Le Canard enchaîné dénonce "Une CPI organe d'une justice des vainqueurs"

Jeudi 19 Juin 2014 - 08:50


JUSTICE BORGNE ET DEFENSE D'IVOIRE

La juge présidente Sylvia de Gurmendi, de la Chambre Préliminaire I de la CPI
La juge présidente Sylvia de Gurmendi, de la Chambre Préliminaire I de la CPI
Ex- président de la CÔTE D'IVOIRE, viré, en 2011, du fauteuil où il s' accrochait par une force onusienne cornaquée par la France, Laurent Gbagbo est mal parti. Livré à la Cour Pénale internationale (CPI) de La Haye par son successeur Ouattara, qui a préféré ne pas le juger dans son pays, il est détenu depuis trente mois aux Pays-Bas en attendant son procès. Après une enquête un rien bâclée, la Procureur de la CPI  a revu sa copie.  La seconde est bonne.  Gbagbo comparaîtra donc bientôt pour crimes contre l'humanité. Durant les quatre mois qui ont suivi l'élection présidentielle, ses soldats et partisans ont en effet causé la mort de 160 personnes, à quoi s'ajoutent 38 viols et 54 blessés.
Ce procès va-t-il faire avancer la justice internationale? Oui, car laisser ces crimes impunis encouragera d'autres amateurs d'exactions. Non, si l'on considère deux arguments de poids. Primo, le dossier d'accusation, malgré ses 131 pages, s'appuie largement- c'est inévitable mais ici très fréquent-sur des témoignages anonymes. Et le lien entre les criminels et le donneur d'ordres présumé-Gbagbo- ne repose pas sur des preuves incontestables (éléments de discours, organisation militaire).L'un des trois juges de la "chambre préliminaire" de la CPI, Christine Van Den Wyngaert, s'est d'ailleurs désolidarisée de ses deux collègues dans une mise au point jointe au dossier: "Il n'y a aucune preuve convaincante, de mon point de vue, qui montre notamment que Laurent Gbagbo se soit mis d'accord avec son supposé cercle rapproché pour commettre des crimes contre des civils. "
Seconde réserve: s'il n'est pas question de nier ces atrocités, celles du camp d'en face, non moins flagrante, sont escamotées. De quoi nourrir le procès déjà  fourni d'une CPI organe d'une "justice de vainqueurs". S'en prendre à un pouvoir en place, la Cour ne l'a jamais osé.  Sans s'attaquer aux exactions américaines en Irak ou russes en Tchetchenie, elle avait au moins du grain à moudre en Afrique: tueries électorales au Togo, liquidation d'opposants au Tchad, noyade par la police de réfugiés du Congo-Brazzaville, etc.
Sujet de philo pour le bac: "Une cour internationale peut-elle justifier sa vocation universelle (et inspirer le respect général) si elle s'avère hémiplégique?" Déjà couvert d'un bandeau sur les yeux, le symbole de la justice impressionnera moins s'il est représenté manchot...

Source: "Le Canard enchaîné"-mercredi 18 juin 2014





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