Laurent Gbagbo parle depuis La Haye: " Pourquoi suis-je à ce point maudit par la France? "

Lundi 5 Janvier 2015 - 15:46


Laurent Gbagbo parle depuis La Haye: " Pourquoi suis-je à ce point maudit par la France? "
"En 1959, Félix Houphouët-Boigny est devenu Premier ministre de notre pays, puis chef de l'Etat, en 1960, au moment des indépendances, sans élection. De Gaulle a dû lui forcer la main pour qu'il accepte l'indépendance de la Côte d'Ivoire préparée en temps que celle de la Haute-Volta, le Bénin, le Niger. Houphouët n'en voulait pas pour la Côte d'Ivoire. Il faut dire que la France n'avait plus le choix: les pressions américaines et soviétiques, les désastres indochinois et algérien, avaient placé la France dans une position de faiblesse extrême. C'est dans ces conditions que les Autorités françaises se sont résolues à proclamer l'indépendance des colonies. Mais cette indépendance n'était que de pure forme. Houphouët est devenu Président au sein d'un système de dépendance totale vis-à-vis de France, dont il était l'un des piliers. Il avait Collaboré à la rédaction du Plan Cadre de Defferre, et à celle de la Constitution de 1958... A partir de là, il n'y a plus eu d'élection en Côte d'Ivoire pendant trente-trois ans !
 En octobre 1990, qui rompt cela? Gbagbo! Je me présente contre Houphouët, qui est contraint d'autoriser le pluralisme, pour lequel je militais, comme responsable de l'opposition démocratique, depuis longtemps, ce qui m'avait d'ailleurs valu de la prison. Les bouleversements internationaux, le démentèlement du Rideau de Fer vont nous aider et l'opposition intérieure, incarnée en particulier par mon parti, le FPI, finit par obtenir l'organisation d'élections. Mais ces élections, le pouvoir tient à les contrôler. On ne me dit de me retirer. Tous les autres candidats le font, moi non. Je maintiens ma candidature. On me dit que l'élection sera pipée-et elle l'a été-mais je voulais marquer l'histoire. C'est mon péché originel, la raison pour laquelle je suis ici, à La Haye. En obtenant plus de 18 % des voix contre Houphouët, je devenais incontournable, à la tête de l'opposition. Je dérangeais déjà les plans établis pour la continuité de la Françafrique...
 En décembre 1993, quand Houphouët meurt, c'est  pourtant cette continuité, organisée par lui et par la France pour placer Bédié, qui s'impose. Pas d'élection. Grâce à une réforme de la Constitution, le président de l'Assemblée nationale, Konan Bédié, devient automatiquement président.
Tout de suite, il se heurte à Ouattara, alors Premier ministre, qui a tenté de lui chiper la succession. Il faut savoir que Houphouët avait pris Ouattara comme Premier ministre sous la pression des Autorités françaises, mais qu'il n'avait jamais pensé à lui pour lui  succéder. C'est l'épouse de Ouattara, Dominique, qui lui a vu un destin national."

Propos de Laurent Gbagbo, extrait du Livre "Laurent Gbagbo selon François Mattei", sous-titré "Pour la Vérité et la Justice", Editions du Moment,
pp183-184-185

 




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !