Le Génocide des Wê: Comment y mettre fin et quelles voies pour que justice soit faite aux victimes.

Samedi 1 Septembre 2012 - 04:05


Le Génocide des Wê: Comment y mettre fin et quelles voies pour que justice soit faite aux victimes.
Avant d’entrer dans le vif de ce qui nous réunit ici ; je tiens à remercier les organisateurs de ce forum qui nous permet de discuter ensemble du drame qui nous frappe, à savoir ; le Génocide du peuple « Wê ». Un mot qui pour beaucoup, sonnait jusque-là comme quelque chose d’étrange, de non palpable, de virtuel. Certains parmi nous ont entendu parler du « génocide Arménien », du « génocide Rwandais » et maintenant, selon des médias nationaux ou internationaux, du « génocide Wè »en Côte d’Ivoire.
 
L’Ouest ivoirien et particulièrement la région Wè, fait partie des greniers de la Côte d’Ivoire au plan agricole. Le Café et le Cacao, les mamelles de l’économie ivoirienne, y sont cultivées et sont source de richesse pour les populations. Est-ce pour cela que le Sang du Wê doit arroser le Café et Cacao de Côte d’Ivoire ? Ces autochtones, très hospitaliers y ont accueillis des allogènes ou étrangers de plus en plus nombreux -venus du Burkina, du Mali, de la Guinée et d’ailleurs-, attirés par cette « Eldorado » que beaucoup ont vite fait de transformer en un far West, une terre sans propriétaire.
Les rebelles qui depuis septembre 2002, se réclament de Monsieur Alassane Dramane Ouattara et ou de Guillaume Soro, défaitsAvant d’entrer dans le vif de ce qui nous réunit ici ; je tiens à remercier les organisateurs par l’armée nationale, se sont repliés sur des villes de l’intérieur du pays et font de l’Ouest, un kyste ; un champ d’expérimentation de la violence, de pratiques obscènes, délictueuses (criminelles), discriminatoires. Des médias et Ongs des droits de l’homme ont même parlé de « génocide »des Wê lié à une volonté manifeste d’exproprier les autochtones de leurs biens et de repeupler cet espace d’étrangers, qui deviendraient numériquement majoritaire, économiquement puissants, donc politiquement incontournables.
Ce schéma décrié par des cadres et leaders Wê sur place, a été observé dans des endroits de l’Europe de l’Est et même ailleurs. La Côte d’Ivoire saura-t-elle éviter à ses enfants le drame de la Bosnie ? Touchons du bois.
En effet, le peuple Wê vit depuis une décennie les moments les plus dramatiques de son Histoire, celui de la destruction, de l’extermination, de l'exil et de l’expropriation. Les villages et les quartiers Wê du pays ont été massivement pillés et incendiés lors des épouvantables massacres de 2002, 2003, 2005, 2011 et encore 2012.
Savoir pourquoi on tue des Wè, pourquoi les Wè sont tués de la manière dont ils le sont, la description des circonstances de leur assassinat, nous permet déjà d’entrevoir des solutions. Mais mieux, il ne s’agit pas pour nous de scénariser le vécu des nôtres et d’imaginer comme dans une télé- réalité, leur futur. Il ne s’agit pas non plus de vous plonger ou de nous plonger dans l’univers d’une fiction. Il s’agit pour vous et pour nous, de toucher du doigt un problème de survie. Autrement dit, en dépit de la distance qui nous sépare du pays et des nôtres, savoir sans passion, loin des émotions, ce qui se passe dans notre pays notamment dans le Grand Ouest où un peuple, les Wè, sont victimes de cruautés inimaginables.
Afin de nous aider à porter ensemble la réflexion sur : « comment mettre fin au génocide Wè » d’une part et « les voies (à suivre) pour que justice soit rendue aux victimes », d’autre part, permettez que je vous présente le tableau du vécu des nôtres, avec ces quelques témoignages de personnes neutres.
Ca aurait pu être Toulepleu, Taï ou quelque part dans cet Ouest Ivoirien), mais le regard du journal Français Nouvel Observateur s’est arrêté sur la grande tuerie de Duekuoué qui a duré toute une semaine, dans la ville, les villages, la brousse. Les accusées ? Les Forces du Nord du Président Ouattara qui ont lancé leurs supplétifs à l’assaut. Le journaliste Jean-Paul Mari a reconstitué sur place la mécanique d’une bataille qui a tournée à l’épuration ethnique.
La moitié au moins des autochtones Wê sont donc réfugiés au Liberia (160.000 personnes selon l'ONU), traqués dans les forêts ou terrés dans des camps improvisés autour d'institutions chrétiennes (missions catholiques ou protestantes). Ceux qui s'étaient réfugiés dans des bâtiments publics en sont chassés par les autorités de fait et ont dû improviser des habitations de fortune sans aucune aide des ONG ou du pouvoir en place.
D’après de nombreux témoignages qui se recoupent, ceux qui rentrent chez eux sont confrontés à des occupants qui leur interdisent l'accès à leurs plantations. Parler de cette épuration ethnique peut valoir des représailles au nom de la lutte contre la xénophobie et l'incitation à la haine. De nombreux crimes sont ainsi commis par les différentes forces armées supposées veiller à l’ordre public (Dozos, FRCI, "faux-FRCI" suscitant un climat d'insécurité généralisée).
A ce jour, aucun des suspects incriminés pour ces massacres ne semble avoir été désarmé, interrogé ou inquiété. Amnesty International s'en étonne d’ailleurs car Amadé Ouéremi, un ressortissant du Burkina Faso a été accusé par l'ONU (rapport du 10 mai 2011) d'être le chef des Dozos qui ont commis le massacre du quartier Carrefour. Il commande toujours ses Dozos. Les autres chefs des FRCI qui ont pris Duékoué, Losseni Fofana et Eddy Medy (rapport HRW), ont été promus dans l'Armée et continuent de faire régner la terreur parmi les populations autochtones Wê. Dans le contexte du conflit post électoral ivoirien, il est évident que la mission de protection des civils par les Casques Bleus et la Licorne auraient dû s'exercer à Duékoué où les tensions interethniques étaient déjà à leur paroxysme.
Alors, Question : Qui est en charge du mécanisme (politique) de la réconciliation ? Réponse : L’Etat de Côte d’Ivoire. Il y a donc ce que l’Etat doit faire pour mettre fin au « génocide » Wè afin que « justice soit rendue aux victimes ».
Mais il y a aussi ce que les citoyens du pays peuvent individuellement et ou collectivement faire et c’est sur ces deux axes que se situe notre démarche. A ce niveau, il faut donc une prise de conscience individuelle et collective des uns et des autres, au-delà des chapelles politiques. Le peuple Wè d’abord, le pays et les politiques après. Tel est notre leitmotiv, puisque nous agissons par ailleurs dans le domaine de l’humanitaire, au profit des nôtres restés au pays et pour cela, il faut des repères indentifiables.

 
1/ Information-Action


 
Grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, nous pouvons aujourd’hui, bien qu’étant à des milliers de kilomètres du théâtre des opérations, savoir ce qui ne va pas chez nous. La bonne information une fois distillée auprès des nôtres de la diaspora, doit nous permettre de prendre des initiatives. Au nombre de celles-ci, le regroupement des uns et des autres, partageant les mêmes préoccupations, en association à but non lucratif. C’est ce que nous avons d’ailleurs fait a Duékoué par la création de l’Ong Cri de cœur depuis 2003 jusqu’à l’avènement de l’ARDEF. Offrant ainsi à nos parents dans le besoin, des vivres, non vivres, médicaments ou ambulance en allant sur le terrain pour leur apporter secours et assistance, puis toucher du doigt les réalités, car les actions de mobilisations des personnes, des biens, du matériel et du numéraire sont déterminantes.
Par la communication, les messages entre Wè pour des causes jugées nobles, passent facilement tout comme les réactions des membres ou sympathisants des causes que nous défendons. Sur place en Europe, des portes nous seront ouvertes si nous montrons « patte blanche », c’est-à dire si nous sommes crédibles.

2/ Actions Judiciaires et Extrajudiciaires


 
Nous nous sommes constitués en tant qu’Association de victimes Wè (de la guerre), en défenseur de la cause des nôtres auprès de toutes les instances nationales et internationales. A ce titre, notre Association a souvent utilisé :

a) les médias :


pour informer l’opinion nationale et internationale sur la situation difficile des Wè du fait des hommes politiques Ivoiriens depuis des années (expropriation des terres et des biens ; destructions physiques et morales des personnes, repeuplement de la région par des étrangers armés et protégés par le régime, voir en cela le cas Amade Ouedraogo et des dozos qui ont pris pied dans la région),


b) La CPI


Les actions que nous avons menées en déposant des témoignages auprès de la Cour Internationale de Justice à la Haye, permettrons d’éclairer la gouverne du plus grand nombre de personnes et encourageront la prise de décisions (au plan national ou international) au profit des victimes Wè afin que tous les acteurs du génocide des Wè, identifiés par les organisations internationales et même L’ONU, soient poursuivis et punis par les juridictions de droit commun et que réparation soit faite pour les victimes. La fin de l’impunité impactera efficacement sur l’environnement socio-politico-militaire dans notre pays en général et dans la région Ouest en particulier et sera un coup d’accélérateur de la fin du génocide.


C) La Constitution en partie civile en ayant recours à un avocat :


 
Mobilisés pour la cause des Wè depuis les derniers événements tragiques du camps de Nahibly, notre Association et les Wè concernés par la défense des droits des victimes, ont engagé les services d’un cabinet d’avocat pour déposer une plainte aussi bien en France qu’ailleurs, contre l’Etat de Côte d’Ivoire dont la vocation première est d’assurer la sécurité de tous les citoyens sur l’étendue du territoire national.
La cause étant noble, la recherche de moyens (humains, matériels et financiers) pour atteindre ces objectifs trouve souvent un écho favorable. Il faut donc continuer d’expliquer (à travers des fora comme celui-ci par exemple), pour informer les uns et les autres sur les buts que nous poursuivons. Cela nous vaut quelque fois des menaces, des incompréhensions de la part même d’autres Wè qui malheureusement croient que nos actions déstabiliseront leurs intérêts politiques alors qu’il s’agit de sauver un peuple en voie de disparition si rien n’est fait et maintenant.
Comme vous le savez, des populations ont été meurtries durant ces années de crise. Elles garderont pour certaines pendant longtemps les stigmates de ce conflit. Par conséquent, nourrir des ambitions personnelles, pour intervenir auprès des siens, serait un sacrilège. La politique, telle qu’elle est pratiquée par certains, a conduit le pays au désastre que nous subissons aujourd’hui. Le département de Duékoué par exemple, n’avait même pas de Conseil Général, une structure aussi importante pour le développement et ce, à cause des divergences d’opinions de nos cadres, toutes tendances confondues qui, par leur comportement, semblent n’avoir qu’un seul objectif : Être élus ou réélus.
Certes le chemin qui conduit à la convivialité, est souvent difficile, pénible parfois, car parsemé d’embuches. Mais le message essentiel à faire passer dans pareilles situations, est par-dessus tout, faire preuve de pugnacité dans la lutte pour l’intérêt général. C’est dans cette vision faite de sérénité et de volontarisme que nous devons mener nos action, avec la grande motivation et la ferme détermination d’aller jusqu’au bout.
Pour y parvenir, nous devons chacun déposer une plainte auprès des Instances de nos pays d’accueil afin de diffuser au plus large ce qui se trame chez nous en pays Wê. Il faut dénoncer auprès de l’opinion tout ce qui passe en Côte d’Ivoire.


D) Regard introspectif ? :


Le Wè est-il une victime expiatoire, tout indiquée ? S’est-il de lui-même exposé aux malheurs qui le frappent (cession des terres, trop grande hospitalité, instrumentalisation des villageois par des politiques véreux ? Quel est la part de responsabilité des Wè eux-mêmes dans le malheur qui nous frappe aujourd’hui ? Lourde problématique liée à la recherche de pistes pour le salut du Wè victime aujourd’hui de génocide et de massacres qui semblent prémédités.
Sans polémiquer, disons simplement qu’on ne reste pas dans les magnans pour enlever les magnans. Autrement dit, sauvons d’abord les nôtres en nous attaquant aux causes exogènes des malheurs des Wè, par la mobilisation, la solidarité et la générosité. Le reste viendra après.
Merci de votre attention soutenue.

Martine Kei Vao
Présidente de L’Ardef.




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