La Chine et la Russie mettent en scène leur alliance et leurs nouvelles ambitions

Samedi 9 Juin 2012 - 23:46


La Chine et la Russie mettent en scène leur alliance et leurs nouvelles ambitions
Absent au G8 mais en visite à Pékin, Vladimir Poutine réoriente la Russie vers l’Asie
La visite en Chine de Vladimir Poutine, prompt à bouder la réunion du G8àCamp David aux Etats-Unis pour faire assaut de présence à la réunion de l’Organisation de coopération de Shanghaï (OCS), qui se tient à Pékin les 7 et 8juin, illustre les nouvelles priorités de la politique étrangère du Kremlin. Le 7mai, jour de son investiture pour son troisième mandat à la présidence de la Russie, M.Poutine avait souligné par un décret les nouveaux horizons de la diplomatie russe: la création d’une Union eurasienne, sorte d’URSS seconde mouture,et le partenariat avec la Chine. Les Chinois, eux, ont mis les petits plats dans les grands pour accueillir M.Poutine et les autres chefs d’Etat de cette alliance qui regroupe autour de la Chine et de la Russie quatre «stan» d’Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Ouzbékistan). Onze ans après son lancement, l’OCS aborde une décennie chargée de défis:ceux du développement économique des pays d’Asie centrale, mais aussi du règlement de la question afghane – l’Afghanistan étant accueilli cette année pour la première fois comme pays observateur de l’OCS. Devenu le pôle de croissance économique majeur de la région, la Chine joue la carte d’une dynamique qu’elle présente à sommes positives pour ses partenaires: Elle offre à ses voisins du financement et des produits commerciaux contrel’énergie et les ressources naturelles dont son économie est avide. Et les nouveaux réseaux de transports qu’elle promet d’aider à construire – notamment de chemins de fer – lui permettront de désenclaver ses vastes territoires occidentaux, tout en comblant d’énormes lacunes en infrastructures des anciens satellites soviétiques. L’engagement économique avec la Russie est substantiel: il s’agit de faire passer les échanges commerciaux entre les deux voisins de 83,5 milliards de dollars (66,5milliards d’euros), en 2011, à 200milliards de dollars, en 2020. Un fonds d’investissement sinorusse va être lancé, tandis que 75% des nouveaux prêts accordés par la Banque de développement de Chine aux pays de l’OCS iront à des projets communs entre Chine et Russie – surtout dans l’énergie, mais aussi dans l’aéronautique. C’est sur le dossier syrien que Moscou tient à apparaître comme le chef du «front du refus», celui des pays capables de tenir la dragée haute aux Etats-Unis. Moscou et Pékin ont bloqué ces derniers mois deux résolutions au Conseil de sécurité des Nations unies condamnant la répression en Syrie et entendent bien continuer sur cette ligne. Ce front commun des Russes et des Chinois sur la question syrienne – réitéré mercredi 6 juin dans un Communiqué commun qui s’oppose «à toute tentative de réguler la crise syrienne par le biais d’une intervention militaire extérieure, ainsi que d’imposer une politique de changement de régime» – laisse aussi préfigurer un tandem consolidé qui a tout intérêt à continuer d’avoir une approche convergente sur l’Iran (le président Mahmoud    Ahmadinejad représente à Pékin l’Iran, qui n’a pourtant qu’un statut d’observateur dans l’OCS), ou encore l’Afghanistan dans une perspective de retrait des troupes de l’OTAN en 2014. «La question de savoir comment gérer l’incertitude attachée à la situation sécuritaire dans la région Asie-Pacifique sera une mission commune pour la Chine et la Russie», a ainsi avancé, danssonéditiondu7juin,Le Quotidien du peuple dans un long article consacré au «développement vertueux » des relations sino-russes. La veille, l’organe de presse du Parti communiste chinois publiait un entretien avec le président Hu Jintao sur la nécessité pour les pays de l’OCS de s’atteler à la stabilisation de l’Afghanistan: «Nous allons persévérer dans la conduite des affaires régionales par nous mêmes, [afin de nous] garder des Turbulences et des chocs extérieurs à la région, et [allons persévérer] à jouer un plus grand rôle en Afghanistan», a déclaré le président chinois, tout en appelant à ce que l’OCS devienne«une force indispensable pour tout ce qui concerne les questions de sécurité de la région»
Les circonvolutions récentes de la diplomatie russe, notamment les déclarations du vice-ministre des affaires étrangères, Guennadi Gatilov, expliquant que le maintien de Bachar Al-Assad au pouvoir «à la fin du processus politique »n’avait jamais été«une condition » posée par Moscou, illustre la position byzantine de la Russie dans ce dossier. Pour le chercheur Alexandre Choumiline, spécialiste du Proche-Orient,«Vladimir Poutine se retrouve pris au piège de sa propre politique.
En Syrie, la situation empire. Les événements vont plus vite que la diplomatie. S’il continue à soutenir Assad il sera associé à uncriminel»
Selon Fiodor Loukianov, rédacteur En chef de la revue La Russie dans la politique globale «la seule chose à faire de la part de la Russie est d’essayer de conserver quelque influence en Syrie.Un changement de régime en douceur est la seule option»
Alors que l’OCS a rejeté jeudi 7juin toute intervention en Syrie, Moscou appelle désormais à la tenue d’une conférence internationale «pour suivre honnêtement le plan Annan», par la voix du chef de la diplomatie, Sergueï Lavrov. L’Iran serait convié. «Il est difficile d’imaginer inviter un pays qui orchestre les assauts du régime Assad contre sa population » a riposté la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, en visite en Azerbaïdjan. Le dossier syrien sera au coeur des entretiens de l’émissaire du département d’Etat américain Fred Hof, attendu à Moscou le, 8 juin.
 
 
Brice Pedroletti avec Marie Jégo (à Moscou
Source: Le Monde du  vendredi 8 juin 2012
 




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