Le Gabon en manque d'informations ( internet, radio, télévision, téléphone suspendus)

CIVOX.NET
Dimanche 4 Septembre 2016 - 18:25


Proches sans nouvelle d'un parent, internet toujours suspendu, télévisions indépendantes mises hors d'usage... Le Gabon vivait dimanche en manque d'informations depuis les violences qui ont suivi la proclamation mercredi de la réélection du président Ali Bongo . Au total, ces violences ont fait sept morts dans tout le Gabon, dont cinq civils à Libreville, un civil à Port-Gentil, la capitale économique, et un policier à Oyem dan

s le nord, selon un décompte de l'AFP.
 

Mais des

rumeurs invérifiables d'un bilan plus lourd, notamment à Port-Gentil, circulent dans le pays, toujours privé dimanche de connexion internet. Quelque 800 personnes ont été interpellées dans la capitale, selon les chiffres officiels. "Nous demandons la liste des personnes en garde à vue et leur répartition" dans les commissariats et les gendarmeries, a déclaré samedi le bâtonnier de l'Ordre des avocats du Gabon, Jean-Pierre Akumbu M'Oluna, qui dit ne pas avoir d'informations sur les disparus.
 

Des disparitions inquiétantes
 

Dimanche matin à Libreville, au moins deux personnes interrogées par l'AFP cherchaient pourtant un proche dont ils sont sans nouvelles depuis la nuit de mercredi à jeudi, date de l'assaut armé des forces de sécurité contre le siège de l'opposant Jean Ping. "Je cherche mon fils Jocelyn. Il était au QG de Jean Ping", témoigne Jacqueline. "Je n'ai pas de nouvelles de mon frère, Mesmain Nang Alogo, depuis mercredi soir. Il est marié, père de quatre enfants", déclare de son côté un homme qui préfère garder l'anonymat.
 

"Nous l'avons cherché dans les commissariats, à la police judiciaire, au CHU d'Owendo, à la polyclinique Chambrier, et même dans plusieurs entreprises de pompes funèbres", poursuit cet homme qui avoue ne pas savoir où se trouvait son frère quand il a disparu. De manière générale, l'information est une denrée rare au Gabon ces jours-ci. Le gouvernement ne communique pas depuis plusieurs jours.
 

Câble sectionné
 

Le journal L'Union , très favorable au pouvoir, n'est pas paru depuis mercredi. "Nous avons fait l'objet d'un incendie. Nous ne pouvons pas travailler", indique à l'AFP son directeur de la publication, Lin-Joël Ndembet, qui ignore quand le quotidien pourra revenir en kiosque. Les locaux de deux télévisions privées, Radio-Télévision Nazareth (RTN) et Télé Plus, ont aussi été attaqués, a constaté un journaliste de l'AFP dimanche matin. Située au bord d'un chemin non-asphalté à Okala à la sortie de Libreville, les locaux de RTN ont été incendiés et sa régie détruite "mercredi soir par des agents des forces de l'ordre cagoulés et fortement armés", selon son PDG, le pasteur Georges Bruno Ngoussi (voir la photo en tête d'article).
 

"Le câble co-axial a été sectionné. Ce sont des connaisseurs. Ils savent que c'est le câble de connexion du signal avec le satellite Eutelsat", commente le pasteur dont la télévision ne peut plus émettre ni par satellite, ni pas voie hertzienne, ni par internet. Selon lui, les attaques contre RTN ont commencé dès le 28 août quand son média diffusait les tendances de l'élection de la veille, "bureau de vote par bureau de vote", avec un avantage à Jean Ping.
 

"Des commandos"
 

"Ils ont frappé en même temps le QG de Ping, RTN et nous ici à Télé Plus", affirme Franck Nguéma, qui a fondé cette chaîne indépendante dont les locaux exigus se trouvent sur le front de mer. Il affirme que sa chaîne a été attaquée par des "commandos" comme à plusieurs reprises dans le passé.
 

Faute d'informations, les Gabonais se replient sur les médias français comme RFI, France 24 ou TV5 Monde, dont les envoyés spéciaux se trouvent à Libreville mais sont absents en province. Des chaînes gabonaises continuent aussi d'émettre comme Kanal 7, et surtout les deux chaînes publiques proches du pouvoir : Télé Gabon diffusait dimanche après-midi des annonces de série télévisée, tandis que Gabon 24 annonçait en bandeau un report au 6 septembre de la rentrée parlementaire.
Le Figaro.fr avec AFP





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