Le Mali, pomme de discorde entre Paris et Alger

Lors de sa visite en Algérie, François Hollande abordera la question du Mali avec son homologue algérien. On sait que les positions au sujet de l’épineuse question malienne sont extrêmement différentes entre l’Algérie et la France, la première souhaitant privilégier le dialogue quand l’autre veut appuyer une guerre.

Jeudi 20 Décembre 2012 - 07:24


Le Mali, pomme de discorde entre Paris et Alger
L’Algérie, première puissance militaire de la région qui partage en outre plus de 1400 kilomètres avec le Mali est toujours réticente à l’idée d’une intervention militaire pour déloger les islamistes qui contrôlent certaines localités du nord.

Pourquoi l’Algérie ne veut pas changer de position

Outre son aversion affirmée pour le principe d’ingérence au Sahel, l’Algérie  pourrait bien aussi craindre un embrasement sur son sol si la situation au Nord-Mali venait à se transformer en guerre longue.
Bouter les islamistes hors du Nord-Mali reviendrait en effet à les repousser jusqu’à la frontière algérienne, où ils pourraient trouver refuge en attendant de retourner au combat.La crainte d’une afghanisation du Nord-Mali, dans cette zone où les frontières sont très perméables, semble donc guider les pas de la diplomatie algérienne.
Rappelons aussi que les djihadistes d’al-Qaida au Maghreb Islamique (Aqmi) exercent une pression virulente et toute particulière sur les autorités algériennes. Ces derniers sont en effet issus de la mutation des groupes salafistes radicaux algériens nés dans les années 1990 et 2000 (GIA puis GSPC), et sont encore aujourd’hui dirigés par des émirs» algériens.
Leur ancrage en Algérie leur permet donc de pouvoir agiter en permanence le chiffon rouge de représailles sur le sol algérien, en cas d’attaque frontale contre leurs organisations.
En quelques sortes, les autorités algériennes ont tout intérêt à laisser pourrir la situation au Mali plutôt que de vouloir se confronter directement aux islamistes.Tant qu’ils agissent au Nord-Mali, ils ne sont pas en Algérie.
D’autant que le Mujao (Mouvement pour l’Unicité du Jihad en Afrique de l’Ouest) a déjà mis en pratique ses menaces contre les otages algériens, en exécutant, début septembre, le diplomate Taher Touati. Un acte rare pour al-Qaida au Maghreb Islamique, qui préfère en général jouer la carte de la survie des otages pour entamer les négociations.

La stratégie algérienne, une vision à court terme selon la France

Cette logique à court terme pourrait toutefois se révéler catastrophique pour l’Algérie, qui n’est jamais parvenue à se débarrasser des groupes islamistes radicaux et du terrorisme.
Car, à en croire les différents témoignages, le Nord-Mali est en train de devenir un véritable sanctuaire pour les djihadistes de tous horizons, désireux de faire trembler le monde occidental et de soumettre les populations à la charia la plus stricte.
Laisser la situation se détériorer encore plus et voir chaque jour les membres d’Aqmi prendre de l’importance, structurer leurs réseaux et s’armer, est une position qui risque fort, un jour, d’exploser au nez des autorités algériennes.
C’est ce que pourrait faire comprendre François Hollande à Abdelaziz Bouteflika lors de sa première visite officielle à Alger. « Il vaut mieux prévenir que guérir » en quelques sortes.
Ce n’est pourtant pas par altruisme que la France aurait intérêt à ce que l’Algérie entre dans la danse du ballet militaro-diplomatique malien. Pour elle, il est inconcevable de trouver une issue à la crise du Nord-Mali sans passer par l’épreuve de force. La guerre, la vraie, serait la seule solution envisageable pour réunifier le pays.
Et il faut avouer que sans l’Algérie, l’alliance militaire prête à en découdre avec les groupes armés du nord n’a pas la voilure escomptée. Puisque les puissances occidentales, guidées par leurs postures morales et la crainte de revivre le bourbier afghan, refusent d’intervenir directement sur le terrain sahélien, il faudra bien que que quelqu’un s’y colle.
Mais qui ? Qui de l’armée ivoirienne, émergeant à peine d’une dizaine d’années de rivalités et de querelles fratricides, de l’armée malienne défaite par le MNLA en une petite semaine au printemps, ou d’un petit bataillon sénégalais, pourrait prétendre battre al-Qaida sur son propre terrain ? Qui, sinon l’Algérie, ou, à la rigueur, la Mauritanie ?

La visite de Hollande ne changera pas grand-chose

Pour autant, il est illusoire d’attendre une volte-face algérienne lors de la visite de François Hollande. Noyée au milieu de problématiques économiques et de débats politiques, la question du Mali ne sera pas la priorité d’Abdelaziz Bouteflika.
Ce dernier a pourtant laissé entendre le 13 décembre dernier qu’il jugeait «normal que le Mali bénéficie de l’appui de la communauté internationale pour son éradication (du terrorisme ndlr)».
Cela constitue certes un pas en avant vers le plan français pour le Nord-Mali. Mais de là à espérer une déclaration tonitruante et va-t’en guerre, il y a un fossé.

Ambroise Védrines

Source: www.slateafrique.com




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