Le pacte colonial ou la vraie cause des guerres en Afrique. l'Europe en général et la France en particulier face à leur logique prédatrice en Afrique

Samedi 14 Avril 2012 - 07:16


Le pacte colonial ou la vraie cause des guerres en Afrique. l'Europe en général et la France en particulier face à leur logique prédatrice en Afrique

LE PACTE COLONIAL OU LA VRAIE CAUSE DES GUERRES
Le pacte colonial, selon l'Encyclopédie Universelle Larousse, est une forme « de la conception mercantiliste de la colonisation qui visait à l'enrichissement de la métropole. Il stipulait : l'interdiction totale ou partielle du marché colonial aux produits étrangers ; l'obligation d'exporter les produits coloniaux exclusivement ou principalement vers la métropole ; l'interdiction, par la colonie, de produire des objets manufacturés, son rôle économique se bornant à celui de productrice de matières premières et de débouché commercial ; le traitement de faveur accordé par la métropole aux produits coloniaux, accompagné d'une aide politique, militaire, culturelle et souvent économique, fournie par la métropole. » (1).

Voici ce que le Professeur Mamadou Koulibaly écrit à ce sujet :
« Ce pacte, depuis la fin officielle de la colonisation, s'est transformé en un étatisme qui a perturbé tous les sens des Africains des pays dits " anciennes colonies françaises " qui, aujourd'hui, sont à la recherche d'un sens à donner à leur existence individuelle et collective. La guerre absurde que leur mène la France est fondée sur l'idée tout aussi absurde que l'Etat ivoirien, par exemple, est géré par des hommes incapables de défendre et protéger les intérêts français en Côte d'Ivoire. On a beau réfléchir sur le sens à donner à un reproche, il est impossible d'en trouver un qui soit rationnel. Peut-on pour autant se résoudre à l'absence de sens dans cette vie d'Africains originaires des contrées les plus pauvres dans un monde rapide, avancé et qui ne nous attend pas ?
L'absence de sens pour ceux qui ne peuvent s'y résoudre fait de nous des gens absurdes au sens que la philosophie donne à ce concept. La recherche permanente de sens conduit aujourd'hui les Africains à se révolter. La France ne fait que continuer une politique huilée des différentes autorités politiques françaises vis-à-vis de l'Afrique noire. Tromperie, dissimulation, simulation et autres coups tordus sont monnaie courante pour déstabiliser ou pas des régimes, selon qu'ils sont ou non définis par le monarque comme non-conformes ou politiquement incorrects.
Absurdes, même à l'heure de la mondialisation, sont les vestiges des relations coloniales qui marquent encore de nombreux esprits en Afrique et en France. Vous n'êtes pas capables de défendre les intérêts de la France, dit-on. Vous n'êtes que des anarchistes, dit-on dans les milieux de « distributeurs » de pouvoir en Afrique, à vouloir refonder l'ordre établi depuis toujours.
Depuis, les Africains n'ont pas arrêté d'entendre ces reproches. Tous, au sein de la monarchie française et autour d'elle, en Europe comme en Afrique, regrettent la belle époque des « Vieux dirigeants », ces béni-oui-oui, où il n'y avait ni fascistes au pouvoir, ni anarchistes dans les rues. Quelle époque ! disent en cœur tous les nostalgiques du pacte colonial.
Mais lorsqu'on écoute ceux qui soutiennent ces thèses, à l'exception de quelques-uns sur lesquels ils ont la mainmise, les pays africains seraient aujourd'hui mal gouvernés, par des incapables et des inexpérimentés. Mais d'où provient cette incapabilité ? Et qu'est-ce qui permet de définir cette inexpérimentabilité ? Comment était donc cette belle époque que tant de nostalgiques réclament à cor, à cri et à kalach ? »

Aujourd'hui en Afrique francophone, les « meilleurs » chefs d'État sont ceux qui ont reçu l'onction et la bénédiction de Paris. A ce sujet, j'ai déjà dit et écrit : « Le principe du pouvoir en Afrique d'expression française (anciennes colonies ?) est simple. Celui qui remue la queue, rampe, lèche les bottes et garantit les « intérêts de la France », même s'il est mondialement reconnu criminel, celui-là est jugé apte à « gouverner » ses compatriotes. » (2)
Pour répondre à ces questions et rechercher un sens rationnel à ces reproches, regardons le fond des relations françafricaines, pivot de la « mafiafrique », depuis l'indépendance. Ces périodes ont été et sont encore marquées par l'étatisme qui n'est rien d'autre qu'un totalitarisme discret qui se traduit par l'idéologie du développement économique impulsé par la coopération interétatique, la solidarité obligatoire entre les États, l'aide publique au développement, le refus de la liberté et de la démocratie pour les populations dont les pays sont supposés bénéficiaires des bienfaits de cet étatisme.
En voici l'exemple qui n'est qu'un extrait de toute une panoplie de textes aujourd'hui devenus caducs et auxquels il ne faut surtout jamais toucher, au risque d'être réduit au silence éternel :
 

I.- Transfert de compétence sans indépendance
 

L'Accord particulier portant transfert des compétences de la Communauté à la République de Côte d'Ivoire.
Le gouvernement de la République de Côte d'Ivoire d'une part, le gouvernement de la République française d'autre part, ont convenu de ce qui suit :

Article premier - La République de Côte d'Ivoire accède, en plein accord et amitié avec la République française, à la souveraineté internationale et à l'indépendance par le transfert des compétences de la communauté.
Art. 2 - Toutes les compétences instituées par l'article 78 de la Constitution du 4 Octobre 1958 sont, pour ce qui la concerne, transférées à la République de Côte d'Ivoire, dès l'accomplissement par les parties contractantes de la procédure prévue à l'article 87 de ladite constitution.
Fait à Paris, le 11 Juillet 1960
Félix Houphouët-Boigny
Michel Debré

 

II - Toutes les richesses réservées à la France
 

ANNEXE II A l'accord de Défense entre la République de Côte d'Ivoire, la République du Dahomey, la République française et la République du Niger concernant la coopération dans le domaine des matières premières et produits stratégiques.
Afin de garantir leurs intérêts mutuels en matière de Défense, les parties contractantes décident de coopérer dans le domaine des matériaux de Défense dans les conditions définies ci-après :
Article 1 : Les matières premières et produits classés stratégiques comprennent :
- Première catégorie : les hydrocarbures liquides ou gazeux ;
- Deuxième catégorie : l'uranium, le thorium, le lithium, le béryllium, leurs minerais et composés.
Cette liste pourra être modifiée d'un commun accord, compte tenu des circonstances.

Article 2 : La République Française informe régulièrement la République de Côte d'Ivoire, la République du Dahomey et la République du Niger de la politique qu'elle est appelée à suivre en ce qui concerne les matières premières et produits stratégiques, compte tenu des besoins généraux de la Défense, de l'évolution des ressources et la situation du marché mondial.

Article 3 : La République de Côte d'Ivoire, la République du Dahomey et la République du Niger informent la République Française de la politique qu'elles sont appelées à suivre en ce qui concerne les matières premières et produits stratégiques et des mesures qu'elles se proposent de prendre pour l'exécution de cette politique.

Article 4 : La République de Côte d'Ivoire, la République du Dahomey et la République du Niger facilitent au profit des forces armées françaises le stockage des matières premières et produits stratégiques. Lorsque les intérêts de la Défense l'exigent, elles limitent ou interdisent leur exportation à destination d'autres pays.

Article 5 : La République Française est tenue informée des programmes et projets concernant l'exportation hors du territoire de la République de Côte d'Ivoire, de la République du Dahomey et de la République du Niger des matières premières et des produits stratégiques de deuxième catégorie énumérés à l'article premier.
En ce qui concerne ces mêmes matières et produits, la République de Côte d'Ivoire, la République du Dahomey et la République du Niger, pour les besoins de la Défense, réserve par priorité leur vente à la République Française après satisfaction des besoins de leur consommation intérieure, et s'approvisionnent par priorité auprès d'elle.

Article 6 : Les Gouvernements procèdent, sur les problèmes qui font l'objet de la présente annexe, à toutes consultations nécessaires.
 

Fait à Paris, le 24 avril 1961
Félix HOUPHOUËT-BOIGNY
Hubert MAGA
Michel DEBRE
Hamani DIORI

 

Je le répète, ces textes sont « universellement propres » à tout l'univers africain francophone du pré carré français, pour les deux groupes ou zones qui constituent les colonies françaises d'Afrique, à savoir : l'ancienne Afrique Occidentale Française (AOF) et l'ancienne Afrique Equatoriale Française (AEF). Le texte de ces accords prétendus soumis à signature est le même. Il suffit de remplacer le nom de l'Etat africain (ancienne colonie), le nom de son chef d'État et la date de signature, et le tour est joué.
Cinquante ans après, aujourd'hui, il est toujours interdit de toucher à ce marché de dupes, de truands, et de pilleurs séculaires, qui consacre et sacralise le caractère kleptocrate de l'Etat français. Quiconque ose y toucher se voit lui tomber la foudre de Paris sur la tête. Le président Laurent Gbagbo de la République de Côte d'Ivoire, et bien d'autres avant lui, en ont fait les frais ou connu des déboires. Ceci explique les flux migratoires massifs Sud-Nord. Et tant que l'Europe en général et la France en particulier n'auront pas mis fin à ce pillage éhonté, à l'affectation et l'installation dans nos pays des " Préfets de région " ou des " présidents-gouverneurs généraux " au service de la France, de surcroît criminels et kleptocrates, le problème de l'immigration Afrique-Europe (Sud-Nord) ne sera jamais réglé, et les pays dits du Nord, c'est-à-dire l'Europe, seront confrontés à cette immigration pour très longtemps.
Mais, en revanche, on leur dit : « Laissez-nous piller les richesses de vos pays, restez chez vous et acceptez la mort. Inclinez-vous, abaissez-vous devant la loi du plus fort, celle du Maître ».
Voilà en clair, le non-dit du vrai discours des politiques français avec leurs supplétifs.
Alors, dans ces conditions, est-ce l'Afrique qui a besoin de la France ou est-ce la France qui a besoin de l'Afrique ? Qu'à cela ne tienne, « Laissez-nous vivre ! Nous avons droit à la vie, à la paix, à la liberté et à la démocratie toujours brisées, escamotées par la France à travers sa vision et la pratique de sa politique africaine !»
Pour preuve, non content de l'existence, au ministère des Affaires étrangères, de la direction des affaires africaines, le palais de l'Elysée dispose et abrite en son sein un département dénommé : « Cellule africaine de l'Élysée », véritable laboratoire de conception, de « faiseurs » et « défaiseurs » de rois en Afrique, et où il n'existe aucune autre cellule par exemple asiatique ou maghrébine, etc., sauf pour l'Afrique Noire, celle des colonies et des compagnies concessionnaires françaises.
A quand donc la suppression de cette Cellule ? A moins que cette cellule ne soit destinée à autre chose, la présidence de la République Française n'a-t-elle donc pas confiance en son gouvernement qu'elle a pris le soin de nommer elle-même, ou est-ce pour monter et camoufler les coups bas ? (3)
Le président Sarkozy et son gouvernement, ou ses successeurs demain, auront-ils le courage politique pour mettre fin à cette aberration qui consacre le caractère mafieux de la politique africaine de la France ?
 

L'AFRIQUE FACE A LA FRANÇAFRIQUE
 

Les Africains, depuis des décennies, n'ont cessé de dénoncer les pratiques et les effets pervers, nocifs et criminels du phénomène que François-Xavier Verschave avait désigné sous le vocable de « Françafrique », génitrice de la « Mafiafrique ».
Nombreux sont ceux qui s'y sont frottés et s'y sont cassé les dents, au risque même de leur propre vie. Voici quelques cas :
- Le président Fulbert Youlou, premier président de la République du Congo-Brazzaville (ancien Moyen-Congo sous la colonisation française), est tombé, limogé par coup d'État en 1963, peu après avoir dénoncé à la tribune des Nations Unies, en 1961, les prétendus Accords de coopération entre la France et les États africains fraîchement devenus indépendants (?), bien entendu sur le papier mais pas dans les faits.
- Le président Alphonse Massamba-Débat, deuxième président du Congo-Brazzaville, est tombé, puis en est mort assassiné, lui aussi, pour avoir osé remettre en cause les mêmes accords dits de coopération.
- Le président Marien Ngouabi, troisième président du Congo-Brazzaville, est mort assassiné, lui aussi, pour avoir osé s'interroger sur la part pétrolière du Congo et sur l'intérêt de ces accords dits de coopération qui n'ont jamais profité à son pays.
- Le président Pascal Lissouba, deuxième président élu démocratiquement au suffrage universel, en a fait les frais, non à cause de sa bonne ou mauvaise gouvernance, mais pour avoir gêné la puissance tutrice du Congo, la France, dans le pillage du pétrole congolais. Les développements ci-devant en sont l'explication.
- L'Abbé Barthélémy Boganda, premier président de la République Centrafricaine, anciennement Oubangui-Chari sous la colonisation, le premier de tous ces suppliciés, est mort assassiné pour avoir, dès la première heure, dénoncé et remis en cause les mêmes accords.
- Le président François Tombalbaye, du Tchad, est lui aussi mort assassiné pour n'avoir plus satisfait honorablement le « Pacte colonial » qui consacre les intérêts de la France. Entendez « les accords de coopération » des années 1960.
- Le président Thomas Sankara, du Burkina Faso, très jeune, en a été victime, lui aussi. Le « Rectificateur » est passé par là.
- Très récemment encore, le président Laurent Gbagbo, président de la République de Côte d'Ivoire, a connu les déboires que l'on sait, parce que, lui aussi, a eu le toupet de dénoncer et remettre en cause les mêmes accords dits de « coopération » entre la France et son pays.
Cette liste n'est pas exhaustive, car celui qui n'obéit pas, ne se plie ou n'accepte pas les règles de la Françafrique et n'applique pas le diktat du Pacte colonial, celui-là est soit mort assassiné, soit chassé du pouvoir par tous les moyens, même violents.
 

Mais qu'est-ce que la « Françafrique » ?

La « Françafrique », c'est le prolongement, la suite logique, sous d'autres formes, de l'esclavage, du Code Noir de Louis XIV rédigé par Colbert en 1685, réactualisé par Bonaparte qui y avait adjoint le Code de l'Indigénat ; c'est également la suite logique de la colonisation, l'autre face de la médaille de l'esclavage.
La « Françafrique », c'est le système hideux, barbare, anachronique qui consacre la continuité des deux premiers, à savoir l'esclavage, la colonisation et son Code de l'indigénat. Elle institue le pillage éhonté des pays africains francophones, anciennes (?) colonies françaises tout en les maintenant dans la dépendance, la pauvreté et la mendicité chroniques.
D'ailleurs, sans ce système inique et honteux, il y a très longtemps que la France serait à genoux. Il lui faut des criminels et des kleptocrates pour survivre et tenir son rang de puissance économique dans le concert des Nations.
Pour bien comprendre et saisir le fond de ces accords prétendus qui font de la France un État kleptocrate, et toute dissertation à ce sujet serait vaine, voire mortelle, j'ai la faiblesse de vous renvoyer au livre du professeur Koulibaly Mamadou, intitulé : « Les servitudes du Pacte Colonial » (4).
Dans ce livre, l'auteur donne intégralement tous les textes que la France, sous la signature du Premier ministre de l'époque, M. Michel de Debré, impose et fait signer à la Côte d'Ivoire, sous la signature du président Félix Houphouët-Boigny, comme à tous les autres chefs d'État de son pré-carré africain.
Notons que les textes imposés par la France à la République de Côte d'Ivoire sont les mêmes que ceux imposés à toutes ses autres colonies d'Afrique. La seule différence demeure dans les dates de signature, les noms des pays et des signataires de ces « Accords de coopération » prétendus. Mais le fait le plus curieux, c'est qu'aucune des parties africaines n'a eu le droit, la liberté de discuter, de négocier lesdits accords avant leur signature. Soit tu signes, soit tu dégages. La demande est nombreuse.
Or, en règle générale, un accord se discute, se négocie jusqu'à trouver le juste milieu, le consensus. Ce qui n'avait jamais été le cas. Ici est sacralisée la continuité de l'esclavage, de l'indigénat et de la colonisation. Fait encore plus cruel et dramatique, c'est que nul n'a le droit, même en 2007, de les dénoncer encore moins de les remettre en cause aux fins de les renégocier. Quiconque ose soulever la question de ces accords, se retrouve soit réduit au silence éternel (au cimetière), soit confronté à un coup d'État en règle et quitte à y laisser sa vie, purement et simplement. La " Françafrique " est un système inhumain, barbare, qui tue, qui assassine quand on refuse d'obéir.
Dès lors, une question se pose. Pour survivre et assurer le bien-être de ses populations, l'Europe, la France en tête, a-t-elle besoin de piller aussi éhontement, d'organiser et soutenir logistiquement des génocides et des crimes contre l'humanité ?
Ceci étant, si tant est que les pays africains francophones, anciennes (?) colonies françaises, dit-on, sont réellement et effectivement indépendants, comment donc expliquer la présence de cette monnaie appelée « Franc CFA » ? Cherchons et trouvons à travers le monde une Nation et un Etat souverain qui vivent avec une monnaie d'emprunt, véritable cordon ombilical et monnaie de singe, gérée par un Etat tiers, sinon en Afrique francophone.
Au premier semestre 2007, la France s'est agitée autour d'une élection présidentielle. Cherchons et trouvons un seul des douze candidats officiels retenus pour la compétition qui a parlé des rapports de la France avec ses anciennes colonies prétendues. Aucun ! C'est donc dire que la dialectique « Gauche-Droite » est une affaire franco-française. Lorsqu'il s'agit des « Intérêts de la France », il n'y a plus de Gauche, il n'y a plus de Droite. C'est bonnet blanc et blanc bonnet. Le Général de Gaulle n'avait-il pas déclaré que « la France n'a pas d'amis, elle n'a que des intérêts » ? Cette phrase résume tout le reste.
Souvenons-nous également que Georges Clémenceau avait déclaré : «Une goutte de pétrole vaut bien une goutte de sang ».

Le monde occidental est inquiet, très inquiet de l'évolution économique du monde asiatique. Le développement économique de la Chine et de l'Inde inquiète l'Occident dans son ensemble. L'Afrique est à la traîne, et pour cause ! Le continent africain, voisin très proche de la vieille Europe, n'a pas intérêt à se développer. L'Union européenne, la France en tête, s'y emploie pour que cela ne le soit jamais. Le développement de l'Afrique menacerait directement le continent européen dont le marché serait inondé par la production des paysans africains. L'Afrique étant uniquement réservée à un marché pour la consommation des produits de l'Europe, nul n'a donc intérêt à la voir émerger, se développer. Son maintien dans la misère, dans le vieux programme décrété depuis le XIIIème siècle, voire bien avant, arrange les affaires de l'Europe et garantit la quiétude du continent européen.
Cependant, il y a un phénomène qui dérange. Celui de l'immigration. Les Etats européens, la France en tête, ont pensé à tout. De la soumission à l'asservissement des pays africains. Mais jamais ils n'ont pensé qu'un jour déferleraient à leurs portes, au prix même de leur vie, des hordes de femmes, d'hommes et d'enfants en quête de liberté, de paix et de bien-être. C'est la conséquence de cette politique inhumaine de soumission et de pillage à outrance d'un continent entier. Pour y remédier, les Etats européens se sont ligués pour dresser des barrières, des barbelés, des murailles, des camps d'internement jusque sur le sol africain même, pour empêcher, autant que faire se peut, cette vague humaine poussée à l'exode par leur propre politique séculaire de pillage.
Or, tant que l'Europe dans son ensemble n'aura pas compris qu'il faut cesser de protéger, de soutenir des dictateurs, des chefs kleptocrates et des criminels en Afrique, voire ailleurs ; tant que l'Europe, la France en tête, continuera d'y installer des hommes dits « Chefs d'État » à travers des coups d'État organisés et soutenus logistiquement par elle, l'Europe n'en finira jamais avec le phénomène de l'immigration qui, d'ailleurs, à chaque campagne électorale en France par exemple, devient un des thèmes sinon le thème de prédilection pour se faire élire. Pratique fondamentalement abjecte.
Ainsi les politiques, exacerbant la fibre xénophobe de leurs concitoyens, alimentent, excitent l'exclusion, le rejet et la haine de l'autre. Les premiers racistes, les premiers xénophobes, ce ne sont pas les populations et les peuples européens ou français qui sont excités, mais leurs leaders.
L'Europe aujourd'hui, et depuis la nuit des temps, à commencer par la France, vit de pillages, des kleptocrates, des dictateurs et des criminels africains qu'elle prend d'ailleurs le soin d'y installer.
En résumé, tel un vampire ou une sangsue, l'État français vit du sang des martyrs, des innocents africains (hommes, femmes et enfants), conformément à la lettre du « Pacte colonial » qui a institué le système d'expropriation et de spoliation des peuples africains.
 

Principe de facilité d'accession au pouvoir en Afrique

Particulièrement en Afrique d'expression française dite aussi « Afrique francophone », le principe d'accession au pouvoir est très simple. Il suffit de signer le contrat qui consiste à renflouer les caisses des autres, c'est-à-dire accepter d'être une vache à lait, alors on est coopté et jugé apte à « gouverner » ses compatriotes.
Dès cet instant, le pacte de soumission, d'assujettissement et de réduction de tout un peuple à l'esclavage est signé. Le reste n'est plus qu'une simple formalité, comme l'organisation et la mise en place de la stratégie et de la logistique inhérentes à l'installation de « l'affranchi » qui, pour le fauteuil offert et son maintien à vie dans celui-ci, exécutera impitoyablement, aveuglement, et dans l'impunité la plus absolue, ce que ses maîtres évitent et ne veulent surtout pas accomplir de leurs propres mains. Dès lors, le cycle de la violence, de la barbarie et de la bestialité est déroulé, à la grande satisfaction des commanditaires et autres souteneurs.
Ainsi depuis des décennies, la France est tombée dans cette bassesse inqualifiable où les crimes de sang et les crimes économiques, à son actif, sont incalculables. Ainsi, ce qui se passe aujourd'hui en Côte d'Ivoire, comme hier au Rwanda ou au Congo-Brazzaville, voire ailleurs, relève de cette même logique, de ce plan macabre. Le Gabon et le Cameroun n'en sont pas épargnés non plus. Leur moment viendra. C'est une question de temps.
Ici, s'agissant donc de l'État français, se justifie ce qu'avait écrit Lanza del Vasto : « Plus un ordre viole la nature, l'habitude et la norme, et plus l'usage de la violence lui est indispensable » (5).
Ce propos, encore une fois, d'aucuns le jugeront sans doute excessif. Peut-être, et qu'en savons-nous ! Mais ce qui est sûr, et ce qui le conforte, c'est la déclaration des Évêques d'Afrique centrale qui, réunis du 15 au 18 février 2000 à Bangui, dans le cadre du Conseil permanent de l'Association des Conférences Épiscopales de la région de l'Afrique centrale (ACERAC) regroupant les Épiscopats du Cameroun, de la République Centrafricaine, du Congo-Brazzaville, du Gabon, de la Guinée Équatoriale et du Tchad, avaient lancé un appel pour que les gouvernements, les hommes politiques et les multinationales cessent d'opprimer les peuples par la recherche effrénée du profit :
« L'exploitation de nos ressources naturelles est devenue la source de notre souffrance. Des nations entières sont mises à feu et à sang dans le seul but de préserver les intérêts de l'un ou de l'autre pays étranger et des compagnies internationales », ont-ils déclaré, tout en ajoutant : « Le tribalisme, le manque de transparence dans la gestion publique, l'égoïsme des responsables politiques, la corruption généralisée, minent les structures des États et hypothèquent l'avenir de nos pays et les amènent à corrompre ceux qui doivent décider » (Fides, Rome, 25/02/2000).
Les différents comportements évasifs et refus de la France observés ces dernières années, voire très récemment, notamment dans les dossiers par exemple de la reconnaissance du génocide arménien, ou du procès de Pinochet, relèvent de cette même logique. Comment cela pourrait-il en être autrement dans la mesure où ceux qui doivent reconnaître les génocides et condamner ces actes ignobles et indignes d'un Etat de droit, sont ceux-là même qui les perpétuent en Afrique ? On ne juge ni ne condamne son complice, son homologue ou son sosie. La France ne le peut donc pas.
Autre exemple. En dehors de son discours de Luanda, où il s'est félicité de l'œuvre d'extermination des populations du Sud au Congo-Brazzaville accomplie par Sassou Nguesso, Dos Santos, Idriss Deby et autres, aviez-vous vu le président Jacques Chirac prononcer un seul mot sur le Congo-Brazzaville ? Comment le pouvait-il puisqu'il en est l'artisan ? L'on comprend pourquoi le président Jacques Chirac, le fonceur, le bulldozer, n'a pas pesé de tout son poids dans l'affaire Pinochet. Et pour cause !
Et donc, à cet égard, il y a lieu de craindre le pire pour nous, nous pauvres Nègres d'Afrique Noire, qu'on ne considère même pas comme des êtres humains à part entière par ceux qui commanditent des crimes contre l'humanité et des génocides en Afrique, pour leur seule prospérité, surtout en ces temps de vaches maigres. En effet, tous les hivers, les français n'ont pas froid dans leurs maisons. Les Africains leur offrent leur sang à la place du pétrole pour lequel ils sont massacrés.
 

Si la criminalité est internationale, la lutte pour le triomphe du droit l'est aussi (6).
Lorsque tout un continent comme l'Afrique devient une plaque tournante et un excellent client pour les trafiquants d'armes, il est bien clair que les milieux politiques se sont connectés avec la grande criminalité internationale.
Quand tout un ensemble de régions comme l'Afrique de l'Ouest ou l'Afrique Centrale tend à s'installer dans un état de guerre permanent, il apparaît évident que tous les conflits engendrés sont en connexion les uns avec les autres et que les organisations armées, qui se disputent ici et là le pouvoir d'État, sont amenées à se nuire ou à s'entraider au gré de la conjoncture créée par leurs combats.
Quand, enfin, les grandes puissances industrielles étrangères ont, dans ces régions, des intérêts du niveau par exemple du pétrole dans le Golfe de Guinée, il va de soi qu'elles n'assistent pas les bras croisés à la guerre des clans qui se livre autour de leurs investissements. Chacun choisit les moyens qui lui paraissent les plus aptes à pour sauvegarder et promouvoir ses intérêts.
Nous qui aimons tout simplifier à l'extrême et confondre dans un même sentiment d'amour ou de haine, l'État, son chef, son parti et les habitants de sa région, nous avons beaucoup de mal à nous retrouver dans la complexité du monde dangereux et implacable où viennent à peine de rentrer nos jeunes républiques.
L'une des raisons pour laquelle nous ne pourrons pas continuer à choisir la guerre comme moyen de résoudre nos problèmes internes est que nous sommes trop pauvres pour gagner sans le secours des étrangers, et trop riches pour ne pas attirer leurs convoitises au cour de nos batailles.
Quant aux luttes pacifiques pour l'instauration et la sauvegarde de l'État de droit et de la paix, elles sont l'affaire des sociétés civiles organisées capables d'exercer sur les États des pressions décisives.
Dans le monde, il n'existe pas seulement que des multinationales sans foi ni loi, une internationale du crime et des États sans âme ni morale. Il existe aussi, et fort heureusement, de vastes réseaux d'organisations non gouvernementales équipées de puissants moyens de communication pour faire entendre la voix de la raison, de la justice et de la paix. Les démocrates d'Amérique latine ont su prendre appui sur ces réseaux dans leur longue lutte désarmée contre des États voyous, de surcroît mafieux, et des révolutions totalitaires.
Tant que, en Afrique, nous resterons incapables de donner naissance à une société civile puissante pour s'engager pacifiquement et efficacement dans cette lutte, nous serons livrés, sans espoir et sans témoins, aux guerres des clans sans perspectives qui se disputent nos États et nos richesses. Dans ces conditions, très longue sera la nuit des cauchemars, des génocides, des crimes contre l'humanité à répétition, interminables.

par Jean-Claude Mayima-Mbemba, Secrétaire Général
de l'Organisation Africa Human Voice International.
NOTES :


(1) - Pr Mamadou Koulibaly, Les servitudes du pacte colonial, CEDA/NEI, Abidjan, 2005.
(2) - Jean-Claude Mayima-Mbemba, Assassinats politiques au Congo-Brazzaville - Rapport de la Commission Ad'hoc de la Conférence Nationale Souveraine (25 février - 10 juin 1991), tome 1, Ed. ICES, Corbeil-Essonnes, 2004, p. 159.
- Jean-Claude Mayima-Mbemba, La violence politique au Congo-Brazzaville. Devoir de mémoire contre l'impunité, Ed. L'Harmattan, Paris, 2008.
(3) - Cf. : Organisation Africa Human Voice International
(4) - Pr Mamadou Koulibaly, op. cit.
(5) - Lanza del Vasto, Les quatre fléaux, Denoël, Paris, 1959, p. 163.
(6) - Jean-Claude Mayima-Mbemba in Bimestriel Le Monde des Droits de l'Homme vu de Brfuxelles, n° 34, novembre-décembre 1997.

N.B. :
Le texte original de ce document a été écrit en 2007, peu après l'élection de M. Nicolas Sarkozy à la présidence de la République Française.

 







 
 







 





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