La question de l'aide dans les pays du tiers-monde et en Côte d'Ivoire.

Dimanche 8 Avril 2012 - 12:04


La question de l'aide dans les pays du tiers-monde et en Côte d'Ivoire.
La politique économique de la Côte d’ivoire, à l’instar des autres pays du tiers-monde et de l’Afrique s’inscrit dans une relation étroite avec le monde industrialisé. Mais, soulignons que jusqu’à la fin des années 1970, les pays membres de la zone franc ont évité de faire appel aux institutions de Bretton Woods à cause des contraintes, jugées excessives, attachés aux prêts liés aux ajustements. Les mécanismes de la zone, le pré-carré de la France, permettaient à travers le compte d’opération, le financement des déficits externes, rendant inutiles le recours aux financements multilatéraux. Il y a donc une nécessité tactique pour les institutions de Bretton Woods d’entrer en douceur dans un territoire qui leur était jusque là à peu près fermé. Cependant, les institutions de Bretton Woods n’avaient pas toute latitude pour imposer leur politique néolibérale, car« la France restant le premier bailleur de fonds de la Côte d’ivoire, pouvait ainsi négocier un ajustement désinflationniste en termes« réels » qui protège ses intérêts et ceux de ses entreprises. De 1981 à 1993, la Côte d’ivoire subit un ajustement inachevé malgré la multiplication des conditionnalités au fil du temps. Cette période met en scène trois principaux acteurs aux stratégies différentes : le gouvernement, les institutions de Bretton Woods et la France. Les institutions de Bretton-Woods veulent imposer le consensus de Washington, la France tente de préserver ses positions acquises et le gouvernement ambitionne de protéger le système clientéliste, gage de stabilité. Les élites locales déploient des stratégies de résistance, d’évitement et de contournement des reformes. Par exemple, la tentative de libéralisation du commerce extérieur débouche en fait sur une protection accrue génératrice d’un surcroit de rente classique, repartie entre ivoiriens et étrangers, essentiellement français. Jusqu’au début des années 90, les privatisations ne dépassent guère le stade de l’annonce. Les déficits publics s’accumulent, alimentent la dette tant interne qu’externe, si bien qu’en mai 1987, la Côte d’ivoire suspend unilatéralement ses remboursements au titre de la dette extérieure. Les institutions de Bretton Woods pratiquent un jeu ambigu, ponctué de départs et de retour, avec des exigences croissant au fur et à mesure de leur montée en puissance dans la viabilité financière de la Côte d’ivoire. Comme cela allait apparaitre clairement par la suite, l’un des axes de la stratégie des institutions de Bretton Woods était d’affaiblir le pouvoir du Président, qu’elles rendaient responsables des profondeurs de la crise ivoirienne. La France, engluée dans la françafrique des réseaux, refuse la dévaluation du franc CFA, et soutient la politique de protection du marché, favorable à ses entreprises. L’interaction de ces stratégies va conduire à la victoire des institutions de Bretton Woods, favorisée par le délitement du clientélisme éclairé encouragé par le défaut croissant de maitrise du système par le patron malade, qui est de plus en plus absent du pays. De plus, l’influence modératrice de la France sur les politiques imposées dans le cadre de l’ajustement s’estompe de façon corrélative à l’accroissement de la part des institutions de Bretton Woods dans le financement externe de la Côte d’ivoire. A la suite de l’échec de la guerre du cacao, déclenchée en 1987 à l’encontre de la spéculation internationale, Houphouët Boigny se résigne l’année suivante à diviser par deux le prix garanti aux producteurs, conformément à la demande des institutions de Bretton Woods. Jusqu’alors, la politique de prix garanti reposait sur les principes de stabilité et de l’accroissement moins que proportionnel à celui des cours mondiaux. Cette décision constitue « une rupture de l’alliance historique du pouvoir avec les planteurs, clé de voûte du système clientéliste. Elle marque aussi l’émergence d’une contestation généralisée, aggravée par les mesures d’austérité liée à l’ajustement, qui va induire de profonds changements». En 1990, deux évènements se produisent : l’instauration du multipartisme et la création d’un poste de Premier Ministre. Pour les institutions de Bretton Woods, « la promotion du marché va de pair avec la démocratie ». En fait, les institutions de Bretton Woods, comptaient sur Alassane Ouattara, membre du sérail pour promouvoir rapidement des reformes favorables au marché et accessoirement aux entreprises américaines. Devenu numéro deux du PDCI et officiellement assuré de la confiance d’Houphouët Boigny, le Premier Ministre Ouattara devient un homme politique et exprime officiellement ses ambitions. Il se heurte alors à Henri Konan Bédié le président de l’Assemblée Nationale, dauphin déclaré d’Houphouët Boigny. Du fait de ce conflit et des troubles sociaux que cela engendre, la mise en œuvre des reformes n’a pu s’opérer. Ainsi en 1992, les institutions de Bretton Woods suspendent leur financement à la Côte d’ivoire. Après le décès de Félix Houphouët Boigny en décembre 1993, l’arrivée d’Henri Konan Bédié s’accompagne de la dévaluation du franc CFA en janvier 1994, conséquence logique de la« doctrine Balladur», qui marque l’acceptation de la France de la cotutelle des institutions de Bretton Woods des institutions de Bretton Woods sur son pré-carré. En fait, la France n’est plus en mesure de poursuivre sa politique africaine néocoloniale et de jouer le rôle de financier en dehors du ressort du clientélisme houphouétiste. Ainsi, à l’ajustement en terme réels prôné par l’ancienne puissance , succède un nouvel ajustement plus rigoureux, expression du post- consensus de Washington, dont l’objectif principal est de « casser » le système ancien d’économie de rente, par la suppression de l’organisme de collecte (CAISTAB), par la libéralisation commerciale et financière, par la privatisation des entreprises publiques et par la mise sous tutelle renforcée des mécanismes de redistribution, principalement ceux liés à la dépense publique. Les arguments invoqués sont classiques : il s’agit de renforcer l’efficacité et la croissance économique, lutter contre la recherche de rente et la corruption et rétablir l’équité envers le secteur rural, et par la même occasion, diminuer la pauvreté. En réalité, il convient de réduire la consommation de rente sur le territoire national et d’instaurer un nouveau partage favorable aux acteurs internationaux des filières concernées. L’imposition du libéralisme signifie également saper les positions dominantes des entreprises françaises pour ouvrir le marché aux multinationales américaines de dimension plus importante et faire table rase des relations privilégiées de connivence entre les élites locales et la France. L’imposition d’un nouveau modèle orienté vers le marché implique une redistribution des revenus qui devrait susciter le remplacement des élites anciennes par de nouvelles favorables au dit marché. En ce sens, l’arrivée à la primature d’Alassane Ouattara en 1990, avait suscité les espoirs, rapidement déçus de néolibéraux. Les institutions de Bretton Woods comptent sur l’instauration et le développement de la démocratie et de la bonne gouvernance accompagnées d’une société civile dynamique pour permettre de régler les problèmes liés à la transition. Face aux retards accumulés par la Côte d’ivoire dans son processus d’ajustement depuis 1981, les institutions de Bretton Woods décident au lendemain de la dévaluation d’opérer un « big push », une libéralisation au pas de charge. L’imposition du nouveau modèle va induire toute une série de stratégies de résistance, de contournement et de recomposition. La mise en œuvre de ces stratégies a été facilitée, dans un premier temps par l’embellie économique post dévaluation. Portée par l’augmentation conjoncturelle des cours mondiaux de café et de cacao ainsi que par d’importants flux d’aide extérieure, avec une pluie de milliards . La croissance ivoirienne s’est temporairement redressée, passant en termes réels de -0,2% en 1993 à 7, 1% en 1995, avant de décroitre à 1,6 % en 1999, dégageant quelques marges de manœuvres pour les élites au pouvoir.
Les résistances se sont longtemps exprimées dans le domaine de la privatisation. Entre 1990 et 1993 « le bilan de la dévaluation était décevant. Seules sept opérations avaient été menées à leur terme ». Le processus de privatisation s’est caractérisé par l’extrême lenteur des décisions, en dépit d’une accélération en 1994. Les résistances ont également porté sur la privatisation de la Caistab, pillier du système clientéliste. Les contournements ont notamment trait au déficit budgétaire que l’on laisse filer, principalement par le biais des dépenses non budgétisées et des DENOs (dépenses engagées mais non ordonnancées) qui conduisent à l’accumulation d’arriérés de paiement. A la fin de 1998, les DENOs et les arriérés représentaient 3,8% du PIB. De plus, se développent les détournements de fonds publics et de l’aide extérieure. L’affaire NASRA et le détournement de l’aide européenne destinée au secteur de la santé . Les recompositions se matérialisent autour des privatisations. « Le processus de privatisation a donné lieu à un partage des dépouilles de clientélisme houphouétiste. Il s’est agi de conserver le bénéfice d’au moins une partie des rentes, en organisant le rachat des entreprises par des« amis », en profitant de la privatisation par la bourse des valeurs pour constituer des noyaux durs, et en s’alliant avec des entreprises françaises susceptibles rétrocéder une partie des rentes (d’origine privée cette fois) issues d’un monopole privé substitué à un monopole public. La presse d’opposition a fait un certain nombre de révélations sur le dessous des privatisations impliquant des membres de la famille du Président ou des membres du cercle rapproché. L’autre écueil de la gouvernance en Afrique demeure leurs relations avec les institutions de Bretton Woods. Dans ces relations, les pays africains tendent la main aux institutions de Bretton Woods, qui leur octroient des prêts avec intérêts dont le remboursement devient interminable. Car, sans avoir épongé les premières dettes, d’autres besoins se font sentir cruellement, obligeant le pays à formuler de nouvelles demandes pour venir à bout des maux qui pointent constamment à l’horizon. L’un des objectifs majeurs de l’aide publique apportée aux pays africains nous conduit à une analyse politique de celle-ci. Que ce soit par le jeu de l’échange inégal que l’on appelle détérioration des termes de l’échange, qui entraine une ponction lente, continue, mais relativement peu viable sur les recettes d’exportations soit « par le rapatriement des profits privés qui exige chaque année une ponction de caractère massif et abrupt sur les réserves de change». L’aide s’analyse donc en termes de restitutions et n’est en rien une générosité. En effet, cette aide est payée sur les recettes d’exportation des pays du tiers-monde qui proviennent partout à raison de trois quart et par directes et indirectes des revenus des salariés. Ces fonds d’aide transitent par les caisses publiques, qui perpétuent un système de pillage du tiers-monde entre les travailleurs des pays développés et les peuples dominés et exploités du tiers-monde. A ces derniers, avec leurs gouvernants dévoués à l’impérialisme, l’aide publique économique et financière mais aussi militaire procure les moyens de défendre leurs pouvoirs de classes ou de couches privilégiées. Cette aide est donc canalisée par l’Etat au profit du système impérialiste. L’aide publique bilatérale aussi bien que multilatérale est donc politique au premier chef, et porte en elle les stigmates de cet ordre impérialiste. L’aide bilatérale est celle qui est accordée par un pays donné à un pays du tiers-monde à titre particulier. Elle s’octroie au pays du tiers-monde qui est demeuré dans l’orbite de la métropole colonialiste : la France par exemple aux pays d’Afrique francophone, la Grande Bretagne aux pays du Commonwealth, et les Etas –unis à l’Amérique latine. La France dans ce système, sert d’abord les pays où ses firmes exportent plus volontiers leurs marchandises et leurs capitaux, mais n’oublie pas pour autant les pays d’Asie ou d’Amérique latine, les Etats-Unis dispersent leur aide sur tout le tiers-monde, et les pays capitalistes développés qui n’ont pas eu de colonies, orientent leur aide là où les conduit leur intérêt. Politiquement, le coopérant n’est choisi ou accepté que si l’on ne possède sur lui aucun mauvais renseignement. En effet, les contestataires du système impérialiste sont exclus. Mais très souvent, le coopérant est porteur conscient et consentant de l’idéologie du pouvoir dans son pays d’origine, et la véhicule dans une large mesure même s’il se croit indépendant. Cela consiste à subordonner l’ide financière à l’obligation pour le pays receveur de faire dans le pays donateur exclusivement des achats d’équipements que permet cette aide. Ainsi le pays donateur est-il sûr que la plus grande partie de l’aide qu’il alloue lui reviendra en paiement« importations » par le pays bénéficiaire. Et comme les fournisseurs du pays donateur savent qu’ils détiennent une exclusivité, ils s’entendent souvent pour majorer les prix dans une large mesure. Le rapport Person écrit à ce sujet que les pays bénéficiaires de l’aide liée se voient contraints d’acheter des marchandises à des prix souvent supérieurs à ceux en vigueur sur les marchés mondiaux où s’exerce la libre concurrence. Comme le souligne si bien le Monde du 19 janvier 1972, rendant compte d’un débat au sénat de Washington, « il n’a évidemment jamais été question de supprimer l’aide à l’étranger ». L’économie américaine pourrait difficilement se passer d’une telle subvention au moment où elle est en proie aux difficultés que l’on sait. 90% des crédits qui composent l’aide doivent être, en règle générale, dépensés en salaires ou en achats de biens et de services dans les pays des bailleurs de fonds, en Angleterre, une brochure officielle récente précise : les deux tiers de notre aide au tiers-monde sont, en fait, dépensés en Grande Bretagne. En France, le rapport Gorse de 1971 souligne que la coopération est conçue comme une suite de décisions à courte vue inspirées par le souci d’augmenter les ventes d’équipements français sans se préoccuper de l’intérêt réel du pays assisté ». S’agissant de l’aide multilatérale, elle est essentiellement dispensée par la Banque Internationale Pour la Reconstruction et le Développement (BIRD), plus couramment appelée Banque Mondiale et ses deux filiales, l’Association Internationale de Développement (AID) et la Société Financière Internationale (SFI), les pays de la CEE, la Banque Internationale de Développement, la Banque Africaine de Développement (BAD). S’agissant de la Banque Mondiale, elle est la banque du monde capitaliste, car les pays socialistes n’en font pas partie. On ne peut être de la Banque Mondiale sans l’être du FMI, avec une connexion très forte entre les deux organismes. Au 30 juin 1991, la Banque Mondiale contenait 116 Etats, c'est-à-dire tous les pays capitalistes développés et tous ceux du tiers-monde, ces derniers en constituent l’écrasante majorité. Mais les souscriptions en capital et le nombre de voix étant fonction du poids financier des Etats, sept pays capitalistes développés (USA, Royaume-Uni, RFA, France, Japon, Canada, Italie) en détiennent la majorité absolue. La Banque Mondiale est par conséquent, un instrument aux mais des impérialistes les plus puissants. Les moyens d’action de la Banque Mondiale sont, outre son capital et ses réserves, des emprunts obligatoires qu’elle place auprès d’organismes publics divers, des banques centrales et des banques privées. La banque n’est pas une organisation de bienfaisance, elle réalise des profits qui se sont élevés en 1991 comme en 1990 à 212 millions de dollars, pour un capital versé de 2316 millions de dollars en 1990 et 2387 en 1991. La moitié de cette aide est affectée à des travaux publics, installations portuaires, transports, grands ouvrages, etc…, c'est-à-dire des travaux d’infrastructures généralement non rentables directement, mais indispensables aux entreprises étrangères de pillage des matières premières et pour elles fort rentables. En un mot, l’aide publique prend à son compte les travaux et les dépenses qui facilitent l’introduction du capital privé et de ses entreprises. Les Etats donateurs font les frais nécessaires à cette fin, mais les frais strictement nécessaires et engagent les actions politiques et économiques indispensables pour permettre aux monopoles d’étendre paisiblement leurs mainmises sur le tiers-monde. S’agissant du montant de l’aide publique, il est calculé de façon avantageuse. C’est ainsi que la France qui regarde les départements d’outre-mer comme partie intégrante du territoire national, comptabilise dans son aide les concours qu’elle apporte à ces territoires, ce qui permet d’améliorer fortement sa performance. L’aide publique en fin des années 70 était de 0, 70% du PNB, de l’ensemble des pays donateurs, et n’a atteint que 0, 34% de ce PNB en 2009, contre 0,36% en 2010. Si par ailleurs, l’aide s’exprime en fonction des populations des pays bénéficiaires, l’OCDE constate que cette aide montait à 3,70 dollars par habitants en 2009, contre 3, 60 dollars en 1999. Comparativement, la Chine populaire a accordé une aide beaucoup plus importante que l’Union Européenne. C’est ainsi qu’en 2009, « son aide est estimée à 43% de toute l’aide apportée ». Les principaux bénéficiaires de cette assistance sont la Zambie et la Tanzanie qui ont reçu 300 millions de dollars pour la construction du chemin de fer entre les deux pays. L’aide des pays impérialistes comme il est logique, a pour objectif politique de soutenir les intérêts du système impérialiste, de même que l’aide des pays socialistes a pour but de soutenir les luttes émancipatrices et à caractère anti-impérialiste. Dans ces rapports avec le monde occidental, une certaine dépendance est mise enœuvre sur les plans militaire et politique. La dépendance militaire n’a été établie que pour asseoir une dépendance économique et celle-ci met les pays du tiers-monde en « situation de subordination par rapport au centre dominant que constituent les métropoles impérialistes ». La dépendance se manifeste en premier lieu au plan des échanges. Les quelques 340 milliards de dollars de marchandises qu’échangent le tiers-monde et les pays capitalistes, les trois quarts du commerce extérieur total des pays du tiers-monde, mais à peine le cinquième du commerce extérieur des pays capitalistes. Cette dépendance s’exprime aussi par le fait que les pays développés peuvent offrir à l’échange une gamme considérable de produits , tandis que les pays du tiers-monde ne peuvent offrir qu’un éventail assez restreint, qui se limite souvent à quatre, trois, deux ou même un seul produit qui constitue la masse exportable. Les pays du tiers-monde se trouvent ainsi dans une situation de faiblesse pour conclure les accords commerciaux, car, ils n’ont aucune solution de rechange. Il leur faut à tout prix placer des quantités importantes et déterminantes de son économie, au contraire du partenaire capitaliste qui peut étaler un catalogue de produits qui n’ont qu’une infime incidence sur son économie. Les productions des secteurs des pays du tiers-monde sont dominés par des facteurs externes qui déterminent seuls leurs rentabilisation et par voie de conséquence leur survie. A l’inverse, les ventes au pays du tiers-monde de produits manufacturés ne représentent qu’environ 5, 5 % de leur production industrielle globale. L’exploitation passe par le fait que les ponctions financières s’opèrent à travers la détérioration des termes de l’échange, qui a pour effet premier de priver les pays du tiers-monde, au profit de leurs partenaires impérialistes, d’une fraction importante de ce que devait être leurs recettes d’exportation. Elles s’opèrent aussi à travers le transfert des profits réalisés dans le tiers-monde par le transfert des capitaux qui y sont investis. La dépendance des pays africains décolonisés, se situe, en premier lieu, au plan des échanges. L’importation et l’exportation des marchandises de ces pays vers les pays occidentaux, révèlent le processus d’exploitation que ces pays subissent. Cette exploitation peut être décelée d’après Salama et Valier au travers de ladétérioration des termes de l’échange. En effet, selon une étude de l’ONU, on constate que les termes nets de 1876 à 1948 se sont détériorés de 35 à 50 %, au détriment des pays sous-développés. Autrement dit, l’écart entre les prix des marchandises vendues par les pays sous-développés et les prix des marchandises vendues par les pays capitalistes développés s’est creusé de 35 à 50% au détriment des pays sous-développés. Les économies des pays sous-développés, colonies d’exportation de matières premières consistent à ne produire des ressources énergétiques, minières ou agricoles, en vue de les exporter vers les pays du centre que sont les pays développés. Ce qui résulte de cette spécialisation est que les économies d’exportation sont totalement dépendantes du marché mondial capitaliste. Selon Salama et Valier« la dépendance de ces économies, particulièrement forte, se reflète au niveau des structures sociales, on y constate l’absence de l’implication des producteurs » dans la gestion des structures agricoles. La conséquence qui se ressent au niveau économique est la déformation de l’économie, car l’impérialisme d’hier et celui d’aujourd’hui ne portent leur intérêt dans les pays qu’ils dominent que sur les ressources et les potentialités qui sont susceptibles de répondre à un besoin des économies du centre. Il en résulte à des degrés divers dans tous les pays du tiers-monde, d’immenses portions du territoire où les forces productives ( généralement agricoles) demeurent mises en œuvre par les moyens les plus archaïques avec un niveau de productivité extrêmement bas et des portions du territoire plus réduites où d’autres forces de productivité sont mises en œuvre par les procédés et techniques d’aujourd’hui, donc de la productivité la plus grande. Si comme l’a mentionné Lénine, l’impérialisme est le stade suprême du capitalisme, sa nature est de dominer. Rey a bien vu cela, lorsqu’il souligne que : à la fin de la période coloniale, la domination exercée…dans la plupart des pays sous-développés , apparait enfin dans toute sa nudité, comme la domination du capitalisme…et non plus comme la domination de telle ou telle nation sur telle ou telle nation . La domination impérialiste crée un rapport de dépendance. La division internationale du travail est l’un des traits caractéristiques de ce rapport de dépendance, comme le présente Kogon en se référant à Ziegler : le 6 juillet 1997 à Cotonou…J. Ziegler lors d’une conférence ayant pour thème « devant la toute puissance du capital, quelle chance pour le tiers-monde ? »,a dénoncé, entre autres le fait que l’Afrique, représentant 28% de la population mondiale, ne réalise que 5% du commerce international. L’Afrique est prise dans le carcan de la mondialisation de l’économie. Elle gagnerait à transformer ses matières premières agricoles plutôt que de les évacuer prioritairement vers les pays du Nord. En cette période de mondialisation de l’économie, l’Afrique est incorporée au commerce mondial en position subalterne. L’économie des pays sous-développés n’est que le complément de l’économie capitaliste et n’est développé que dans les limites de cette fonction. Il résulte de ce fait un développement économique unilatéral dans les pays africains, cantonné dans la production de quelques biens d’exportation. Il s’agit souvent de la monoproduction et de la monoculture. Celles-ci rendent les pays africains dépendants de la conjoncture économique internationale, en entrainant des tares économiques, sociales et culturelles. Comme le note Mendel« l’ensemble des échanges entre pays métropolitains et pays sous-développés qui se réduisent à un échange de produits manufacturés contre des matières premières a été organisé de façon à défavoriser systématiquement ces derniers, à l’avantage des premiers. La dépendance des pays du tiers-monde se situe, en premier lieu au niveau des échanges et l’exploitation de ces pays est décelée au travers de la détérioration des termes de l’échange. La baisse des prix des matières premières exportées par les pays africains est un des freins les plus importants à leur industrialisation. Mendel fait remarquer que périodiquement et de façon brusque, la chute des cours des matières premières« limitent les revenus de l’Etat, causant ainsi l’inflation et désorganisant ainsi la vie économique. Elle limite partout les ressources en devises étrangères indispensables à l’achat de l’équipement étranger. La politique économique occidentale envers les pays africains révèle d’un rapport de domination impérialiste. L’agriculture joue un rôle important dans les pays pauvres parce que la majorité des habitants tirent leurs revenus de la subsistance du sol. Le seul moyen dont disposent les dirigeants réellement soucieux du bien-être de leurs concitoyens pour améliorer la situation du plus grand nombre d’entre eux est d’aider les agriculteurs à accroitre d’abord, la productivité de leurs cultures alimentaires et commerciales, et ensuite, les prix auxquels celles-ci sont payés. Certes, l’augmentation de la production agricole ne profite pas à tous les ruraux. La création de grandes exploitations mécanisées à la place de petites fermes individuelles risque, d’aggraver le lot de la majorité des populations. Tout en contribuant au renforcement du bien-être rural, la production agricole, ne suffit pas par elle-même à l’assurer. La plupart des pays agricoles doivent compter sur leurs secteurs agricoles propres pour produire l’alimentation consommée par leurs populations. Les pays dotés d’un fort courant d’exportation fondé sur les ressources naturelles, telles que l’Arabie Saoudite ou la Malaisie, disposent des devises étrangères requises pour importer une large part de leur consommation. Toutefois, la majorité des pays en développement ne peuvent compter aussi fortement sur leurs recettes en devises pour nourrir leurs populations. Les agriculteurs des pays en développement doivent produire suffisamment pour assurer leur propre alimentation et celle de la population urbaine. Ainsi, l’augmentation de leurs populations doit s’accompagner d’un accroissement de la productivité agricole, faute de quoi, les termes de l’échange vont s’inverser au détriment du secteur industriel, entraînant une baisse des profits, et au bout du compte par un arrêt de la croissance.

 
JONAS ZADI
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 





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