Laurent Gbagbo à la tête du FPI, un symbole fort, face à une CPI politisée par ses donneurs d'ordres. Par Ben Zahoui Degbou

Jeudi 27 Novembre 2014 - 07:09


Laurent Gbagbo est candidat à la présidence du Front Populaire Ivoirien (FPI). Sa candidature a été suscitée par un groupe de Secrétaires Généraux de fédérations. Leur porte-parole s’appelle Soro Kelofohoua, Secrétaire Général de la fédération FPI de Sinématiali, ville située dans la partie nord de la Côte d’Ivoire. L’annonce de cette candidature historique,  à la tête du parti qu’il a créé, il y a maintenant un plus de trente ans, a été faite dans son village natal, le dimanche 5 octobre 2014, à l’occasion de la rentrée politique de la fédération FPI de Gagnoa. Très belle initiative hautement politique de la part de ceux qui ont eu cette idée. Elle constitue, sans doute, une source d’espoir pour les batailles à venir. La Côte d’Ivoire, notre pays, ayant perdu toute sa souveraineté et tous les acquis de la démocratie et des droits humains depuis le 11 avril 2011. Elle a malheureusement reculé de cinquante ans sur tous les plans.
Les batailles à venir concernent les nouveaux paradigmes du colonialisme et de l’impérialisme. Elles vont au-delà de la libération de Laurent Gbagbo qui incarne aujourd’hui la résistance et la renaissance de l’Afrique. Il s’agit de sortir de ce paradigme colonial dont le fondement consiste encore à la déshumanisation des peuples noirs, notamment d’Afrique subsaharienne. Il s'agit aussi de sortir de ce rapport de pouvoir de domination du monde occidental sur le reste du monde. La Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud, désignés par l’acronyme  anglais BRICS (Brazil, Russia, India, China, South Africa) ont déjà engagé la lutte pour l’instauration d’un nouvel ordre politique et économique dans le monde. Il faut appuyer politiquement cette démarche. Laurent Gbagbo l’a commencé avec la lutte pour l’autodétermination et la souveraineté du peuple africain.

 Pour rappel, l'autodétermination est l'action, pour un peuple, de prendre en main son propre destin, c'est-à-dire de choisir librement son statut international, son organisation politique, économique et administrative. La notion d'autodétermination découle du principe considéré comme fondamental que les peuples ont le droit de disposer d'eux-mêmes, indépendamment de toute influence étrangère. Le principe d'autodétermination a été introduit en droit international et en diplomatie avec la Charte des Nations unies, en 1951. Depuis 1960, les pays africains sont dits indépendants. Ils  restent encore sous influence des anciennes puissances coloniales. C’est à ce niveau qu’il y a problèmes. Laurent Gbagbo est en prison, essentiellement pour avoir osé diriger la Côte d’Ivoire, son pays comme un Etat pleinement indépendant et souverain. Sa position de prisonnier du monde occidental lui confère aujourd’hui une aura exceptionnelle et une position plus grande pour continuer le combat.

Dans ce sens, on peut affirmer sans risque de se tromper, que la candidature du célèbre prisonnier de la Haye, est une bonne chose. Elle est effective parce que son accord est acquis. Il ne pouvait en être autrement quand on sait que Laurent Gbagbo est un homme du peuple et ne peut donc rester indifférent à l’appel de son peuple. A-t-il vraiment le choix face à la situation dramatique que vit en ce moment le parti qu’il a créé. Pour être court, claire et concis, Pascal Affi N’guessan, le président du FPI, s’est mis dans une situation de vassal vis-à-vis du suzerain qui dirige par procuration le fief du Dramanistan. Et il ne peut en sortir. Il faut donc le libérer. Il faut le décharger. Le prochain congrès du Front Populaire Ivoirien devra légitiment faire ce travail en donnant tout simplement cette formation politique à son  propriétaire. Il faut le dire, si c’est encore nécessaire, Laurent Gbagbo constitue le ciment de l’unité entre les militants du FPI et ses sympathisants.

La faute commise par Affi est impardonnable. Le « fils » a visiblement trahi, en donnant sur un plateau d’or, l’ultime arme de combat de son « père » prisonnier, à son bourreau. C’est tout simplement un parricide en bonne et due forme. Dans la mythologie grecque, le plus célèbre parricide est celui d’Œdipe. Il est principalement connu pour s'être rendu involontairement coupable de parricide et d'inceste. Dans le cas présent, ce qui est encore plus grave et dramatique, c’est que le parricide est volontaire. Affi sait très bien qu’il a affaire à Laurent Gbagbo, celui qui « l’a sorti du trou » et qui l’a révélé à la Côte d’Ivoire et au monde. Il est candidat contre Gbagbo à la tête du FPI. Le vassal du suzerain ivoirien cherche même à disqualifier son bienfaiteur et fondateur du parti à la rose. Hallucinant, n’est ce pas ?

Maître Emmanuel Altit, l’avocat de Laurent Gbagbo et Bernard Houndain, son conseillé spécial que j’ai rencontré personnellement, ont confirmé son accord pour sa reprise en main du FPI. Il n’y a pas de doute. En sa qualité d’homme politique expérimenté, qui mieux que lui peut décider de ce qui est bien pour lui, pour la Côte d’Ivoire et pour l’Afrique. Et c’est à ce niveau que le discours actuel de Pascal Affi N’guessan, président du FPI est révoltant. Il va dans tous les sens. « Laurent Gbagbo ne m’a pas encore appelé pour me dire qu’il est candidat à la présidence du FPI ». « Je suis candidat pour la  libération de Gbagbo ». « Certains responsables du FPI qui ont peur de m’affronter directement utilisent le nom de Gbagbo pour me combattre ». Ce sont là quelques morceaux choisis qui montrent bien que le président sortant du FPI est dans un état psychologique inconfortable et préoccupant.

Pourquoi veut-il que Laurent Gbagbo l’appelle pour lui annoncer sa candidature à la présidence du PFI ? A-t-il créé auparavant, les conditions d’une telle démarche. Qui est-il pour exiger un coup de fil téléphonique au célèbre prisonnier de la Haye. Celui-ci, du reste, lui a retiré sa confiance depuis bien longtemps pour ses méthodes solitaires et méprisantes de gestion. Et puis, Pascal Affi N’guessan disait de façon péremptoire, que la libération de Laurent Gbagbo, n’était pas une priorité pour lui. En moins de trois mois, son objectif a changé. Il est maintenant candidat pour sa libération. Comment peut-on prendre au sérieux une telle aspiration sournoise et mensongère. Il n’y a pas encore longtemps, au niveau du secrétariat national du parti qu’il dirige, contre toute attente et sans l’avis du comité central, Pascal Affi N’guessan, a changé de place à tous ceux qui avaient comme priorité la libération de Laurent Gbagbo. Il s’agissait notamment de Laurent Akoun,  Alphonse Douaty et Tapé Kipré.

On se rappelle. Affi avait été sévèrement recadré par le comité central du FPI, mais l’homme, inutilement imbus de sa personnalité, continue sa route de façon solitaire. Il écrase tout sur son passage et reste imperturbable bien que tous ses plans diaboliques soient découverts. Généralement, quand un psychopathe est pris en flagrant délit de mensonges il se comporte exactement comme le fait en ce moment le président du FPI qui déclare partout devant des militants médusés, ceci : « Je suis candidat pour la  libération de Gbagbo ».Dans le domaine de la communication interpersonnelle, dès qu’on oppose la vérité à ce genre de manipulateur, il change tout simplement de discours  pour que ses mensonges cadrent avec la réalité du moment. Cette réalité est que  Laurent Gbagbo évolue vers la présidence du parti dont il est le fondateur. Il ne saurait en être autrement au prochain congrès du PFI. Pour le moment, toutes les actions visibles et invisibles pour le disqualifier, toutes les manœuvres souterraines de corruption orchestrées par Affi et ses soutiens internes et externes, sont vouées à l’échec.

 « Il Y A DES SERVICES SI GRANDS QU’ON NE PEUT LES PAYER QUE PAR L’INGRATITUDE ». ALEXANDRE DUMAS.

Ma petite expérience personnelle de vingt ans de télévision, de présence dans les milieux  politiques et cinq ans dans un cabinet ministériel (1985-1990), m’a appris de façon précise, que les hommes politiques ivoiriens, (pas tous heureusement), ont une forte capacité de nuisance, en lien, essentiellement avec leurs propres intérêts et ceux de leurs familles. Affi et ceux qui vocifèrent derrière lui, sont en train de justifier cette triste réalité. La seule qui explique leur comportement actuel.  Ils ont oublié d’où ils viennent avec Laurent Gbagbo. Ils incarnent tout simplement l’ingratitude humaine.
A ce propos, des personnes que Mamadou Ben Soumahoro, journaliste émérite ivoirien, a fabriquées de toutes pièces, sous nos yeux, grâce à la magie de la télévision et qui sont devenues par la suite ministres, étaient ses pires ennemies auprès du Président Houphouët Boigny et du Ministre d’Etat, Mathieu Ekra que j’avais la chance et l’honneur de fréquenter régulièrement. J’avais été profondément marqué par le comportement de ces ingrats. Le grand Ben sait de quoi je parle. Je ne citerai pas de nom. Ce n’est pas l’objet de mon papier. Le président du FPI, certainement atteint par « le syndrome des anciens Premier Ministre » (ils veulent tous devenir président de la république) me rappelle cette époque de ma carrière et confirme par la même occasion la règle même de l’ingratitude parfaite. « Il y a des services si grands qu’on ne peut les payer que par l’ingratitude ». Alexandre Dumas.

Faisons une incursion dans un passé récent. En 2000, Laurent Gbagbo nomme son « Petit », Ingénieur Télécom de son état, comme Premier Ministre de la République de Côte d’Ivoire, un grand pays de l’Afrique de l’ouest, le pays de Félix Houphouët Boigny. Dans un parti qui compte le plus grand nombre de professeurs agrégés des facultés, le natif de Bongouanou, naturellement, n’était pas le plus expérimenté et le plus diplômé pour occuper ce poste hautement prestigieux au niveau de l’exécutif. Il était tout simplement le choix du Président de la République, certainement sur une base affective et peut être aussi, géopolitique, en dehors des qualités qu’a l’ancien Premier Ministre. Depuis peu, je me demande bien ce que Laurent Gbagbo, a pu faire à Affi N’guessan pour que ce dernier se mette dans une posture de défiance impardonnable et parle de son bienfaiteur avec dédain et irrespect.  

Ses déclarations arrogantes actuelles appuyées par celles de ses suiveurs, déclarations amplifiées injustement par le quotidien « Notre Voix » journal créé, il faut le rappeler, par Laurent Gbagbo, sentent à mille lieux la haine et la vengeance. Ils veulent que Laurent Gbagbo reste en prison pour toujours. C’est la seule connotation de leurs actes et discours actuels. Heureusement que les militants du FPI et ses sympathisants veulent la libération de leur leader. Pour eux, cette libération reste la priorité des priorités pour les années à venir. En le proposant à la présidence de leur formation politique, des cadres et militants du FPI ouvrent deux axes de réflexion :

Premier axe : si le nom de Laurent Gbagbo est le symbole de l’unité de ce parti, en principe, tous le monde devrait se mettre d’accord pour soutenir sa candidature et le plébisciter au prochain congrès du FPI. La candidature de Pascal Affi N’guessan est donc gênante et pose un problème de fond au-delà des apparences trompeuses. Ce problème doit être régler avant le prochain congrès de décembre. Si tout le monde est d’accord sur le fait que l’objectif principal du FPI est la libération de Laurent Gbagbo, alors Affi N’guessan et son camp doivent rentrer dans les rangs ou dans le cas contraire, aller créer leur propre parti, pour continuer leur mariage de raison avec Ouattara et l’accompagner à l’élection présidentielle de 2015.

Deuxième axe de réflexion en guise de conclusion : Laurent Gbagbo à la tête du FPI constituerait un atout politique énorme vis-à-vis de la Cour Pénale Internationale (CPI) et ses donneurs d’ordres de la communauté internationale. Tout le monde sait aujourd’hui que sa présence à la Haye a des fondements politiques et rejoindre ceux qui le gardent en otage, sur ce terrain, n’est que la normalisation d’une situation qui pourrait peser lourd en sa faveur au cours de son procès et les négociations diplomatiques à venir. Celles-ci ne manqueront pas. Laurent Gbagbo, bien que physiquement très loin du pays, est présent chaque jour dans le cœur des Ivoiriens, sur la scène politique et dans la presse. Le mettre à la tête du FPI accorderait à coup sûr, une influence positive et une crédibilité supplémentaire à son combat et la à place qu’occupe déjà son parti sur l’échiquier national et international.

Ben ZAHOUI-DEGBOU

Géographe, Journaliste Spécialiste de Géopolitique et de
Médiation Institutionnelle. Ancien Directeur de RTI / TV2
 




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