Laurent Gbogbo, otage de la Cour Pénale Internationale

Vendredi 7 Juin 2013 - 07:24


Laurent Gbogbo, otage de la Cour Pénale Internationale
La décision du 3 juin de la CPI est ambigüe et dégoûtante. Elle place haut la barre de notre victoire. C’est une gageure que nous devons relever dans la cohésion externe et interne de nos forces.

En effet, la CPI a une compétence pénale internationale. A ce titre, elle juge les personnes qui tombent sous le coup de l’infraction pénale définie par ses statuts. Or l’esprit du droit pénal doit être le même pour tous, blancs ou noirs, occidentaux, africains ou autres. Selon la logique de la loi pénale, seul l’établissement de l’infraction qui, elle-même doit nécessairement trouver sa source dans la loi pénale, permet d’incriminer le prévenu  : «  pas d’infraction, pas de peine, sans loi  ». De ce fait, contrairement au juge civil, le juge pénal n’a pas le droit à l’interprétation. En d’autres termes, le droit pénal tient son professionnel dans des limites strictes.

Or la décision du 3 juin 2013 par laquelle la CPI a reporté son audience de confirmation ou d’infirmation des charges contre le Président Laurent Gbagbo, a condamné ce dernier à rester en prison alors qu’elle stipule clairement que les charges contre lui sont insuffisantes. En principe, si les preuves apportées par l’Accusation ne sont pas valables, elles ne peuvent pas justifier la rétention du prévenu car celle-ci constituerait alors une condamnation sans cause juridique. Logiquement, depuis le 3 juin 2013, le Président Gbagbo devait être relaxé. Cependant, la CPI en a disposé autrement et détient le Président ivoirien en otage.

De ce fait, nous nous demandons où la CPI est allée chercher cet artifice juridique qu’elle a appliqué au Président Gbagbo? Comment a – t- elle pu exciper (profiter) de ces preuves insuffisantes pour accorder un crédit supplémentaire d’investigation à sa procureure, sans tordre le cou à l’esprit même du droit pénal  ?
En d’autres termes, la CPI avait-elle le droit de se livrer à une interprétation personnalisée et erronée du droit pénal  ? Pouvait-elle valablement donner une version «  façon Laurent Gbagbo  », sur mesure, pour condamner ce dernier, vaille que vaille, en vue de remplir la mission politique qui lui est assignée  ? Le faisant, n’a-t-elle pas mangé son totem  ? Que pouvons – nous faire, en tant que démocrates et victimes de sa barbarie juridique, pour qu’elle crache ce totem avalé  ?

Cette décision de la CPI est incohérente et dégoûtante. Elle renvoie à plusieurs enjeux   qui varient selon que l'on se trouve du côté des occidentaux, de l’Afrique ou de la Côte d’ivoire.

D’une manière générale, la CPI vient de montrer qu’elle poursuit un but politique, avec la grossièreté avérée qui la caractérise quand il s’agit de «faire la chasse aux africains  ». Ses beaux textes fondateurs, auxquels les responsables africains ont adhéré la tête baissée, pour continuer à être subventionnés, sont une couverture juridique pour légitimer la méprise que ses fondateurs éprouvent à l’égard de ces mêmes dirigeants, malheureusement consentants.

D’une manière particulière, la CPI vient aussi de démontrer qu’elle sert à mettre au cachot les leaders africains qui dérangent les intérêts occidentaux et que le Système International n’a pas pu éliminer à temps. Tel se présente le casier judiciaire du Président Gbagbo qui remplit les conditions de la CPI car il n’est soumis, se bat pour le développement de l’Afrique et de son pays, et ne fait pas partie du cercle des  «  sous-préfets  » africains, pour citer ce lapsus linguae révélateur de Mme Henriette Diabaté, éminente historienne ivoirienne dont le subconscient a révélé publiquement le fond de la pensée…

La mission juridique de la CPI est donc l’achèvement de la phase putschiste opérée par le Système International. Le tout forme «  le complot international  » que dénonçait naguère le Président Gbagbo, à la veille de son éviction du pouvoir. La CPI finit donc «  le travail  ». Ne pouvant pas se dédire, quel que soit la qualité des preuves apportées par la Défense du Président Gbagbo, elle doit aller jusqu’au bout. Mais cet enjeu macabre butte sur la force du juridique (sur le politique) et, la personnalité  ; le charisme du Président Gbagbo d’une part, et, d’autre part, l’Innocence et la Vérité qui caractérisent sa situation.

Cet enjeu s’oppose à la prise de conscience des africains. Enfin  ! Ils se réveillent. La CPI est allée si loin que «  l’œuf a dû s’ouvrir pour parler  » (proverbe). En effet, la partialité de la CPI a fini par révolter les africains d'habitude dociles. Dans le cadre de l’Union Africaine, en présence des enfants reconnaissants de la franç’afric, certains africains ont exprimé haut et fort leur rejet de la juridiction de cette Cour créée par les occidentaux, comme ils l’ont souligné, pour faire « la chasse aux chefs d’Etat africains ». Ce qui les touche le plus, Bush en ce qui concerne l’Irak et Sarkozy en ce qui concerne la Lybie et la Côte d’Ivoire, méritent au moins d’être entendus devant les juges de la CPI. Mais il n’en est rien car ils sont intouchables. Injustice pour injustice, les citoyens américains ne souffriront jamais de l’humiliation de se faire juger par la CPI.

La prise de conscience commence à faire des émules. Au sommet de la France, en Occident, M. Koffi Gnamgnane, l’oreille africaine de M. François Hollande, est outré par cette décision qu’il juge inique. Sans doute en a – t- il parlé avec son chef. Pour le reste, si les autres occidentaux sont silencieux, ils ne le pensent pas moins. Cette affaire Procureure de la CPI contre Laurent Gbagbo leur fait honte, d’autant plus qu’ils n’ont pas réussi à répondre à la question «  qui a gagné les élections  ?  » Vu ce qui se passe, que valent les preuves françaises  ? Elles auraient servi à légitimer l’intervention française en Lybie pour cacher le financement de la campagne électorale française de 2012. Mais la Vérité remonte petit à petit devant la justice. Ilse murmure que les occidentaux n’y croient plus. Pour eux  ; il vaudrait mieux porter des gants et se méfier de l’histoire syrienne en gestation.

En ce qui concerne les africains et les ivoiriens, l’enjeu est simple. Indépendamment du fait de libérer le Président Gbagbo, cette décision répond à la question de la victoire de ce dernier, occultée par la Communauté Internationale. La CPI vient de reconnaître que son détenu a été dépossédé du pouvoir, à tort, sur la base de «  preuves insuffisantes  ». L’autre versant de cet enjeu est d’affranchir définitivement la Côte d’Ivoire et les africains des chaînes qui les lie à l’Occident.
En effet, après plus de 50 ans d’indépendance, ils «  quémandent  » toujours et leurs ressortissants sont des immigrés dans le monde entier. Aucun produit n’est transformé chez eux. Le taux de chômage est à deux chiffres alors que les dirigeants se vantent d’avoir un taux de croissance qui avoisine les 10%.
Libérer Gbagbo, c’est aussi pouvoir décider librement de sa politique, sortir du pré-carré français, du système de la franç’afric, choisir librement ses partenaires commerciaux, transformer sur place ses matières premières et les exporter au bon prix, pour le bienfait de ses producteurs.
Enfin, libérer la Président Gbagbo, c’est montrer à l’Occident que sa politique coloniale prédatrice prend fin, ipso facto. C’est donc une gageure. Autrement dit, le combat de libération qui commence maintenant n’est pas du tout facile.

C’est pourquoi il faut une cohésion nationale et interne dans le camp du Président Gbagbo. Au niveau national, les frémissements se font sentir. Peu importe qui en est le fer de lance. Dans ce sens, M. Anaky Kobenan vient d’apporter son soutien fraternel au Président Gbagbo et réclamer la libération de ce dernier et, partant, celle de tous les autres prisonniers politiques. Malheureusement, de jour en jours, les arrestations font rage. Mais c’est tout de même courageux de sa part. Le chef des jeunes, M. K.K.B. du PDCI, depuis un certain temps, ne cesse de dénoncer haut et fort son mentor d’hier, le Président HKB du PDCI, auquel il promet la chute du sommet du plus vieil édifice politique ivoirien. Mme Danielle Bony Claverie se joint à tout ce monde pour condamner la Cour Partiale Internationale et réclamer la libération du Président Laurent Gbagbo. Au sein du camp Gbagbo, où l’espoir renaît, l’ex-Conseiller Bernard Houdin attaque la CPI à laquelle il réclame l’application du droit, c’est-à-dire la relaxe pure et simple de son patron et ami. Hier, par la voix de son Président par intérim, M. Miaka Ouretto a barri, tel un éléphant, pour exiger la relaxe du fils du pays et son retour au pays. Quoi de plus normal. Cependant, quelques règlements de comptes, inopportuns, semblent pointer du nez  : on commence à se juger. Bref  ! Me Altit est élevé. On reconnaît les vertus du bon vieux droit. La côte et l’amour pour le Président Gbagbo sont à la hausse. Il n’est comparable à aucun autre membre du parti car, si ses proches et partisans se sont sacrifiés durant cette crise, lui, il a fait un choix politique dont il assume avec courage, calme et sérénité la responsabilité. Il est le protecteur, le «  opa  » (papa), même de la prison. Lui seul sera capable de réconcilier les ivoiriens, de leur donner confiance en eux et de remettre l’économie en marche. D’ailleurs, c’est lui qui est bien placé pour inaugurer les chantiers publics qu’il a lancés durant ses mandats.

Cette décision ambigüe de la CPI, mi-figue mi-raisin, augure donc une longue lutte procédurale. La bataille sera âpre. La Côte d’Ivoire devra se réveiller du Nord au Sud, de l’Est à l’ouest, se tenir les mains et cette fois-ci, lutter ensemble pour remporter cette guerre d’une autre nature. La victoire est à mi-chemin.

Paris, le 6 juin 2013

Zogo Toussaint GOBA




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