Le dictateur d'Abidjan peut-il empêcher la transition politique de se mettre en place en Côte d'Ivoire ? Par Ben Zahui-Degbou.

Jeudi 30 Juillet 2015 - 06:58


MACHIAVEL disait que « le prince qui a l’ensemble de sa population pour ennemi ne sera jamais en sécurité ; plus grande est sa cruauté, plus faible devient son régime ». Cette pensée historique de Nicolas MACHIAVEL illustre bien la situation de Monsieur Alassane DRAMANE OUATTARA à la tête de la Côte d’Ivoire. Ce pays connait un déficit notoire de démocratie et de respect des droits humains depuis qu’il est arrivé au pouvoir. Le Président HOUPHOUËT BOIGNY que j’avais la chance et l’honneur de rencontre souvent, a dit un jour que « OUATTARA est autoritaire et suffisant… Il n’aime pas la contradiction ». Les Ivoiriens ont découvert son vrai visage depuis qu’il est devenu illégalement le locataire du palais présidentiel. Par ses pratiques de gouvernance peu orthodoxes, il a réussi à dresser contre lui, une bonne partie de « ses compatriotes », du nord comme du sud. Dans le fond, OUATTARA n’est pas un partisan de la démocratie. C’est donc un dictateur. La dictature n’est-elle pas le contraire de la démocratie ? Les dictateurs comme notre Prince, ils en existent encore malheureusement, une bonne quinzaine sur le continent africain.
 

Au pied du mur, OUATTARA qui s’est battu, corps et âme pour être là où il est aujourd’hui, montre chaque jour que Dieu fait, à ses parrains occidentaux, l’incompétence d’un piètre politicien. Ce n’est d’ailleurs pas un politicien de métier. Il a donc naturellement accumulé erreurs sur erreurs politiques dont la plus grosse reste justement l’historique déportation de Laurent GBAGBO à la Haye. En réalité, ne pouvant pas diriger la Côte d’Ivoire, OUATARA cache son impuissance et son incompétence dans le domaine politique, derrière un rideau communautaire avec un régime ethnocentrique et dictatorial, exposant ainsi la Côte d’Ivoire à une autre guerre irréversible. Et Barak OBAMA, le Président des Etats Unis d’Amérique, a raison de dire qu’une « politique basée sur l’appartenance à une tribu ou à une ethnie, est une politique qui condamne un pays à se déchirer ».
 

Le rattrapage ethnique ajouté à la dictature que subissent les Ivoiriens, met effectivement le pays dans une situation d’instabilité permanente avec l’exclusion des ¾ des Ivoiriens de la gestion de leur pays. Ceux qui se disaient exclus hier, de la société ivoirienne, à cause de leur appartenance ethnique et religieuse et qui parlaient de régime dictatorial, sont devenus aujourd’hui, par ironie du sort, les champions de l’exclusion et du totalitarisme, voire tout simplement de la dictature.
 

De façon générale, un peuple qui subit une dictature, s’installe toujours dans une attitude de soumission passive. Il est heureux que OUATTARA lui-même, ait créé les conditions du réveil du peuple ivoirien, en posant des actes récurrents contre la démocratie et le respect des droits humains. Sans vergogne, le Prince de Kong, continue d’emprisonner pour un oui ou un non, les membres gênants et incorruptibles de son opposition significative. Jusqu’à une date récente les meetings politiques étaient interdits en Côte d’Ivoire où il y a encore malheureusement de nombreux prisonniers politiques.
 

Un rapport du Front Populaire Ivoirien (FPI) daté du 15 décembre 2014 fait état d’environ 500 détenus politiques recensés par leurs familles. D’après des sources concordantes des organisations de défense des droits de l’homme et d’associations des familles des détenus, il y a en réalité entre 500 et 1000 prisonniers politiques dans notre pays. Le gouvernement de OUATTARA cache honteusement les chiffres, mais il faut retenir qu’il y aurait parmi eux, 572 civils et 216 militaires. Après recoupement des différentes sources, 228 personnes restent introuvables par les leurs parents selon les ONG travaillant le domaine des droit de l’homme.
 

Comme dit Michel GALY, dans son article « Logiques sociologiques de la répression, ou un « rattrapage ethnique carcéral » ,  l’écrasante majorité des détenus (80%) est d’origine sudiste, notamment Krou, du centre et de l’est. Toutes les familles dont les membres sont en prison (entre 500 et 1000) ou en exil (62 000), et Les partisans de Laurent GBAGBO (51,4 % de la population ivoirienne), dont les prisonniers politiques (500 à 1000) et leurs familles et les 62 000 exilés, doivent logiquement maudire tous les jours, le Prince cruel qui est à l’origine de leur malheur. D’après des sources très proches de la présidence ivoirienne, le Prince de Kong a en ce moment peur de son ombre. Il est sérieusement inquiet pour à sa sécurité et pour son avenir à la tête de la Côte d’Ivoire, à cause de son problème chronique d’inéligibilité.
 

D’après une source très crédible, au bord de la Seine, François HOLLANDE a dit à Henri KONAN BEDIE (81 ans) de se tenir très loin de l’élection présidentielle d’octobre prochain pour son âge avancé (81 ans). Pour rappel, le Sphinx de Daoukro, a été fait candidat exceptionnel en 2010 par Laurent GBAGBO. Question de logique, le successeur de Nicolas SARKOZY à l’Elysée, a aussi dit la même chose à Alassane DRAMANE OUATTARA qui, tout comme BEDIE, a été fait candidat exceptionnel en 2010 par le leader du Front Populaire Ivoirien (FPI).
 

OUATTARA a fait beaucoup de mal aux Ivoiriens depuis 22 ans, et aujourd’hui, tout lui tombe sur la tête pour avoir refusé de renforcer la démocratie et l’Etat de droit en Côte d’Ivoire, de désarmer les ex-rebelles, sa milice tribale et les Dozos et enfin de réconcilier les Ivoiriens. Il a choisi la voie de la dictature et du rattrapage ethnique. Il a refusé d’écouter ses maîtres parmi lesquels se trouvent évidemment, en bonne place, les Etats Unis d’Amérique qui tiennent avant tout, à la démocratie et au respect des droits humains même si, sur le dossier de la Côte d’Ivoire, ils laissent souvent l’initiative des actions à la France, ancienne puissance coloniale. Celle-ci a certainement pensé qu’avec l’arrivée au pouvoir de OUATTARA en 2011, la situation sociopolitique dans ce pays phare de l’Afrique occidentale, allait définitivement se stabiliser.
 

Malheureusement, elle reste encore hautement préoccupante et l’Elysée qui a changé depuis de locataire, HOLLANDE n’est pas SARKOZY, l’Elysée a déjà son plan pour sortir le pays de la situation actuelle. Il est de plus en plus question de transition politique en Côte d’Ivoire qui est bloquée dans tous les domaines notamment sociopolitique, institutionnel et économique, malgré la croissance économique virtuelle à 9,8 %. La Côte d'Ivoire est encore classée par l'ONU, 171è sur 187 pays en 2014, en termes d'indice de développement humain en raison de faiblesses structurelles notoires dans les systèmes sanitaire et éducatif. Selon les responsables de la Banque Mondiale, le « Dramanistan », ne pourra donc pas satisfaire aux critères sociaux de l'émergence d'ici à 2020, contrairement à ce que chante tous les jours OUATTARA et ses suiveurs.
 

Conscient de son incapacité à diriger la Côte d’Ivoire, ces derniers temps, le Prince ne respecte plus les diktats de ces maîtres impérialistes très déçus de la gouvernance de leur poulain. Ce dernier dit maintenant, qu’il n’a de leçon à recevoir de personne. Il dit aussi être à la tête d’un pays souverain, oubliant que les « Blancs », ceux qui l’ont installé au pouvoir, sont très allergiques à ce genre de discours à connotation souverainiste. OUATTARA qui se trouvent aujourd’hui à la croisée des chemins avec son problème chronique d’inéligibilité, s’est donc surarmé contre la volonté des gouvernements français et américain, pour pérenniser son régime dictatorial, contre la volonté de la majorité des Ivoiriens.
 

Il est tellement sûr de lui qu’il rejette du revers de la main la transition que proposent les membres de l’opposition significative, appuyés largement par des chancelleries occidentales qui comprennent le bien-fondé de cette transition. Dans un discours prononcé à Séguéla, le dimanche 26 juillet dernier, OUATTARA assimile abusivement cette transition à une atteinte à la sûreté de l’Etat. Mais, de toutes les façons, selon une source digne de foi, elle va s’imposer à lui parce que, ses amis occidentaux, notamment l’administration Obama et l’Elysée, soutiennent l’idée de cette transition politique civile en Côte d’Ivoire. Celle-ci constitue la seule démarche fiable pour que la Côte d’Ivoire retrouve, à terme, une paix durable.
 

Selon des sources concordantes, le compteur sera mis à zéro pour régler tous les problèmes concernant la composition de la Commission Electorale Indépendante (CEI), la liste électorale, les prisonniers politiques et les exilés, les problèmes fonciers dans le pays notamment dans l’ouest montagneux et le désarmement des milices tribales de OUATTRA. Objectif visé par les « Amis » de la Côte d’Ivoire qui soutiennent l’idée de la transition, consiste à faire revivre ensemble les Ivoiriens en parfaite harmonie comme par le passé avec une vraie réconciliation.
 

Malgré les apparences trompeuses, le régime d’Abidjan est fragilisé. Le prince lui-même très affaibli par la maladie, de surcroit inéligible pour la présidentielle d’octobre prochain, voyant sa chute venir, sera obligé de négocier maintenant sérieusement et directement avec les vrais membres de son opposition. OUATTARA n’a pas le choix. Pour éviter une troisième guerre à la Côte d’Ivoire, le Prince de Kong qui a suffisamment exacerbé la fracture sociale dans notre pays, doit rendre en principe le tablier avant le 25 octobre prochain pour qu’une transition se mette en place. La décision est déjà prise en haut lieu. Les conditions de son exécution dépendent maintenant de l’évolution de la situation sur le terrain. La cruelle parenthèse Alassane DRAMANE OUATTARA est déjà fermée en Côte d’Ivoire.
 
BEN ZAHOUI-DEGBOU 
 

Géographe, Journaliste Spécialiste de Géopolitique et de  
Médiation Institutionnelle. Ancien Directeur de TV2 / RTI 
 
 

 
 

 





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