Le conflit maritime entre les deux pays prend une nouvelle tournure : Guerre du pétrole entre le Ghana et la Côte d’ivoire

Le conflit maritime entre les deux pays ont pris de l’ampleur au regard des violents échanges qui ont émaillé le procès qui se déroule à Hambourg en Allemagne. Le Ghana accuse en effet la Côte d’Ivoire de remettre en cause un accord frontalier de 40 ans tandis que le régime ironise sur l’envie du Ghana qui «veut réécrire notre histoire ».

Mardi 7 Avril 2015 - 07:58


John Dramani, président du Ghana,  et Alassane Ouattara président ivoirien
John Dramani, président du Ghana, et Alassane Ouattara président ivoirien
Pour l’instant, seuls les avocats sont encore en poste avancés pour tenter de dénouer le conflit maritime qui oppose, depuis l’arrivée de Ouattara au pouvoir, la Côte d’Ivoire au Ghana. Chacun espère l’emporter et le Ghana accuse ouvertement Abidjan de vouloir remettre en cause un accord de plus de quarante ans. L’un des membres de l’équipe de la ministre ghanéenne des hydrocarbures a même indiqué que Ouattara a jeté aux orties la parole d’Houphouët-Boigny. La violence des mots dépasse parfois l’entendement surtout que côté ivoirien, on ne s’en laisse pas conter et le régime a violemment répliqué aux dites accusations, indiquant que le Ghana tentait de réécrire l’histoire de la Côte d’Ivoire. Saisi du conflit frontalier maritime qui oppose la Côte d'Ivoire au Ghana, le Tribunal international du droit de la mer (TIDM), à Hambourg (Allemagne), doit en effet se prononcer sur les mesures conservatoires réclamées par Abidjan : arrêt dans la zone contestée de toute exploration pétrolière et de toute attribution de licence. Pendant deux jours, les 29 et 30 mars, les deux parties ont présenté leurs arguments devant une chambre spéciale du TIDM, dans un langage policé mais sans concessions. Paul Reichler, un membre de l'équipe juridique ghanéenne, a notamment soutenu que la Côte d'Ivoire avait "durant quarante ans" accepté la démarcation considérée par Accra comme la frontière entre les deux nations. "Il y avait une frontière convenue qui séparait leurs territoires maritimes respectifs et qui consistait en une ligne équidistante aux coordonnées géographiques identifiées", a-t-il insisté. En réponse, Ibrahima Diaby, le directeur général en charge des hydrocarbures au ministère ivoirien de l'Énergie a dit regretter  « que le Ghana en vienne à réécrire notre histoire commune ». La Chambre spéciale du TIDM devra rendre sa décision sur les mesures conservatoires dans le courant du mois de mai. Après quoi, les deux parties disposeront d'un délai de six mois pour faire valoir leurs arguments quant au fonds du différend frontalier. Le magistrat algérien Boualem Bouguetaia, vice-président du TIDM, et ses assesseurs délibéreront ensuite pendant trois mois. Une décision devrait intervenir au plus tard à la fin de 2016. Côté ivoirien, le dossier est piloté par Thierry Tanoh, secrétaire général adjoint de la présidence, assisté d'Ibrahima Diaby et de Me Adama Camara, un proche d'Adama Toungara, le ministre du Pétrole et de l'Énergie - qui s'est également exprimé devant la chambre spéciale d'Hambourg. Ce conflit maritime vient remettre en cause la cohabitation pacifique entre les deux pays qui dure de nombreuses années. En l’absence d’une reconnaissance administrative sur la partie contestée, l’ancien président Laurent Gbagbo avait, pour sa part, entrepris de négocier avec son homologue ghanéen la question de l’exploitation du gisement pétrolier qui venait d’être découvert dans les eaux des deux pays. Après plusieurs réunions, Abidjan avait accepté le principe d’une co- exploitation cet or noir dont la découverte est relativement tardive. Et en raison de la position inclinée du gisement, le Ghana devait commencer l’exploitation avant que la Côte d’Ivoire ne le fasse à son tour. En effet selon un ancien cadre du ministère des mines, « dès que la Côte d’Ivoire va enclencher l’exploitation du gisement, le Ghana ne pourra plus extraire de pétrole à cause de la position inclinée du gisement vers la partie ivoirienne » C’est donc cet accord que Ouattara conteste. Abidjan demande en effet l’arrêt de toute exploitation du gisement par le Ghana. L’affaire portée devant les tribunaux devrait connaître son dénouement en 2016. En attendant, notre pays s’offre une guerre frontalière. La Côte d’Ivoire qui avait évité les conflits frontaliers ouverts, conséquence de la politique de paix d’Houphouët-Boigny et de Gbagbo va donc devoir s’habituer à l’animosité ghanéenne et devoir mieux surveiller ses arrières que par le passé. D’ores et déjà, certains observateurs de la vie nationale ivoirienne expliquent ce changement de politique par les engagements potentiels pris par Ouattara pour impliquer des multinationales dans la guerre contre Laurent Gbagbo. « Or, il faut les payer et les gisements de pétrole constitues généralement de meilleurs gages pour ces hommes d’affaires occidentaux », analyse un ancien cadre du ministère des mines sous Laurent Gbagbo. D’autres par contre estiment que le chef de l’Etat ivoirien veut faire payer au président ghanéen son soutien aux pro-Gbagbo qui se sont réfugiés dans son pays. Ouattara avait en effet demandé à plusieurs reprises l’extradition de nombre d’entre eux. Face au refus de son homologue, il avait même organisé et financé des enlèvements d’anciens ministres pro-Gbagbo depuis le territoire ghanéen. On peut donc penser que pour Ouattara, c’est l’heure de le faire payer à Dramani.

Sévérine Blé

Source: Aujourd’hui / N°862
 




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