La problématique de libération de Laurent Gbagbo, la survie du FPI et sa participation à la présidentielle de 2015. Par Ben Zahui-Degbou.

Vendredi 18 Avril 2014 - 14:34


Depuis le 29 Novembre 2011, Laurent Gbagbo est en prison à la Haye par la volonté de Nicolas Sarkozy et d’Alassane Dramane Ouattara. Objectif de nos  deux amis consistait à faire oublier leur ennemie commun par les Ivoiriens avec sa déportation en Hollande, après l’avoir torturé pendant huit mois à Korhogo, au nord de la Côte d’Ivoire. Ces deux membres en déclin de la Mafia internationale, l’un est traqué par la justice de son pays et l’autre est gravement malade, ces deux mafieux pensaient que l’éloignement de Laurent Gbagbo arrangerait leurs affaires pour un retour rapide sur investissement, après leur coup d’Etat sanglant qu’ils ont fait à crédit en Côte d’Ivoire le 11 Avril 2011. Ils pensaient également que sa présence en Hollande, très loin de la lagune Ebrié, faciliterait la réconciliation nationale. C’est cet argument fallacieux qu’ils ont fait prévaloir auprès de leurs amis des Nations Unies, donneurs d’ordres de  la CPI.

Le premier axe de la stratégie de Ouattara, conçue au bord de la Seine par les barbouzes de Sarkozy, était justement la déportation de Laurent Gbagbo à la Haye. Le deuxième axe de cette stratégie funeste, consistait à affaiblir durablement le Front Populaire Ivoirien (FPI). Dans cette optique, Ouattara a mis en prison toute la direction de cette organisation politique qui, heureusement est très bien structurée et bien organisée. C'est une vraie machine politique habituée à la lutte et seule capable de tenir tête aux tenants du pouvoir d’Abidjan et de proposer aux Ivoiriens une alternative crédible à court terme.

 

LE FPI A SURVÉCU A SON DÉMANTÈLEMENT  GRACE A LA FORCE DE RÉSISTANCE DE SES MILITANTS. SA DÉSTRUCTURATION  PAR LE RÉGIME OUATTARA A COMPLÈTEMENT ÉCHOUÉ.


 
La déstructuration du parti de Laurent Gbagbo, opérée par Ouattara était une démarche indirecte pour suspendre et mettre en veilleuse  les activités du FPI. L’objectif était très clair, il fallait le faire taire et mettre en place en Côte d’Ivoire, les fondations d’une oligarchie rétrograde au service des multinationales néocoloniales et monopolistes. Celles-ci étant bien évidemment incapables de soutenir la concurrence avec les entreprises chinoises qui gagnent davantage, chaque jour, du terrain en Eburnie, en particulier, et sur le continent africain en général. Signalons au passage qu’une bonne partie des responsables et militants du FPI  sont en exil en Afrique, en Europe et aux Etats Unis.    

 Pendant le démantèlement de la direction du parti de Laurent Gbagbo, le professeur Miaka Ouréto, avait été laissé en liberté, certainement sous-estimé par les responsables du Rassemblement des Républicains (RDR). Il a assuré sur deux ans, l’intérim de la présidence du Front Populaire Ivoirien. Ses collaborateurs et lui, ont fait plus que résister face à un pouvoir fascistes. Ils ont ressuscité de justesse le FPI qui fonctionne aujourd’hui normalement, même si ses moyens financiers restent insuffisants.

Ouattara connait bien la force du FPI. Il a une peur bleue de la formation politique de Laurent Gbagbo et refuse par conséquent, de lui donner les moyens pour qu’elle joue démocratiquement son rôle de parti d’opposition. Ce qui du reste n’est pas surprenant. En effet, depuis trois ans, les comptes bancaires des responsables du FPI et de tous ceux qui ont légitimement soutenu les institutions de la république sont gelés. Malgré tout, le parti de Laurent Gbagbo, habitué à la souffrance, à l’image de son fondateur, a su reprendre intelligemment sa place sur la scène politique ivoirienne.

 Pascal Affi N’guessan, président statutaire du FPI, très déterminé, dans sa liberté provisoire, une situation bien dissuasive pour un dirigeant d’organisation politique de ce niveau, a pu tester la popularité de son parti avec des tournées à travers le pays, du moins, dans le sud forestier. Le nord est encore une zone « réservée où les Dozos et les rebelles » font la loi. Dans l’ensemble, le FPI reste débout et est encore très populaire en Côte d’Ivoire.

L’organisation d’une convention les 22 et 23 Février dernier, pour recentrer les objectifs de la lutte et maintenir la flemme de la mobilisation au niveau des militants, est venue confirmer le nouveau dynamisme de la direction du FPI.
Il faut rappeler qu’au cours de cette dernière convention, la libération de Laurent Gbagbo a été réaffirmée par les militants et les dirigeants du FPI, comme étant la priorité dans leur stratégie de lutte, face au régime moribond  de Ouattara. La participation du FPI à la prochaine élection présidentielle de 2015 a été également abordée les 22 et 23 Février dernier. Aucune réponse ferme n’a pu être donnée à cette délicate question qui dans le fond, est intimement liée à la libération de Laurent Gbagbo, fondateur du FPI, à la survie de son parti et à l’avenir même de la Côte d’Ivoire.

LA LIBÉRATION DE LAURENT GBAGBO DE LA PRISON DE LA HAYE EST UN PRÉALABLE POUR SES PARTISANS.

 
Sa libération devient inexorablement un préalable à toute démarche en faveur de la paix dans notre pays. C’est un préalable, parce que le Front Populaire Ivoirien, parti de masse, ancré dans le socialisme, s’est construit sur le charisme, le combat et le courage de Laurent Gbagbo, pour promouvoir la démocratie, défendre les droits et les intérêts des populations qui ne jurent que par lui. Du nord au sud, de l’ouest à l’est en passant par le centre, Laurent Gbagbo garde intacte sa popularité auprès des Ivoiriens.
Il bénéficie de ce qu’on appelle en sciences de la communication, d’un pouvoir ou d’une domination charismatique. Celle-ci s’est essentiellement construite sur l’admiration que les populations ont pour lui, en sa qualité de Tribun de la Plèbe, investi de charisme et d’une mission d’auxilium (défenseur du peuple). Le sociologue allemand  Max Weber définit justement la domination charismatique comme étant : « l'autorité fondée sur la grâce personnelle et extraordinaire d'un individu. Elle se caractérise par le dévouement tout personnel des membres d’une organisation, à la cause d'un homme et par leur confiance en sa seule personne en tant qu'elle se singularise par des qualités prodigieuses, par l'héroïsme ou d'autres particularités exemplaires qui font le chef ».
Laurent Gbagbo est un Chef. C’est un leader charismatique et ses partisans lui vouent  une admiration exceptionnelle en Côte d’Ivoire, en Afrique et dans le monde. A court terme, l’avenir du parti politique qu’il a créé, dépendra nécessairement, d’un savant dosage entre les aspirations légitimes des pro-Gbagbo et l’appréciation de l’évolution de la situation sociopolitique en Côte d’Ivoire par la Direction du FPI. En l’absence même de sondages d’opinions, on peut dire, sans risque de se tromper, que pour les militants du FPI en particulier et les Pro-Gbagbo en général,  la libération du célèbre prisonnier de la Haye, est un préalable à la réconciliation nationale et à la participation du parti qu’il a créé, à l’élection présidentielle de 2015.
Dans le contexte sociopolitique actuel, le FPI n’a pas plusieurs choix devant un régime complètement désorienté, qui ne pourra que tomber au moment opportun, comme un fruit mûr, conformément à la loi de la nature. Dieu merci, Laurent Gbagbo n’est pas encore condamné. Jusqu'à preuve du contraire, il bénéficie de la présomption d’innocence et puis, la procure Fatou Bensouda qui continue de faire du faux, n’a toujours pas de preuve tangible contre lui. Dans deux mois, on saura si oui ou non Laurent Gbagbo va être jugé par la CPI.
Une analyse politique sérieuse, sur l’avenir de la Côte d’Ivoire ne peut exclure la libération de Laurent Gbagbo, soutenu par un peu plus de la moitié des Ivoiriens. Si les « Grands décideurs » de ce monde, ne le libèrent pas, ne serait-ce que provisoirement avant la présidentielle de 2015, il sera difficile à ses partisans d’accepter la participation du FPI à cette échéance électorale. Ce sera impossible à la direction du Front populaire Ivoirien d’envisager une démarche contraire à cette thèse, compte tenu de la situation sociopolitique générale morose du pays qui subit encore les conséquences du coup d’Etat du 11 Avril 2011. La Côte d'Ivoire n'en est pas encore sortie.

PARTICIPER A L'ÉCHÉANCE DE 2015 CONSTITUERAIT UNE DÉMARCHE CONTRE NATURE POUR LÉGITIMER UN POUVOIR MORIBOND.

Les conditions d’une élection juste, équitable et transparente ne sont pas encore réunies en Côte d’Ivoire. Le nord du pays est toujours occupé par les Dozos et les milices tribales de Ouattara. La Commission Électorale Indépendante (CEI) qui était encore composée en majorité de représentants des mouvements rebelles, vient de connaître un  « toilettage artificiel » sur mesure qui ne fait qu’amplifier, la suspicion légitime de fraude sur le pouvoir. Et puis, Ouattara a déjà créé un fichier électoral, voire même, mis en place un bétail électoral, sur la base d’une naturalisation massive des ressortissants de la région ouest africaine notamment du Burkina Faso. Aller à l’élection présidentielle de 2015, constituerait pour l’opposition, une démarche contre nature pour légitimer un pouvoir en agonie qu’il faut laisser mourir de sa propre mort. C’est une question de temps. Le FPI doit attendre dans la sérénité, continuer à travailler, à  s’organiser et à  réfléchir sur les erreurs du passé pour construire l’avenir de la Côte d’voire.
Aujourd’hui, la présence de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, est plus que nécessaire dans les conditions actuelles d’incertitudes. Avec une réconciliation nationale boiteuse, impossible sans le natif de Mama  et un Ouattara (gravement malade) dont le corps astral a déjà entamé un voyage de non retour, vers le monde invisible, depuis le 8 Février 2014. Pour rappel, c’est ce jour-là que les Ivoiriens ont officiellement compris, après son opération chirurgical qui a duré 04 heures 37 minutes, pourquoi Ouattara passait trois semaines sur quatre dans le pays de sa femme.
Si  Laurent Gbagbo libre, venait à parler à tous les  Ivoiriens, dans des termes dont lui seul a les secrets, notre pays aurait alors une chance réelle d’aller à une vraie réconciliation nationale avec tous les enfants de la Côte d’Ivoire, y compris ceux qui l’ont vendu aux « Blancs », incarnés par Ouattara, Bédié et leurs suiveurs. Il faut les comprendre.  Ces derniers sont obligés d’assurer leur part de responsabilité dans le contrat de vente de la Côte d’Ivoire aux multinationales françaises. C’est avec leur complicité que, Sarkozy a fait son coup d’Etat en Côte d’Ivoire le 11 Avril 2011. On comprend alors aisément, l’entêtement de ce tandem de raison Bédié-Ouattara, à se maintenir au pouvoir contre vents et marée. Ils n’ont pas le choix. C’est la Mafia et ils ne peuvent pas en sortir.
Aimé Henri Konan Bédié, lui-même, est complètement dépassé par les événements. Avec son âge très avancé et son état de santé qui se dégrade de jour en jour, Bédié qui a toujours du vent dans les voiles, se maintient malheureusement, à la tête du PDCI, maltraité au sein du RHDP, une alliance contre nature, dont l’avenir ne peut qu’être incertain avec un Ouattara lui aussi gravement malade et notoirement incapable de diriger le pays. Pour des observateurs neutres de la vie politique ivoirienne, Laurent Gbagbo reste encore, malheureusement pour ceux qui ne l’aiment pas, et heureusement pour une grande majorité d’Ivoiriens, le seul recours crédible, pour l’instauration d’une paix durable en Eburnie. Il a montré, pendant onze ans, sa capacité à se surpasser et à faire des sacrifices au nom de la paix. Soro Guillaume et Hamed Bakayoko qui se livrent en ce moment une guerre fratricide, pour succéder à leur chef de guerre en fin de règne, ne diront jamais le contraire. Ils ont certainement compris que leur bienfaiteur d’hier, « leur père » même en prison à la Haye, est présent, chaque jour que Dieu fait, sur la scène politique ivoirienne qu’il impacte avec  sa popularité grandissante.
Quelques membres démesurément ambitieux de l’élite politique du Front Populaire Ivoirien et d’anciens proches collaborateurs de Laurent Gbagbo qui se sont énormément embourgeoisés pendant une décennie et qui, pour des raisons alimentaires, ont fait allégeance à Ouattara, ont voulu faire de son vivant, « l’oraison funèbre » de celui qui a fait leurs promotions et les a presque imposés aux Ivoiriens. Ils n’avaient pas forcement plus de mérite que d’autres. Beaucoup d’entre eux, ont bénéficié de la géopolitique de Laurent Gbagbo. Inutile de citer des noms. Vous les connaissez. Aujourd’hui, il y en a qui se débattent tous les jours, comme de beaux diables. Mais, personne ne les écoutent. Sans le spectre reluisant de Laurent Gbagbo derrière leurs images devenues désespérément pâles, ils ne sont plus crédibles et ne représentent plus rien politiquement. Même  Ouattara ne les « calcule » pas (ne les considère pas).

Le leadership, l’histoire, le parcours, le charisme, l’aura et la popularité de Laurent Gbagbo, devenu le symbole de la lutte pour la dignité et la souveraineté de l’Afrique, restent encore le ciment de l’unité et de la confiance entre le peuple ivoirien et le FPI. C’est une réalité  dont il faut tenir compte pour garder une belle convergence de vues et d’analyses politiques par rapport à 2015, entre les structures nationales, la Coordination des exilés, les mouvements de résistance patriotique et les militants du FPI. Contrairement à ce que disent et écrivent à profusion, des pseudos spécialistes de la Côte d’Ivoire, derrière les professions de foi, sur la libération de Laurent Gbagbo, qui n’est pas un simple slogan, Pascal Affi N’Guessan et la direction du FPI, n’ont pas d’agendas secrets, en dehors des aspirations légitimes des pro-Gbagbo qui n’attendent que le retour au pays de leur leader. Aboudramane Sangaré, Assoa Adou, Miaka Ouréto, Laurent Akoun, Douati Alphonse, Dédi Séry, Ghaoulé Oupoh et Jacob Ahoua Don Mello, pour ne citer que ceux-là, ne trahiront jamais Laurent Gbagbo.

 

BEN ZAHOUI-DEGBOU
Géographe, Journaliste Spécialiste de Géopolitique et de
Médiation Institutionnelle.




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