La Côte-d’Ivoire peut-elle devenir un pays émergent à l’horizon 2020 sans les pro-Gbagbo ?

Vendredi 4 Janvier 2013 - 11:27


La Côte-d’Ivoire peut-elle devenir un pays émergent à l’horizon 2020 sans les pro-Gbagbo ?
Depuis son accession à la magistrature suprême dans les conditions que nous savons tous, le président Alassane Ouattara ne cesse de prononcer des discours dans lesquels il entend faire de la Côte-d’Ivoire un pays émergent à l’horizon 2020. Une belle et louable initiative.  Mais peut-il parvenir à ses fins dans un pays dont le tissu social est complètement déchiré et où la réconciliation nationale tant souhaitée est au point mort ?
                        Le développement veut dire quitter un point A supposé en déphasage avec les réalités du moment pour aller vers un point B qui épouse l’air du temps. En d’autres termes, c’est une évolution vers un stade plus avancé. Dans l’histoire des peuples africains, le souci d’aller en avant animait les hommes de cette époque. C’est ainsi que de l’époque de la pierre taillée, ils ont senti le besoin d’évoluer pour arriver à l’époque de la pierre polie. Comme on le constate, tout peuple a un génie de développement en lui. Seulement, il faut en prendre conscience et rassembler les forces en présence pour y arriver.
                        La Côte-d’Ivoire a des atouts économiques, des potentialités et des hommes qu’il faut pour amorcer un développement fulgurant. Mais les nouvelles autorités ivoiriennes sont en déconnexion totale d’avec la réalité. On ne peut pas sortir d’une crise aussi grave que celle qu’a connue la Côte-d’Ivoire sans panser véritablement les plaies et commencer à déborder d’enthousiasme. C’est faire preuve d’amateurisme et aussi sauter les deux pieds joints dans l’inconnu. Devant l’ampleur des dégâts causés par cette crise, il serait plus sage d’être serein et sobre dans l’exercice de ses fonctions présidentielles en se mettant au-dessus de la mêlée pour apaiser tous les cœurs. Cette entreprise machiavélique de diaboliser les pro-gbagbo n’est pas faite pour arranger les choses. Même si les pro-gbagbo sont ceux qui se trouvent le plus souvent au banc des accusés, il n’est pour ainsi dire aucun pro-ouattara qui échappe aux critiques. S’abandonner à un comportement bestial n’est pas seulement du fait des pro-gbagbo. Les pro-ouattara y sont pour beaucoup. En 2002, au début de la rébellion, ce sont ces derniers qui se sont attaqués aux biens et aux personnes en premier. D’où vient que les pro-gbagbo sont les seuls habités par le Satan ?
                        Nous sommes donc tous coupables de ce qui arrive à notre pays. Chacun de nous a posé un acte négatif. Faire payer tous les crimes que par les seuls pro-gbagbo, c’est faire preuve de cécité politique et aller au suicide politique. Nous estimons qu’en l’état actuel des choses qu’il faille mettre balle à terre. Qu’on le veuille ou non, les pro-gbagbo constituent une frange importante de la société ivoirienne. Selon la communauté internationale, et non selon le conseil constitutionnel ivoirien, aux dernières élections présidentielles, les pro-gbagbo avaient fait un score de plus de 46%, ce qui n’est pas du tout négligeable. Il faut donc tenir compte de leurs desiderata dans le processus de recherche de la paix et de la réconciliation. Vouloir démarrer le train de la réconciliation sans eux, comme le souhaitent les va-t’en guerre d’Alassane Ouattara, est suicidaire.
                        Quand on sait que dans ce pays l’exclusion, dit-on, est à la base de la rébellion de 2002, peut-on encore créer des frustrés ? Si on en crée, ils passeront par tous les moyens pour déstabiliser le pays. Voilà ce à quoi nous sommes confrontés. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Il est difficile de  ne pas déroger à la règle. Dans un pays instable, aucun investisseur  ne viendra mettre son argent quel que soit son amitié avec le président en place. Les différentes attaques perpétrées ces derniers temps mettent à mal la situation économique de notre pays. Dans ces conditions, comment peut-on devenir un pays émergent ?
                        Les occidentaux qui créent les situations de crise dans les pays africains pour piller nos richesses ont mis Gbagbo et ses partisans dans cette mauvaise posture. De l’autre côté, on applaudit, on rit et on est content. On oublie parfois que ce qui arrive à Gbagbo  peut arriver à Ouattara. L’imprévoyance et la légèreté de notre politique sous nos tropiques nous rendent complice des déstabilisateurs de nos pays. Celui qui se fie aux occidentaux, paie le prix de sa vie. La nébuleuse communauté internationale souffle le chaud et le froid et vagabonde au gré de ses intérêts. La récente actualité en Centrafrique doit nous interpeller dans nos agissements. Le président François BOZIZE est arrivé au pouvoir au terme d’une rébellion soutenue par les occidentaux. Aujourd’hui, une autre rébellion est née et demande la tête de BOZIZE. Ses cris de détresse pour le sortir du bourbier centrafricain semblent tomber dans les oreilles de sourd. Ses alliés d’hier, par la voix du président français, François HOLLANDE, font remarquer que l’armée française n’est pas là pour protéger un régime mais pour protéger les ressortissants français et les intérêts français. Le temps où la France s’immisçait dans les affaires africaines est révolu. A-t-il  conclu. Qui sème le vent, récolte la tempête, dit l’adage. Pour sauver son trône, le président centrafricain est obligé de sacrifier son peuple au profit de la France en bradant les richesses du pays. Voilà la triste réalité. C’est l’implacable destin des hommes utilisés par l’occident en Afrique.
                        La Côte-d’Ivoire est ligotée, étouffée. Si on n’y prend garde, la cocote minute risque d’exploser. La traque des pro-gbagbo se poursuit, la pratique de l’ethnocentrisme et le rattrapage ethnique sont en vogue. Peut-on évoluer en agissant ainsi ? Sans une réconciliation vraie et sincère, Ouattara construit, en vain, sur du sable mouvant. Pour cela, il est impérieux de libérer tous les prisonniers du fait de la crise ivoirienne et faire revenir tous les exilés. Travailler en sorte que la Côte-d’Ivoire retrouve son lustre d’antan avant de se projeter dans l’avenir. Ce n’est pas en créant la misère en augmentant le prix du carburant et du gaz domestique que l’argent circulera pour le bonheur des ivoiriens. Le silence du peuple ne signifie pas que le pays est au travail sous Ouattara. Cela signifie aussi que le peuple observe, jauge, juge et tranchera.
                        Au regard des contradictions internes à la Côte-d’Ivoire et de certains faits sur la scène internationale, Le président Alassane Ouattara doit créer les conditions de paix et de cohésion sociale, fédérer toutes les énergies positives et les projeter vers le développement. Faute de quoi, la Côte-d’Ivoire pays émergent à l’horizon 2020 n’est qu’un leurre

Gilbert KOIME
gilbertkouame@yahoo.fr




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