La justice internationale et ses grosses plaies/ Un juge de la Cpi révèle : «Nous sommes soumis aux puissants»

Samedi 20 Juillet 2013 - 06:13


La justice internationale et ses grosses plaies/ Un juge de la Cpi révèle : «Nous sommes soumis aux puissants»
Le confrère français, L’Express , a trouvé la bonne formule : «Jolie coup de glaive dans l’eau» . C’est la note du journal qui sanctionne le bilan de la Cpi, à l’issue d’un entretien avec la procureure Fatou Bensouda, le mercredi 17 juillet 2013. La magistrate d’origine gambienne a de quoi ne pas s’enorgueillir de sa toge depuis maintenant un peu plus d’un an qu’elle remplace le juge argentin, Luis-Moreno Ocampo. Et pour cause, créée en 2002, pour jouer les épou - vantails face aux seigneurs de guerre qui font un pied de nez à la démocratie, la Cour pénale internationale (Cpi) n’a eu que quelques têtes farcies pour gar - nir la potence. Y ont figuré, le Congolais Jean-Pierre Bemba, le Libérien Charles Taylor, l’Ivoirien Laurent Gbagbo. Sont épinglés le Kenyan Francis Muthaura, les Congolais Thomas Lubanga et Mathieu N’Gudjolo. Le Soudanais Oumar El-Béchir et le Libyen Saïf Al-Islam, le Kenyan Uhuru Kenyatta n’ont pas encore composté leurs tickets tous pour des raisons de ‘’coopération’’. Tous des Africains. Victime de ses enquêtes «bâclées» , et ses «preuves insuffisantes» , ce ne sont pourtant pas les moyens
qui ont fait défaut à la Cpi. Pour ce qui concerne la Côte d’Ivoire, les successifs procureurs de l’institution ont défilé dans ce pays avec des moyens colossaux. Mais « les limiers maison parviennent souvent trop tard sur les lieux des crimes», ironise l’Express . Pour peu qu’on puisse dire, les fruits sont loin d’avoir tenu la pro - messe des fleurs. Ce, malgré que les bonnes saisons qui se sont succédé. Ce qui vaut à la Cpi d’être prise à partie par les dirigeants du continent qui ne cessent de râler contre sa «justice raciale» . Autres plaies d’Egypte, la Cour est trop dépendante. Trois des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'Onu, tuteur de fait, restreignent son champ d'action. Jamais la Russie ne la laissera s'aventurer en Tchétchénie ou en Syrie. Pékin ne tolérera pas la moindre "ingérence" au Tibet ou chez les alliés nord-coréens ou sri-lankais. Les Etats-Unis? Si l'administration Obama a rompu avec le pilonnage de l'ère Bush, on l'imagine mal avaliser une enquête portant sur la conduite de ses Généraux en Irak et en Afghanistan. Encadrer la laborieuse traque de l'Ougandais, Joseph Kony, gourou sanguinaire de l'Armée de résistance du Seigneur (Lra), soit ; œuvrer au transfert à La Haye, via le Rwanda, du Congolais Bosco Ntaganda, d'accord. De là à cautionner une démarche incriminant Israël...  Relate l’Express . Une posture anachronique pour une juridiction internationale censée traquer les mauvais joueurs et rétablir la justice. Ce n’est pas tout, il y a aussi et surtout ce pian que traîne la Cpi dont les effluves pestilentielles n’ont pas échappé à un des juges qui a fini par perdre haleine. «Une hypocrisie énorme, peste un magistrat chevronné. Voyez le cas libyen : en 2011, on nous somme d'inculper Mouammar Kadhafi, pour nous lâcher en rase campagne dès sa chute. Notre juridiction paie au prix fort sa soumission aux puissants.» Aujourd'hui, Tripoli refuse de livrer Seïf al-Islam, fils et dauphin du Guide défunt, ainsi que l'ancien chef du renseignement de la Jamahiriya, écrit le confrère. Mais il n’y pas que le cas libyen. Dimanche 14 juillet 2013, alors qu’il est recherché par la Cpi, Oumar El-Béchir effectue une visite au Nigeria à l’invitation des autorités de ce pays. Et malgré toutes les injonctions, le dirigeant soudanais a mené sa visite à terme, avant de rentrer tranquillement chez lui après les honneurs militaires. Au grand dam des organismes de défense des victimes, dont Elise Keppler, directrice adjointe du programme justice internationale de Hrw, qui a qualifié la venue de Béchir d'«affront aux victimes» du Darfour. Et de pour - suivre : «Le Nigeria s'est distingué de manière honteuse en devenant le premier pays d’Afrique de l'Ouest à accueillir le Président soudanais qui fuit la Cpi» . Ironie du sort, le Nigeria est partie signataire du Traité de Rome, lui qui n’a pas daigné remplir sa part de contrat vis-à-vis de la Cpi. Peut-être un acte de sauvetage que tente de poser Good-Luck Jonathan avec un grand regret d’avoir été des boyscouts de la campagne ivoirienne qui a débouché sur l’arrestation et le transfèrement du Président Laurent Gbagbo à La Haye. Mais avant le Nigeria, le président Béchir s'est déjà rendu dans des États parties à la Cpi tels que le Tchad, Djibouti et le Kenya. Sauf l'Afrique du Sud et le Botswana continuent à ce jour de ne pas le recevoir.

Simplice Allard

Source: LG Infos N ° 4 9 2 D U V E N D R E D I 1 9 J U I L L E T 2 0 1




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