Laurent Akoun lance la grande mobilisation depuis Paris. Quelles perspectives au-delà des analyses pertinentes lorsque le pays s’enfonce dans l’impasse ?

CIVOX.NET
Dimanche 5 Juin 2016 - 18:59


Laurent Akoun
Laurent Akoun
Après sa tournée européenne et deux visites rendues au Président Laurent Gbagbo, le Président délégué, en charge de la Vie du Front populaire ivoirien, Laurent Akoun a animé une grande réunion publique d’informations en région parisienne hier, samedi 4 juin 2016 de 16 à 19h30. La salle était comble. Il faut dire qu’au-delà des habitués qu’on pouvait reconnaître, de nouveaux visages et ceux qui avaient pris un peu de recul sont venus partager les informations et les analyses que le Président délégué a voulues décliner. L’ambiance était donc bon enfant. Mais les interpellations - malgré la courtoisie que les intervenants ont mis dans la forme – ont été vives et sans détour.
Après l’allocution de bienvenue donnée et des souhaits formulés par la Représentante du Front populaire en France, des figures de la résistance de la Diaspora ivoirienne notamment des partis amis, ont tour à tour pris la parole pour inviter à l’unité. C’est ensuite que la parole est revenue au conférencier, Laurent Akoun qui a commencé par faire l’état des lieux. Il a parlé des partis politiques, des syndicats et autres mouvements qui ont été cassés en deux par le pouvoir ; un jeu de diversion pour la communication à l’extérieur du pays. Il a ensuite ironisé sur le taux de croissance hypothétique brandi par le pouvoir ; instrument qu’alliés internes et externes utilisent pour encenser le pouvoir d’Abidjan. Mais la grande question a été : « Que fait-on en face quand il y a un RHDP qui s’entend pour rester au pouvoir pendant que les Ivoiriens sont dans la misère et bientôt guettés par la famine ? » Habitué aux débats  contradictoires – qu’il puise dans sa culture socialiste et démocratique  – parce qu’il respecte les différences, Laurent Akoun s’est prêté au jeu des échanges, avec l’élan pédagogique qui lui est propre. Il s’est agi pour lui de donner la vision du Front populaire ivoirien dans un paysage politique qui ne lui est pas favorable. En Côte d’Ivoire, le contexte lui est hostile. En effet, alors que le Front populaire a pour objectif de transformer la société ivoirienne pour que chaque citoyen ne soit pas laissé sur le bord du chemin, certains prennent des raccourcis pour vivre aux crochets de l’Etat, multipliant ainsi des gages de bonnes dispositions à l’endroit du pouvoir pour recevoir en retour des récompenses financières sur les deniers publics. 
Ceux-là se mettent pour cela entre Laurent Gbagbo et le pouvoir d’Abidjan aux fins de jouer les trouble-faits. Laurent Akoun a montré son indignation en rappelant la capitulation de ces camarades qui sous-estiment tout ce que Laurent Gbagbo a sacrifié pour ses concitoyens. Il dira : « Si Gbagbo luttait pour lui seul, il aurait abandonné le combat. Car on lui a tout proposé ». Il a ironisé par rapport à sa rencontre du 22 avril avec le Président Laurent pour laquelle les supputations racontent des choses parfois au-delà du raisonnable comme si quelqu’un d’autre était présent pendant cet entretien. Laurent Akoun a également rappelé que le 11 mai 2011, mettant à l’écart les choix des Ivoiriens, sur les pressions de la Communauté internationale, Paul Yao N’dré a investi Ouattara sans donner de résultats. L’on doit comprendre que le Conseil constitutionnel – dont la décision n’est d’aucun recours  –, avait déjà investi le Président Laurent Gbagbo, le 4 décembre 2010 après l’avoir proclamé vainqueur. Aussi, a-t-il indiqué le manque d’enthousiasme des partisans du pouvoir actuel lorsqu’un simulacre d’élection a reconduit Ouattra le 25 octobre 2015. Devant ce qu’il a appelé « imposture et forfaiture », Laurent Akoun est resté dans son habit politique. Sans aucune esquive, il s’est refusé de verser systématiquement dans la polémique, même s’il rappelle qu’une illégitimité frappe toujours le pouvoir dans la lettre et les faits. 
Le Président délégué du FPI a donc mis en avant la contradiction principale. Comment mettre fin à la dictature en Côte d’Ivoire ?  Devant cette question majeure, en terme de priorité, il a préconisé que les uns et les autres dans l’opposition ne se divisent pas sur des considérations secondaires ; les grands enjeux du pays interpellant tout un chacun et l’invitant au sens des responsabilités. 
Concernant les moyens de lutte, Laurent Akoun a expliqué que le FPI fait des tournées dans le pays pour sensibiliser la population sur la nécessité de se battre pour qu’il y ait une vraie réconciliation et que la démocratie revienne dans le pays. Il a insisté sur la nécessité de se mettre ensemble pour arracher la victoire même si le parti travaille dans les conditions d’une indigence criante. Des intervenants successifs ont interpellé le conférencier sur l’élan de « mollesse » et d’attentisme du FPI, qui devrait tout faire pour organiser un grand cadre pour s’opposer vigoureusement au pouvoir. Les propos de la résistante Mahély Ba : «  A part Gbagbo, n’y a-t-il plus de garçon en Côte d’Ivoire ? » illustraient tant l’incompréhension que les attentes de l’auditoire. D’autres questions notamment celles d’un journaliste ont évoqué des contacts de membres de l’entourage d’Affi N’guessan avec Abou Drahamane Sangaré dans le sens de l’unité du FPI. 
Sur cette question, le conférencier a répondu qu’il est au courant de certains appels. Mais il s’interroge sur le sérieux de la démarche. En homme politique averti, on peut dire que Laurent Akoun ne ferme pas de portes. Cependant, il a vigoureusement déploré qu’un ancien camarade qui a dirigé le parti pendant treize ans et qui avait donc la confiance de ses camarades, se lance dans le rôle qui est le sien aujourd’hui, quelles que puissent être les justifications pour motiver de tels actes.
 Sur les alliances au sein de l’opposition, il a appelé chacun à la responsabilité devant les dangers qui guettent le pays. Il a saisi l’occasion pour appeler les uns et les autres à être inventifs, à réfléchir pour trouver les pistes de nature à créer une dynamique unitaire pour libérer le pays. La CNC a été utile, dira-t-il. Ce fut donc une étape sur le chemin de la lutte. Les leçons tirées doivent enrichir pour aller plus loin.
Les injustices faites à Simone Gbagbo et le déni du pouvoir devant le sort des prisonniers politiques, des exilés et la cherté de la vie, ont été un autre point d’indignation du Président délégué. Mais en revenant toujours à la contradiction principale qui est de mettre fin à la dictature, il a répondu à l’interrogation sur les élections locales, législatives et à la consultation référendaire - mises en projet par le pouvoir -, que le FPI veut arriver au pouvoir par les urnes. Il doit donc participer aux élections mais pas à n’importe quelles conditions. Il a donc insisté pour dire qu’au-delà de l’injustice et aux humiliations faites à Laurent Gbagbo et à tous ses proches, le pouvoir ne fait rien pour qu’il y ait des élections démocratiques. Il appartient donc à l’opposition de travailler à ce que des conditions minimales de transparence soient réunies. Trois conditions principales ont été passées en revue par Laurent Akoun. Des conditions politique, technique et sécuritaire. Pour ce qui est de l’aspect politique, Laurent Akoun a parlé de la libération des prisonniers pour qu’il y ait la réconciliation nationale. Car c’est la base de la cohésion dans le pays. La dimension technique a trait au découpage électoral, à la révision des listes électorales et à la composition de la Commission électorale ; l’un des problèmes est qu’il y a des secteurs acquis à l’avance au RDR et ses alliés. Les conditions de sécurité sont la troisième grande préoccupation que sur laquelle l’opposition doit travailler. Concernant sa deuxième visite à La Haye, il a dit juste saluer Charles Blé Goudé sans avoir eu des échanges. Mais il a vu que le parti du ministre Charles Blé Goudé a eu une rencontre avec le FPI et d’autres partis de la gauche ivoirienne y compris d’autres acteurs qui sont désormais la traduction des lignes qui bougent.
Après plus de la moitié d’un siècle d’indépendance, les anciens colonisateurs ont pris le prétexte d’installer la démocratie pour défigurer la Côte d’Ivoire. Alors que Laurent Gbagbo n’a en réalité pas remis en question de gros contrats de multinationales, l’idée de sa gouvernance au service de son peuple répugne aux néo-colonisateurs qui ont tout simplement voulu installer un obligé, au détriment du peuple de Côte d’Ivoire.
Au vu des réalités au pays « Gbagbo kafissa » - parce que la cherté de la vie est insupportable ; les microbes sévissent impunément ; … -, et le ridicule dans lequel verse l’accusation à la Cour pénale internationale, en faisant comparaître des témoins ridicules, les clignotants sont au vert pour inverser la tendance en Côte d’Ivoire. Pour y arriver, Laurent Akoun invite chacun à abandonner des certitudes, de la surenchère et de s’inscrire humblement dans un climat de travail distribué et ce, en toute intelligence. Il finira par dire que dans cet esprit de distribution du travail qu’il y a à faire, la discipline, le respect des uns et des autres et en ménageant la capacité des uns et des autres, il faut absolument mutualiser. Et là, il y a la part des militants et celle des dirigeants. Il invite donc chacun à la réflexion et à des propositions de nature à faire triompher la lutte.
Claude KOUDOU
Secrétaire National de la Communication du Front populaire ivoirien, à l’Extérieur




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