Le pèlerinage à La Haye... et le "grand jeu" des élections ! Par Michel Galy

Tout a été dit ces derniers jours, notamment par la presse ivoirienne et des analystes comme la ministre Clotilde Ohouochi sur l’afflux soudain de « visiteurs du jour » à La Haye pour rencontrer le président Laurent Gbagbo. Comment cela se fait-il que le pouvoir actuel, appuyé sur une féroce machine de répression, avec l’appui militaire français et onusien semble dépassé ? Comment Laurent Gbagbo se trouve-t-il à l’épicentre de la vie politique ivoirienne, clef des élections, et à tout le moins « faiseur de Roi » ?

Mardi 7 Avril 2015 - 07:46


Si on met de côté ses avocats, sa famille proche ou lointaine, ses amis personnels et les quelques hommes de médias et d’écriture qui ont pu le rencontrer et en faire état, quels sont les éléments nouveaux ? Certes, il semble qu’une part de l’opinion surtout ivoirienne et africaine, de tendance panafricaniste et anticoloniale, se soit en partie « retournée » en faveur de l’ancien président - que l’on reconnaît de plus en plus en plus comme ayant été renversé par un « coup d’Etat franco-onusien » en avril 2011, après des élections truquées et contestées. Ce qui n’est pas forcément le cas des médias, de l’intelligentsia et des décideurs politiques en France, l’ancienne et actuelle puissance coloniale qui pèse de tout son poids militaire, politique et diplomatique - jusque dans l’enceinte de la CPI. C’est donc l’approche des « élections » présidentielles  d’octobre 2015 qui fait la différence, et dans le paysage politique ivoirien, et par conséquent dans l’afflux de visiteurs à la Haye. Nous sommes bel et bien dans une logique d’extraversion, faute de scène politique intérieure : la clef des élections est à Abidjan, mais aussi à Paris et temporairement à La Haye. Et ce que l’on sait, on ne peut forcement en parler, tant les tractations sont en cours. On ne peut d’ailleurs que sourire de ceux qui s’en indignent : en Afrique et ailleurs on ne passe pas des alliances qu’avec  ses amis… dire que le président ne peut voir que ceux qui étaient à ses côtés en avril 2011, ou que ceux qui ont manifesté à Paris depuis lors est, soit naïf, soit retors - favorisant par des raisonnements violents et tordus une alternative dont on sait bien qu’elle ne s’accroche pas au cercueil comme des supposés orphelins rendus idiots par le deuil... Quelle tristesse de voir leaders, activistes, journalistes sombrer dans la compromission et la politique du ventre, bien qu’on sache comme politologue que c’est souvent cela, la politique, en Afrique et ailleurs... Au contraire, plus de visiteurs du jour ou du soir (annoncés ou discrets), plus l’hôte temporaire de la Haye aura les coudées franches et des possibilités de négociation sur la scène nationale, et même internationale ; en ce sens Laurent Gbagbo contribue à se libérer luimême ; ajouté à une défense qui redevient politique et anticoloniale, la CPI et ses sponsors de l’ombre vont-ils se sentir dépassés ? Qu’on ne compte pas sur moi en tout cas pour trahir quelque secret, dévoiler quelque combinazzione, élaborer des hypothèses dont des malintentionnés pourraient se servir ou user à l’encontre des idées que nous défendons ! Je préfèrerais insister - sans citer de noms - sur la dimension historique, socio-anthropologique, et souligner les incertitudes : le scrutin est ouvert, même si on le sait truqué d’avance : d’ où l’afflux de visiteurs… Il n y a pas de place, en politique électorale, pour des pulsions primaires, et une attitude manichéenne et définitive de blanc/noir, bon/mauvais, ami/ennemi... ; ainsi l’histoire  politique ivoirienne montre des alliances changeantes entre les 3 grands partis, représentant les 3 blocs ethno-régionaux Krou, Akan et « Dyoula » ; à part  le charisme personnel de certains et la sociologie abidjanaise particulière qui brouille les cartes de l’ethnicité et sa traduction électorale. Les incertitudes : la santé chancelante de l’actuel  « chef de l’Etat » de fait (ses deux candidats à la succession étant peu présentables à l’extérieur et plus passibles de la justice que des urnes… ) ; la situation de clivage au PDCI et au FPI ; et l’attitude de la diplomatie française, visiblement [à] la recherche d’un plan B et d’un candidat alternatif… dans le contexte du soulèvement de Ouagadougou et de la fuite du dictateur, nouveau paradigme de le Françafrique « soft » à la Hollande. A partir de ces données connues de tous et de cette situation politique labile, changeante, évolutive, on peut rappeler que tout est ouvert et a été pratiqué : du « boycott actif » à la participation à une présidentielle truquée (avec 18% des voix tout de même), au recours à la rue sous le général Guei, à la tentation du retrait total ou de l’investiture de l’un ou de l’autre... ; tout est envisageable pour celui qui maitrise environ 50% du corps électoral ivoirien - et plus peut être selon le pourcentage des « Ado-déçus » et des alliances à venir. « La politique, c’est passer des alliances »…  « Asseyons-nous et discutons »…  « Après la période militaire, on entre dans la phase politique »… En pratique, comment mettre en œuvre ces adages bien connus ? Il est évident que chaque camp (pour simplifier proet anti-Ouattara a comme première stratégie « un coup KO » (victoire au premier tour) et de diviser le camp de l’adversaire : rien que de très ordinaire. A l’inverse, à partir d’un moment donné, trop de candidature[s] d’un camp favorise l’autre : les déséquilibres créatifs n’ont qu’un temps. « Gouverner, c’est choisir », comme affirmait Mendes France en son temps… «Tout est possible », sauf la violence, qu’on le regrette ou non : c’est sur le légalisme républicain et le respect de la Constitution que Laurent Gbagbo a construit son idéal et sa pratique politique, fut-ce contre ses partisans jusqu'aux-boutistes et la dictature de l’introuvable « communauté internationale », réduite de fait aux nostalgiques Français de l'épopée coloniale et leurs vassaux indigènes.

Michel Galy

Source: Aujourd’hui / N°862
 




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