La Côte d’Ivoire face au procès de la honte

Mardi 30 Décembre 2014 - 15:39


Silmone Gbagbo dans le box des accusés
Silmone Gbagbo dans le box des accusés
Pas très souriant le conseil de l’ex-première dame Simone Gbagbo qui affirme être inquiet au sortir de la première journée du procès en assises intenté contre 83 personnalités proches de Laurent Gbagbo. A juste titre d’ailleurs. Me Rodrigue Dadjé a, lui aussi, supporté des mois de détention à la DST, fin 2013 lorsqu’il rentre de Paris et demande à entrer en contact avec sa cliente, en l’occurrence Simone Gbagbo alors internée dans le goulag d’Odienné. Il connait donc les méthodes du pouvoir et craint aujourd’hui un scénario déjà écrit. « Le dossier des assises est vide, a-til affirmé au premier jour du procès des 83 proches du Président Gbagbo, et même la CPI a confirmé notre position. Dans ce dossier, il n’y a que la copie des infractions du code pénal. A aucun moment, il n’est attribué des faits à chacun des accusés. Au jour d’aujourd’hui, on ne sait pas quel acte matériel a été posé par les accusés qui justifie leur présence devant la cour des assises ». Inimaginable et pourtant, tel est le spectacle auquel sont conviés les Ivoiriens. Signe des temps, l’ex-première dame dont c’était la première sortie publique après son arrestation le 11 avril 2011 a été accueillie par des ovations nourries de la salle. Mais Me Dadjé se méfie : ‘’je n’apprécie pas le déroulement de l’audience. S’il n’y a pas de respect du droit à la Défense, j’ai peur qu’on ne respecte non plus le droit des inculpés. Je le dis, je suis inquiet pour la suite du procès. J’ai peur également pour l’équité du procès. Qu’on nous dise si la décision est, déjà, rédigée” a déploré Me Dadjé à la fin de l’ouverture de la session. En fait, personne n’est dupe dans le pays. Les procès des pro-Gbagbo, pour ceux qui ont déjà eu lieu, ont toujours été des simulacres. Condamné à quinze années de réclusion et à une mesure de radia
tion de l’armée, le général Dogbo Blé avait été liquidé par ses juges lors d’un procès qui restera comme l’un des plus rapides. « On avait le sentiment que ses juges voulaient se débarrasser de l’affaire, le condamner selon un ordre écrit depuis là-haut », se souvient l’un des parents du concerné qui avait suivi de bout en bout le jugement. Au vu des événements, c’est la même chose qui attend les Ivoiriens, le même procès de la honte. En fait pour s’assurer la condamnation des accusés, le régime avait déjà mis en route un jury ethnique dominé par les ressortissants du nord. Puis, face aux dénonciations de la presse, le gouvernement a dû faire marche-arrière. Mais de toute façon en est-on vraiment loin ? Selon les organisations des droits de l’homme qui estiment, à tort, que l’ex-première dame doit être conduite devant la CPI, un procès pour atteinte à la sûreté de l’Etat est un fourre-tout politique qui permet de mettre hors d’état de nuire les adversaires politiques. Son timing est d’ailleurs assez révélateur. Alassane Ouattara veut surtout s’offrir un graal électoral en allant aux élections de 2015 dont il a en main l’organisation. La reconduction de Youssouf Bakayoko qui s’était rendu à son quartier général de candidat pour le proclamer élu n’est qu’un iceberg comparé à la la machine dont le chef de l’Etat tient à lui seul les rênes. Alors persuadé qu’il ne peut que gagner, Ouattara espère retrouver sur la ligne de départ Pascal Affi N’guessan qui est prêt à jouer le jeu et qui brûle d’envie d’entrer dans un gouvernement d’union nationale. Ce procès va donc lui permettre de mettre le verrou sur ceux qu’il considère comme les rétifs à son OPA et qui l’empêchent de réaliser ce grand chelem. C’est en effet l’un principaux des enjeux de ce procès.

Sévérine Blé

Source: Aujourd’hui /  N°796



 





Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !