La France dénonce des symptômes inquiétants

Dans son dernier numéro, l’hebdomadaire Jeune Afrique publie les propos de Christian Bouquet, un ancien conseiller des ambassadeurs de France accrédités en Afrique et dans l’Océan Indien dans lesquels celui-ci évoque ouvertement des symptômes inquiétants au moment où se prépare la présidentielle de 2015.

Samedi 30 Août 2014 - 13:44


Finalement, y a que Ouattara pour qui le processus électoral actuel est inédit de transparence. Christian Bouquet, ancien conseiller des Ambassadeurs de France accrédités en Afrique et dans l’Océan Indien et spécialiste de la Côte d’Ivoire ne semble pas autant rassuré que le chef de l’Etat ivoirien. Interrogé par l’hebdomadaire Jeune Afrique, ce spécialiste plutôt assez compréhensif à l’égard de Ouattara, redoute tout de même des symptômes inquiétants dans l’organisation du scrutin de 2015. Ces symptômes doivent probablement lui rappeler ce qui s’est passé en 2010 où la France a dû sortir ses bombes, après que diverses cristallisations aient été faites autour de la commission électorale indépendante. Or, cinq années plus tard, le clan Ouattara est toujours décidé à noyauter la CEI. C’est pourquoi pour Christian Bouquet, les conditions d’un scrutin ne sont pas réunies, malgré les mots rassurants du chef de l’Etat sur plusieurs points lors de son entretien télévisé, le 6 août 2014 « (…) Les préparatifs de cette élection montrent encore quelques symptômes inquiétants pour la démocratie. Le temps nécessaire pour mettre en place la Commission électorale indépendante (CEI), par exemple, est en particulier significatif ». Le front populaire ivoirien y a déjà désigné son représentant, mais rien n’est encore joué et la majorité des militants veulent voir celui-ci être carrément retiré. Un comité central se penche demain samedi sur la question. En attendant, Pascal Affi N’guessan est en campagne auprès des hiérarques du RHDP pour obtenir la présidence de l’institution, ce qui provoque, là aussi, les inquiétudes de Christian Bouquet. Cela dit, le cafouillage réside également  autour de la candidature unique dans la coalition des houphouëtistes. De nombreux sons discordants ajoutés à l’activisme du député de Port- bouët, KKB,  ont jeté le doute sur la réalisation d’un tel projet qui tient pourtant tant à cœur à Alassane Ouattara, pas toujours rassuré de gagner en y allant seul.
Christian Bouquet s’inquiète aussi du boycott probable du FPI dont le fondateur est emprisonné à la cour pénale internationale malgré des preuves en deçà des standards habituels. Ce harcèlement contre le clan Gbagbo alors que les chefs de guerre, alliés à Ouattara, et leurs élites sont toujours en liberté, empoisonne l’ambiance interne au front populaire ivoirien. Mais le contentieux électoral de 2010 reste aussi l’une des grandes inquiétudes du français. Car comme le répète le président Gbagbo lui-même, des millions d’Ivoiriens veulent savoir qui a remporté la présidentielle de 2010, d’autant qu’Alassane Ouattara a refusé le recomptage des voix et que sa victoire a finalement été imposée par l’armée française. D’ailleurs, certains cadres du FPI qui réfutent  l’entrée du parti à la commission électorale indépendante considèrent que le faire c’est reconnaître que Ouattara a vraiment gagné les élections… Bref, tous ces problèmes ne permettent pas d’envisager des élections générales apaisées en Côte d’Ivoire. Mais Christian Bouquet n’a pas évoqué le contexte sécuritaire qui, à quelques mois de 2015, continue de préoccuper la classe politique. Il ya quelques jours, le président de Lider Mamadou Koulibali, ancien transfuge du FPI, a publiquement dénoncé l’existence d’une armée parallèle de 5000 personnes exclusivement dévouée au chef de l’Etat. En Côte d’Ivoire, la plupart des jeunes enrôlés dans la rébellion sont encore armés. Certains parce qu’ils représentent cette armée  parallèle, d’autres parce qu’ils n’ont pas été enrôlés dans l’armée régulière comme cela leur avait été promis. D’ailleurs signe des temps, le président du FPI en tournée politique dans le nord du pays s’est vu interdire l’entrée dans plusieurs localités du nord par les pontes du régime. Qu’en sera-t-il lorsqu’il s’agira de battre campagne ? Pour rappel, pendant la présidentielle de 2010, tous les partisans de Laurent Gbagbo avaient été chassés des villes et ses représentants séquestrés dans les bureaux de vote. En leur absence, les partisans de Ouattara avaient procédé au bourrage des urnes ; ce qui avait justifié l’annulation des votes dans certaines régions du nord. Dans un tel contexte où l’envie d’un deuxième mandat de Ouattara est manifeste et potentiellement dangereux pour ses adversaires, comment aller à des élections apaisées ?

Sévérine Blé
Source: Aujourd’hui / N°714 du vendredi 30 août 2014




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