Le Front populaire ivoirien (FPI) menacé de disparition, selon "La lettre du continent". Voici les raisons...

Lundi 30 Juin 2014 - 12:16


Ci-devant Affi N'Guessan (à gauche) et Aboudramane Sangaré (à droite)
Ci-devant Affi N'Guessan (à gauche) et Aboudramane Sangaré (à droite)
Quatre ans après la présidentielle de 2010 qui l'a placé en tête du premier tour (39% des suffrages exprimés), Laurent Gbagbo conserve une réelle influence en Côte d'Ivoire, bien que son image tout comme celle de son parti, le Front populaire ivoirien (FOI) aient été singulièrement entachées par la grave crise ayant découlé du scrutin. Même les perspectives du procès devant la Cour pénale internationale (CPI) ne semblent pas de nature à amoindrir son rôle au sein de sa formation, qu'il s'emploie à diriger à distance à l'approche du scrutin de 2015. Analyse.

 ADO, très agréablement surpris.

 "Ce n'est pas possible". La réaction d'Alassane Ouattara en apprenant de la bouche de ses avocats, Jean-Paul Bénoit et Jean-Pierre Mignard, le 12 juin, une avant le communiqué officiel de la CPI, la confirmation des charges pesant sur Laurent Gbagbo est bien plus que le signe d'un simple soulagement. Elle illustre une vraie fébrilité face à la combativité de son ex-adversaire. "Très heureux" de cette décision, le chef de l'Etat ivoirien ne semblait, à vrai dire, plus croire à la faisabilité de ce procès. ET ce d'autant plus qu'en privé ses deux avocats n'avaient pas hésité à prédire 40% de possibilité d'échec. Au final, le transfert de Charles Blé Goudé devant la CPI quelques semaines auparavant a permis de renforcer le dossier de la procureure Fatou Bensouda et de convaincre la juridiction internationale. Toutefois, loin d'avoir neutralisé politiquement Laurent Gbagbo-son défenseur Emmanuel Altit a fait appel de la décision de la CPI-, Alassane Ouattara sait pertinemment que le rôle de son prédécesseur au Palais d'Abidjan reste prépondérant dans la délicate reprise de dialogue avec le FPI.

 Gbagbo montre la voie.

Quel que soit son avenir judiciaire-en cas de procès, les premières audiences devraient débuter fin 2014-, Laurent Gbagbo continue malgré une santé fragile de distiller sans relâche ses instructions aux visiteurs qu'il reçoit au parloir du Pénitentiaire Inrichtingen Haaglanden à La Haye, au Pays -Bas. L'hypothèse d'un jugement ne modifie pas sa prééminence sur la direction exécutive de cette formation qu'il a lancée dans la clandestinité en 1982. Si Laurent Gbagbo n'évoque jamais la situation de son pays avec sa seconde épouse Nadia "Nadyé Bamba, visiteuse assidue qui réside en permanence au Ghana où elle s'occupe de la mère de Laurent Gbagbo, il en va autrement avec ses autres interlocuteurs. Pour ces derniers, le président par intérim du FPI Pascal Affi N'Guessan et le vice-président Miaka Oureto en tête, le mot d'ordre reste le même: participer à la prochaine élection présidentielle mais pas à n'importe quel prix. Laurent Gbagbo conditionne notamment une telle stratégie à une plus grande transparence dans la préparation du scrutin.

Vers un schisme?

Ces consignes ne vont pas sans soulever des vents contraires. D'un côté la tendance "pragmatique", représentée par Pascal Affi N'Guessan, mise sur une accalmie et le dialogue avec le régime d'Alassane Ouattara. Mais fidèle à la ligne fixée par son mentor, avec lequel il s'entretient régulièrement au téléphone, l'ex-premier ministre libéré en août 2013 continue de critiquer le récent recensement de la population jugé favorable à Alassane Ouattara. Il demande également une Commission électorale indépendante (CEI) plus équilibrée, ainsi que la libération des militants toujours emprisonnés. Inversement, la ligne dure du FPI maintient invariablement ses exigences. Elle pose la libération de Laurent Gbagbo comme préalable à toute négociation et, a fortiori, à une participation à la prochaine présidentielle. Cette mouvance est incarnée par le premier vice-président du parti Aboudramane Sangaré, l'ancien ministre de la réconciliation Dano Djédjé, le secrétaire général du FPI Laurent Akoun, ainsi que par plusieurs autres barons toujours en exil: Ahoua Don Mello, Koné Katinan, etc... A défaut de consensus, ces différents courants risquent à terme de conduire le FPI à son éclatement et à sa disparition progressive du paysage politique ivoirien.

Source: Lettre du continent N°685 du lundi 25 juin 2014

N.B: Le titre est de civox.net




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