Le Combat des Ivoiriens contre la haine

Samedi 29 Mars 2014 - 03:55


La haine est un sentiment violent qui pousse à vouloir du mal à quelqu’un et à se réjouir du mal qui lui arrive. Ce vilain sentiment est l’arme de prédilection des spécialistes de la discorde au service de la France. Au moyen de cette arme redoutable, ces personnes réussissent à accéder à notre for intérieur, dans le but de nous avilir, de contrôler nos émotions, de nous pousser à des guerres fratricides. Avant la venue des colonisateurs français, les nombreuses tribus ivoiriennes cohabitaient pacifiquement, grâce à des alliances où elles s’engageaient mutuellement à ne pas faire couler le sang de leurs alliés, même dans la vie conjugale. Avec la colonisation sont arrivés les missionnaires, les militaires, les marchands français, naturellement, au service des intérêts de leur Patrie. Administré par ces derniers, le tissu social ivoirien s’est progressivement désagrégé ; les tribus alliées sont désormais opposées. Leur grande connaissance de l’anthropologie culturelle des Africains leur permet, par le biais de leurs assimilés (les Africains acquis exclusivement à leur cause), de semer, dans toutes leurs ex-colonies africaines, le désordre. Aucun pays africain francophone ne peut, en effet, jusqu’à ce jour, se vanter d’avoir jeté véritablement des bases politiques propres aux États de droit. La France, ayant toujours pratiqué une administration directe de ses colonies, prend part directement ou de manière voilée à toutes les décisions des régimes africains, à travers des anciens protectorats ou des hommes d’affaires franco-africains. Le président Hollande semble suivre les traces de son prédécesseur, quant à la politique africaine de la France et à la justice des forts encouragée par l’Élysée en Côte d’Ivoire. Tant que le président Laurent Gbagbo sera enfermé à la Haye, la fin de la Françafrique restera une promesse vaine. Après les essais nucléaires de De Gaulle dans le désert algérien, le Nord du Mali, par exemple, semble, après celui de l’Algérie, le nouveau lieu où l’armée française a choisi de tester ses nouvelles armes comme les drones achetés récemment aux États- Unis ; il s’agit en fait d’un objectif politico-militaire «atteint», planifié depuis l’époque de De Gaulle. De 1960 jusqu’à ce jour, nous avons une seule clé de lecture des intrigues politiques en Afrique où les opposants qui luttent pour la souveraineté de leur nation sont systématiquement humiliés, emprisonnés, torturés ou assassinés; de Kragbé Gnagbé au président Laurent Gbagbo à la Haye, en passant par Simone Ehivet, Blé Goudé, Jean Yves Dipobieu, de Thomas Sankara à Désiré Tagro, nous assistons au même scénario, et relevons la même logique. Les Ivoiriens (les Africains) ne peuvent vaincre ce combat contre cette haine planifiée par les agents de la discorde que s’ils réussissent à discerner les germes de ce vilain sentiment semés au moyen de la politique, de la religion ou de la culture. Les choix politiques opérés par la France sont en effet déterminés aussi bien par leurs intérêts que par leur orientation philosophique ou spirituelle. Il nous suffit de noter la figure du philosophe français Bernard Henry Levy aux côtés de Sarkozy «le conquérant», et de Hollande, lors de l’accueil à l’Élysée des deux candidats aux présidentielles de l’Ukraine, pour comprendre que la gauche et la droite française sont identiques à deux frères siamois nourris au même lait maternel. Ce philosophe français né, à l’instar de l’épouse d’Alassane Ouattara, en Algérie, tient à réhabiliter un «pessimisme» qui fait de lui un guetteur radicalement opposé à ce «désir d’adhérer à toute révolution conçue comme positive». Pour ce dernier, la «providence rationnelle» conduit inéluctablement au totalitarisme parce qu’il ne croit pas à une révolution qui conduit à une «société bonne» épurée des «éléments corrupteurs». Ce philosophe-guetteur, conseiller de Sarkozy, qui entrevoit, certainement, dans la lutte des Africains en vue d’un monde meilleur, les germes du totalitarisme, s’est certainement réjoui de voir l’armée française bombarder la résidence du président Laurent Gbagbo, assassiner et mater, dans le sang, de jeunes ivoiriens aux mains nues, inspirés par les valeurs démocratiques héritées de la Révolution française de 1789, qui croient dur comme fer à leur victoire finale, au grand dam de tous ces préjugés philosophiques formulés à l’endroit des Africains. Au germe de la haine semé par la philosophie politique de Bernard Henry Levy et de ses confrères, s’ajoute celui des idéologies politiques. Nous avons, en effet, une droite française apparemment proche des valeurs de l’Église catholique, favorable aux intérêts du patronat (des autorités), opposée, sur le plan politique, à une gauche «athée» amie des peuples. L’opposition systématique de ces deux idéologies en Côte d’Ivoire a vu le RHDP proche de la droite française et de l’Église catholique adopter, lors du contentieux électoral, des positions quelques fois radicales, vis-à-vis du parti socialiste de Gbagbo, le FPI, et des droits légitimes de leurs partisans. Parallèlement à la guerre déclarée, de manière unilatérale, par le RHDP, avec la bénédiction de la France, au président Gbagbo et à l’armée républicaine, on a assisté à une guerre religieuse larvée du monde catholique contre le monde protestant. Au moment où le patronat ivoirien proche du RHDP faisait de la crise électorale un instrument d’oppression pour bâillonner le peuple qui soutenait le président socialiste Laurent Gbagbo, certains dignitaires de l’Église catholique en profitèrent pour régler des comptes, sur le plan doctrinal, avec un monde évangélique «envahissant». Les différentes idéologies politiques héritées de l’Occident qui opposent, historiquement, le monde catholique, celui de la monarchie et du patronat au monde protestant, au peuple (aux pauvres) ne doivent pas s’enraciner en Côte d’Ivoire, où nous vivons un œcuménisme étranger à ces rivalités historiques. Les germes de la haine semés par les idéologies politiques et par les querelles doctrinales ne doivent pas trouver en Côte d’Ivoire (en Afrique) un terrain propice à leur éclosion. Les valeurs défendues par la droite et par la gauche française sont, en réalité, opposées aux valeurs chrétiennes. La droite française, à priori, catholique, s’évertue, par exemple, à défendre les valeurs familiales, à présenter au monde entier, à travers le couple Sarkozy, une famille unie, opposée au mariage homosexuel, mais n’hésite pas à tuer les pauvres africains, à les affamer, alors que le Christ est venu pour les pauvres. La gauche française «athée» ne s’embarrasse pas des valeurs familiales, religieuses. Elle légalise les mariages homosexuels et prône la défense des droits du peuple, mais soutient, de manière paradoxale, le bombardement des Ivoiriens, l’emprisonnement du président socialiste Laurent Gbagbo.
Les Ivoiriens sont invités à extirper, de leur cœur, les germes de la haine introduits par les idéologies politiques, par les religions, en cessant de croire à ce dualisme classique: droite (autorité) et catholicisme/ gauche (athée – amie des peuples) et protestantisme. Ils sont simplement invités à défendre les valeurs des religions révélées qui s’accommodent assez bien aux choix politiques conformes aux droits universels de l’homme. Si la réalisation des grands chantiers d’Alassane Ouattara suffisaient à rendre heureux les Ivoiriens, l’on n’aurait pas vu en Europe, lieu où surgissent, depuis des siècles, les plus belles et les plus grandes œuvres, des personnes se donner la mort, en se brûlant vifs à cause des impôts, ou du chômage. Alassane Ouattara ne peut procurer le bonheur aux Ivoiriens, en torturant ceux qui ne partagent pas la vision politique de la France. Les germes de cette haine planifiée ont une mère nourricière. Pour paraphraser l’artiste Billy Billy sur Africa numéro 1 (freestyle), dans un langage propre aux Ivoiriens, disons que cette mère nourricière «pille» le cerveau de nos gouvernants. Si un ministre ivoirien veut se repentir du mal qu’il fait aux opposants politiques, il y a des «confesseurs», partisans des loges «noires» qui lui disent: «Monsieur le ministre, ne vous faites pas de la bile pour ces tortures, et l’humiliation des opposants. Les religions ont été inventées par l’Occident pour dominer les pauvres, les Africains. Il n’y a pas de bien et de mal. Dieu et Satan sont les deux faces d’une même pièce de monnaie; c’est simplement un jeu de rôle. Vous semblez jouer le mauvais rôle mais pour un dessein qui dépasse l’entendement de ces indigènes, car du chaos surgit l’ordre. Il n’existe ni enfer ni paradis, vous faites désormais partie des érudits…». Les enseignements des écoles ésotériques ont endurci, en effet, le cœur de nombreux gouvernants africains qui croient lutter pour un dessein qui échappe au commun des mortels. Ces opposants qui croient à la Providence divine sont, pour eux, du Moyen âge parce qu’ils se soumettent aveuglément à des dogmes, espèrent en un monde meilleur, malgré l’adversité. Les propos des maîtres des écoles ésotériques sont identiques à ceux tenus par Festus à l’endroit de l’apôtre Paul, après son témoignage de foi face au roi Agrippa: «Tu es fou Paul; ton grand savoir te fait perdre la tête». L’apôtre lui répondit: «Je ne suis pas fou, très excellent Festus, mais je parle un langage de vérité et de bon sens» (Ac 26, 24-25). Pour combattre la haine nous devons, comme l’apôtre, avoir pour rempart le Dieu unique. La haine nous enchaîne, nous aveugle, l’amour nous libère. Il est certes plus facile de haïr que d’aimer, mais la haine finit par faire de nous des esclaves de l’objet de notre tourment, tandis que l’amour nous permet d’être libres, et de voler au-dessus de la vanité des hommes. Prier pour le pécheur c’est désirer qu’il soit libéré du Malin, c’est obtenir pour lui le Paradis, en lui accordant la grâce de voir la manifestation divine. L’interdiction de maudire son prochain est une invitation à ne pas souhaiter l’enfer à son semblable. Maudire son prochain revient donc à s’opposer à la volonté divine, car le désir de Dieu est de sauver tous les hommes. Haïr son prochain, c’est éteindre la lumière divine qui est en nous parce que Dieu ne pouvant résider là où il y a de la haine se retire de nous, et les ténèbres nous envahissent. Haïr son prochain permet, par conséquent, au règne de Satan de s’étendre sur notre pays. Aimer son prochain permet, au contraire, à la lumière divine de dissiper les ténèbres qui sont en nous et dans notre pays. A ceux qui croient que la libération de notre pays tarde à venir parce que nous demandons et ne recevons pas, le Seigneur adresse ces paroles: «Si vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l’en prient» (Mt 7, 11). Le silence de Dieu ou l’apparente victoire de nos adversaires ne signifient pas que Dieu est avec eux et qu’il nous a abandonnés. Dieu veut seulement que nous mettions de l’ordre dans notre vie pour ne pas que la fascination de ce monde nous éloigne de notre mission originelle, lorsque nous recevrons du ciel ce que nous lui demandons. Les différentes défaites d’Israël n’étaient, par exemple, que des invitations à sa véritable conversion. Tant que nous tenons, à l’instar de l’apôtre Paul, un langage de vérité et de bon sens, partout où nous sommes appelés à servir le Dieu unique et le prochain, sa lumière nous illumine et nous garde de tout mal. Prions pour nos ennemis afin que le Feu divin descende sur chacun de nous pour embraser la Côte d’Ivoire et l’Afrique. C’est le seul moyen pour nous de vaincre la haine.

Isaac Pierre Bangoret (Écrivain)

Source: Le  Nouveau Courrier N° 994 Du vendredi 28 Mars 2014





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