La bataille mondiale des mines

Pas moins de 34 morts le 16 août chez les mineurs de platine de Marikana (Afrique du Sud) en grève pour obtenir de meilleurs salaires ; le premier ministre indien, Manmohan Singh, accusé le 17 août d'avoir concédé des mines de charbon sans enchères, ce qui aurait privé de 27 milliards d'euros le budget du pays ; la mine bolivienne d'argent de Malku Khota du canadien South American Silver nationalisée le 2 août par le gouvernement d'Evo Morales, désireux de "récupérer le contrôle de ses ressources naturelles"... le secteur minier demeure en effervescence.

Lundi 10 Septembre 2012 - 06:37


La bataille mondiale des mines
Tout est énorme dans les mines. La croissance phénoménale de la Chine n'aurait pu avoir lieu sans les minerais (fer, cuivre, alumine, etc.) dont elle est le premier importateur mondial pour fabriquer massivement téléphones portables, voitures, câbles électriques ou rails.
Enormes sont les dégâts causés par les rejets de ces excavations qui menacent jusqu'au corail de la Grande Barrière australienne, mais aussi par les bouleversements sociaux que provoquent ces exploitations hors normes.
Enormes enfin sont les sommes dépensées pour des exploitations qui mettent dix ans à se concrétiser et requièrent en moyenne 350 millions de dollars et jusqu'à 20 milliards (Olympic Dam en Australie ou Simandou en Guinée).
La mine est un monde d'extrêmes, avec des engins capables de remuer 10 tonnes de terre d'un coup, mais aussi des hommes qui mettent deux heures pour gagner le front de taille d'une mine d'or sud-africaine à 3 000 mètres de profondeur ou qui perçoivent 55 centimes d'euros par jour pour chercher des diamants en Sierra Leone.
On comprend que le partage de ce pactole fasse l'objet de rapports de forces féroces entre les acteurs de ce théâtre souterrain : les gouvernements tentent d'obtenir des compagnies minières plus de recettes pour leur budget et plus d'emplois pour leur population.
Confrontées à des risques géologiques et politiques majeurs, les compagnies se battent bec et ongles pour préserver une marge d'au moins 15 %. On a vu leur combativité en Australie, en 2010, où elles parvinrent à faire chuter le premier ministre travailliste Kevin Rudd, qui voulait taxer à 40 % leurs profits exceptionnellement élevés. Il leur a pour cela suffi d'annoncer le gel de 186 milliards de dollars d'investissements !
Face aux mastodontes comme les anglo-australiens BHP-Billiton, Rio Tinto ou le brésilien Vale, les pays petits et pauvres ne pèsent guère, avec des budgets vingt fois inférieurs aux bénéfices de ceux-ci (23 milliards de dollars de bénéfices pour BHP en 2011). D'où une immense frustration que Jean Ping, le président de la Commission de l'Union africaine, soulignait en novembre 2011 : "Certaines parties concernées, notamment les communautés locales, sont loin d'y trouver leur compte, comme le montre amplement l'étendue de la pauvreté en Afrique." Car les recettes des Etats exportateurs de minerais sont loin d'avoir quintuplé, comme les prix du fer ou de l'or en dix ans.
"Comment voulez-vous qu'un gouvernement sans géologues ni fiscalistes spécialisés fasse le poids devant les escouades de juristes que les grandes compagnies embauchent pour rédiger des contrats miniers de 300 pages ? ", demande Patrice  Christmann, responsable de la division Stratégie de ressources minérales au BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) français.
De plus, les gouvernements des pays en développement se lancent souvent dans des surenchères suicidaires pour attirer les investisseurs. L'appendice I du "Rapport du groupe d'études international sur les régimes miniers de l'Afrique" (novembre 2011) illustre ce qui rend impossible un partage équitable des recettes. Aux questions : "Les textes de loi sur les mines ont-ils intégré des exigences environnementales ?" ou "Existe-t-il un document définissant la politique sociale applicable au contexte des activités minières ?", la réponse pour le Gabon est toujours "non".
La solution ? La première serait de conserver les mines dans le giron de l'Etat. Problème : les pays pauvres n'ont pas les fonds nécessaires pour développer des mines.
La deuxième est celle préconisée par le Parti québécois (PQ, opposition, indépendantiste), qui a promis, s'il remporte les élections provinciales du 4 septembre, d'alourdir les redevances et de créer une taxe de 30 % sur les profits excédant un "rendement normal". Les recettes en seraient multipliées par six.
La troisième solution consiste à persuader la compagnie de transformer sur place une partie du minerai. C'est la solution formulée en juin par la sénatrice chilienne socialiste Isabel Allende, qui s'opposait à ce que son pays concède ses gisements de lithium et prônait "une politique de valeur ajoutée contribuant au développement du Chili".
La quatrième, utopique, est avancée par l'expert sud-africain Paul Jourdan : faute de pouvoir en tirer une valeur ajoutée suffisante, l'Afrique devrait laisser ses ressources minières dans son sol en attendant de pouvoir en profiter...
Une cinquième solution serait d'aider les gouvernements à tenir tête aux compagnies en se dotant de codes miniers efficaces et de contrats types prévoyant par exemple une prise de participation publique dans le capital de la mine (jusqu'à 40 % au Botswana) ou des retombées pour la communauté locale (9 % des recettes au Ghana). Telle est la voie choisie par des pays comme la Mauritanie ou la Tanzanie, appuyés par la Banque africaine de développement et la Banque mondiale.
Mais enrichir un Etat minier, améliorer l'environnement des mines, les salaires des mineurs et la vie des populations concernées a un prix qui se répercutera en cascade sur les coûts d'exploitation, le prix des minerais et celui des produits finis. Qui osera s'en plaindre ?

Alain Faujas

Source:
Le Monde.fr




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !