La dérive inquiétante du régime Ouattara/ «ADO Solution» ou «Solution finale» ?

Vendredi 10 Août 2012 - 06:42


La dérive inquiétante du régime Ouattara/ «ADO Solution» ou «Solution finale» ?
Depuis la fin de l’opération militaire franco-onusienne qui l’a porté au pouvoir, Alassane Ouattara n’est pas pressé de donner un contenu concret au processus de réconciliation nationale si attendu. Bien au contraire, il s’entête à mener une guerre totale à ses adversaires d’hier sans se préoccuper outre mesure des tensions postcrises qui minent dangereusement le climat politique dans le pays.
D’avoir conquis, dans les conditions que l’on sait, le pouvoir tant convoité ne le satisfait pas. Il rêve de liquider totalement ceux qui ont osé s’opposer à lui dans le scrutin présidentiel âprement disputé de novembre 2010. L’acharnement avec lequel Ouattara agit encore aujourd’hui envers ses adversaires d’hier laisse à penser que son slogan de campagne « Ado Solution » cachait en réalité un projet d’inspiration hitlérienne : la « Solution finale » (endlösung) par laquelle Adolf Hitler voulait exterminer le peuple juif pendant la seconde guerre mondiale. Le régime Ouattara s’efforce d’appliquer cette « solution finale» essentiellement sur trois fronts : militaire, administratif et politique.


Sur le front militaire


Avant son accession au pouvoir, Alassane Ouattara a tout mis en oeuvre pour se faire adouber par les Forces de défense et de sécurité (FDS) régulières de Côte d’Ivoire, en vain. Pendant toute la période de division du pays en deux zones (2002-2010), Ouattara a usé des moyens de la corruption, de l’intimidation et même de l’appel à la fibre ethnico- religieuse,
pour s’attirer les faveurs des militaires, gendarmes et policiers ivoiriens. Il n’y est guère parvenu à part le ralliement de quelques officiers. Il s’est chaque fois heurté à la loyauté sans faille et à l’attachement ferme des FDS aux valeurs de la République ainsi qu’à la personne du chef de l’Etat qui les incarne. Pour contourner cet obstacle, il a décidé de former pour son compte personnel une armée de miliciens, de chasseurs traditionnels dozos et de tirailleurs issus de toute la sous-région ouest africaine et au-delà. Il a pu ainsi lever avec les forces nouvelles de Guillaume Soro, une armée parallèle de plus de 75.000 hommes, y compris les éléments du « commando invisible » du sergent- chef Ibrahim Coulibaly alias Major IB. Cette armée parallèle de 75.000 hommes découle d’un simple calcul arithmétique fait par les conseillers de Ouattara. Il s’agit d’opposer à l’effectif d’ensemble des FDS de Côte d’Ivoire (environ 53.000 hommes), un effectif supérieur de manière à contrebalancer le rapport de force militaire en faveur du camp Ouattara. Alassane Ouattara a cru qu’une fois au pouvoir, il lui serait loisible de liquider les forces régulières de Côte d’Ivoire, qualifiées à dessein de « forces pro-Gbagbo » et d’instituer en leur lieu et place, cette armée parallèle totalement acquise à sa cause. Il a pris à cet effet en mars 2011, un décret baptisant pompeusement cette armée parallèle de « forces républicaines de Côte d’Ivoire » (FRCI) sans doute en référence à son parti, le Rassemblement des républicains (RDR). L’armée est toujours l’émanation du peuple. Celle de Ouattara n’étant pas, à l’évidence, l’émanation du peuple ivoirien, on comprend qu’elle se comporte comme une armée conquérante vis-à-vis de la population ainsi que des forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire.
 

Sur le plan administratif
 
La même idée est en cours sous la forme d’une implacable chasse aux sorcières dans l’administration publique : dégager de tous les postes de responsabilité et de toutes les positions dites juteuses, les hommes et les femmes suspectés de quelque sympathie pour le camp Gbagbo. Tous ceux qui ont d’une manière ou d’une autre servi le régime Gbagbo sont mis à l’écart au profit des personnes du sérail Ouattara : licenciement massif à la Sotra, à la RTI et surtout au Port autonome d’Abidjan. Le but de cette chasse aux sorcières outrageusement qualifiée de « rattrapage ethnique » est bel et bien d’appliquer la même « Ado solution finale » dans l’administration publique. Exit les militants et sympathisants FPI/LMP. On licencie sans préavis ; on remplace à tours de bras les indésirables ; on nomme ici et là des gens, non pas pour leur compétence technique, mais pour leur appartenance ethnique ou pour leur affinité politique pro-RHDP.
C’est dans le même esprit qu’il est procédé au recensement des agents de la Fonction publique, au moment où les membres et sympathisants de LMP/FPI sont, soit encore terrés par peur des exactions, soit en fuite devant les actes de violence post-électorale. On précipite l’organisation des concours d’accès à la Fonction publique sans attendre que la décrispation du climat politique permette aux adversaires d’hier d’y prendre part. Ouattara veut en fait une nouvelle administration publique totalement « nettoyée » et « aseptisée ». C’est sans doute cela la vraie signification du slogan « Ado solution » qui n’est rien d’autre qu’une « solution finale » d’inspiration hitlérienne.


Sur le plan politique


Ici aussi le nouveau régime ivoirien issu du 11 avril 2011 reste dans la même logique de la guerre totale contre ses adversaires. Ouattara cherche en réalité à liquider deux générations de l’élite dirigeante de LMP/FPI. Qu’ils soient en prison ou en exil, il s’agit de traquer les membres du camp Gbagbo jusque dans leur dernier retranchement. Contre ceux qui sont déjà en prison, il engage des poursuites judiciaires sous des chefs d’accusation aussi surréalistes que surprenants : atteinte à la sûreté de l’Etat, constitution de bandes armées, rébellion, viols, vols en association, pillage de biens, xénophobie, génocide,
etc.
Contre ceux qui sont en exil, il lance tous azimuts des mandats d’arrêt internationaux visant surtout les anciens ministres et dirigeants de LMP/FPI en exode dans les pays de la sous-région : Ghana, Togo, Bénin, Liberia, Guiée, etc. Il n’hésite pas à harceler ses homologues chefs d’Etat de ces pays pour obtenir que les personnalités politiques ivoiriennes soient extradées les une après les autres : Lida Kouassi, Koné Katinan, Emile Guiriéoulou, etc.
Ouattara ne veut avoir aucun adversaire politique en vie ou en liberté. Il ne veut surtout pas d’une opposition démocratique susceptible de lui faire la moindre critique, si ce n’est celle qu’il entend tailler lui-même sur mesure et à sa convenance. C’est d’ailleurs ce que traduit si vertement Amadou Soumahoro, le secrétaire général de son part, le RDR lorsqu’il déclare que « tous ceux qui s’opposent à Alassane Ouattara se retrouvent au cimetière » ou précise encore avec cynisme qu’il faut « nettoyer » et « aseptiser » le pays de tous ces gens du FPI. On comprend pourquoi, sans attendre la réconciliation nationale, il a fallu précipiter les élections législatives. On veut donner à Ouattara une assemblée nationale « nettoyée » de tout représentant de l’opposition FPI-LMP. On s’apprête du reste à faire de même pour les diverses élections locales à suivre afin d’éviter que des adversaires politiques ne viennent y prendre part. Toujours sur le plan politique, c’est la même logique qui sous-tend le génocide du peuple Wê dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire. Pour le régime des « rattrapeurs », il s’agit de favoriser un repeuplement programmé de cette vaste région forestière à des fins politiques et économiques.
En d’autres termes, il s’agit d’offrir un immense domaine foncier aux nouveaux paysans issus de l’immigration malienne et surtout burkinabé en remplacement de la population locale qui a accordé majoritairement ses faveurs électorales à Laurent Gbagbo. Il considère que ces nouveaux planteurs d’origine burkinabé seront immanquablement ses obligés et donc une future clientèle politique sûre.
C’est en ayant cet objectif bien à l’esprit que Ouattara et ses hommes liges Hamed Bakayoko et Paul Koffi Koffi, ont ordonné les récentes offensives des FRCI et des miliciens dozo contre de prétendues infiltrations d’éléments libériens pro-Gbagbo dans l’Ouest du pays : à l’Ouest, on nettoie et on aseptise à volonté jusqu’à la solution finale.

Une contribution de
Moussa Bakary Kélégou
Université de Cocody
 
Source : Notre Voie N°4201 du jeudi 9 août 2012




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