fausses et avilissantes joies de consolation ? Les dirigeants africains se trouvent kid - nappés, et en tant qu’esclaves ou prisonniers serviteurs des intérêts autres que ceux de leur pays, ils ont kidnappé leurs propres peuples à leur tour. Oui, nombre de ces dirigeants africains ont kidnappé leurs peuples et les traînent dans toutes les humiliations tels ces oiseaux de proie qui descendent, injectent les serres dans les corps de leurs victimes, s’accrochent à leurs dos pendant que celles-ci courent terrifiées dans tous les sens en saignant avant de rendre l’âme. Les taux du chômage montent, les bas salaires abondent, les prix des produits galopent ; mais les Africains ont à gauche, à droite, derrière, devant, sous les pieds et au-dessus de leurs têtes tout pour se distraire, tout pour oublier leurs conditions.  Toutes les voies leur sont ouvertes, et même ceux qui vivent dans la dèche et la misère totales ont foi qu’ils ne passeront pas un jour ou une semaine sans plonger et se baigner dans les eaux hystériques des plaisirs et joies, des joies sans dents, des joies ternes, des joies sable- mouvant.   
 Les villageois affluent vers les points des deuils, les points des funérailles et de différentes fêtes où les musiques et l’alcool berceront et masseront leurs âmes meurtries par des événements indescriptibles et indicibles qu’ils n’au - raient pas connus dans une société bien organisée et bien régie. D’autres, en ville comme en milieu rural, se jettent aveuglement dans les bras des religions étrangères et se perdent tels des morceaux de sucre dans des tasses de café ; et ils se perdront pour toujours si rien de grand n’est entrepris pour arrêter ces suicides collectifs. La prostitution féminine et la pédophilie se développent partout et à cela s’ajoutent les requêtes d’hommes et femmes « malades » qui tentent de créer un réseau parallèle et veulent qu’on leur reconnaisse leurs « droits » à leur honteuse maladie. Dans les villes, d’autres amassent leurs indigences et leurs misères pour les attacher ou les noyer véhémentement du côté des jeux à la télévision, des jeux aux stades ou du jeu PMU, véritables hécatombes dans une Afrique qui peine encore à se lever et marcher. Dans les milieux ruraux  comme urbains, certains hommes et femmes découvrent une autre source de joies juchée juste en bas, et en font presqu’une profession. Partout l’on voit des hommes-guépards qui, une fois ayant déposé chez la femelle les vers qui les démangent, disparaissent dans la nature ; tandis que d’autres femmes se consolent et tentent d’échapper à leurs conditions par une parturition volontaire à la souris.     
Dans les villes africaines, les joies et la « belle vie » comme le disent d’aucuns sont dans des débits de boissons, des maquis, des circuits, des boîtes de nuit, dans les rues ou dans des lieux où de jeunes filles se font quasi entièrement lombrics pour le plaisir des yeux et des sens des hommes. Autour des tables, les verres s’accumulent. Les bouteilles s’amoncèlent et s’élèvent haut telles de grandes vagues, au point qu’il vous devient difficile de voir ceux qui sont en face à votre table. Les gens s’arrosent les gorges, les gens dansent et chantent. Ici, c’est la ruine totale du continent mise à nue. Les illettrés, les lettrés, les intellectuels et intellect-cons se retrouvent tous ensemble en ces lieux et se jettent à la conquête des joies décharnées sans moelle. Ils raffolent les vins étrangers ils y engloutissent les devises du pays, ils avalent des bières, ils fument à faire croire qu’un incendie attaque déjà les lieux. Les compagnies des brasseries et de tabac s’implantent, s’étendent et s’épanouissent, elles patronnent divers événements, occasions de pêcher de nouveaux consommateurs, elles exploitent savamment et abusivement les populations africaines sous les yeux passifs et paisibles de leurs dirigeants. Ces compagnies ne se soucient pas des taux de la nicotine dans le tabac ; ces compagnies renforcent les taux de sucre ou d’alcool dans les boissons. Enfants et adultes en achètent et en consomment. Cancers, diabètes et autres font des percées assez uniques et ravagent. Ne sont-elles pas libres et toujours plus puissantes ces compagnies ? Ne donnent-elles pas d’emplois aux africains? Qui les contrôle ces compagnies ? A qui ont-elles des comptes à rendre ? A per- sonne. Elles font la pluie et le beau temps. Presque tous sont corrompus. Et ceux des Africains conscients du danger et qui s’y attaquent sont menacés tant par ces compagnies que des structures dirigeantes. Le peuple africain reste pour le moment un peuple kidnappé et sans lendemain certain, un peuple trappé et kidnappé à la fois par de sales distractions endormantes, un peuple trappé et kidnappé par ses dirigeants et des puissances économiques et politiques. C’est sur ces terrains que les nouveaux leaders africains responsables et patriotes devront porter certaines de leurs grandes batailles, car aucune nation de ce monde ne peut se bâtir et se faire puissante avec des populations invalides, constamment jouisseuses et noyées dans les religions et la débauche.

Par Léon Tuam *

* Ecrivain, activiste des droits humains et enseignant. 03/04/2013 - cameroon voice
Source: Le Nouveau Courrier  N°767 du Jeudi 04 Avril 2013




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