L’universalisme sans esprit colonial

Samedi 19 Mai 2012 - 08:42


L’universalisme sans esprit colonial
Une chronique de Caroline Fourest (1)
 
 
En rendant hommage à Jules Ferry comme défenseur de l’école républicaine et laïque, tout en dénonçant sa défense du colonialisme comme une «faute morale et politique», le nouveau président français s’est inscrit, dès le premier jour de son mandat, dans une approche républicaine ferme, à la fois antiraciste et laïque.
Ce n’est pas rien, sachant les débats houleux qui ont déchiré ce pays à force de vouloir opposer ces deux priorités. François Hollande a pris le risque de froisser la gauche prioritairement anticolonialiste, encline à caricaturer toute ambition universaliste et laïque en entreprise coloniale depuis la loi sur les signes religieux à l’école publique. Comme si la sanctuarisation de l’école laïque, au service de l’égalité hommes-femmes et de l’émancipation pour tous, pouvait être assimilée à du racisme, simplement parce qu’elle refuse le port du voile. Ceux-là feignent d’oublier que, au temps des colonies, le voile n’était pas interdit mais célébré par la propagande coloniale comme le nec plus ultra de l’exotisme. Tandis que l’aspiration à l’universel, elle,a défait à la fois le totalitarisme et le colonialisme… L’universalisme n’est pas un frère du colonialisme, mais l’exact opposé du racisme. Il ne s’agit pas de «civiliser les races inférieures», comme rêvait de le faire Jules Ferry, mais de veiller, au contraire, à l’égale dignité de tous,comme le lui rappelait Georges Clemenceau. Cette subtilité est au coeur d’une autre gauche, hostile à la fois au racisme et à l’intégrisme.
Elle s’est acharnée à la défendre. Mais sa voix a bien souvent été couverte par une droite au pouvoir, où la défense de la laïcité a pu donner le sentiment de s’égarer dans une impasse identitaire et nationaliste, propre à susciter davantage le rejet que l’adhésion. Ses adeptes passent beaucoup de temps à compter: le nombre d’étrangers, le nombre de voix du FN, le Nombre de drapeaux étrangers fêtant la victoire de François Hollande à la Bastille. S’ils délaissaient un instant leur calculette, ils comprendraient qu’un souffle républicain égalitaire a plus de chance de faire aimer la laïcité et de faire chanter La Marseillaise à des jeunes dont les parents ont été colonisés qu’un refrain nationaliste donnant le sentiment de vouloir les dominer, pour ne pas dire les «civiliser ».


Recoudre les liens citoyens

«Soyez fiers d’être des citoyens français», leur a dit François Hollande sitôt élu, à la Bastille. En rendant hommage à Jules Ferry, le républicain et non le colonisateur, en célébrant Marie Curie (une étudiante étrangère que Claude Guéant Aurait pu expulser), en insistant sur l’apport de l’immigration mais aussi sur la nécessité de se rassembler autour de valeurs comme la laïcité, le nouveau président français met ses premiers pas dans un sillon plus profond qu'il n'y paraît.Il permet d’espérer recoudre les liens citoyens que les apprentis «indigènes» d’un côté et les apprentis racistes de l’autre ont mis tant d’énergie à défaire. Ce n’est pas rien. Mais ce n’est pas tout. Il faudra bien sûr plus que des mots pour y parvenir.
 
(1) Essayiste et journaliste,rédactrice en chef de la revue «ProChoix», elle est l’auteur notamment de «La Dernière Utopie» (Grasset, 2009) et de «Libres de le dire», avec Taslima Nasreen(Flammarion, 2010).
Source: Le monde du 18 mai 2012




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !