« L'intervention en Centrafrique n'a pas de mandat politique, c'est une erreur »

Cinq jours après le début de l'opération « Sangaris » en République centrafricaine, les 1 600 soldats français ont commencé lundi 9 décembre le désarmement des groupes armés aux côtés des forces panafricaines de la Misca. Placée sous mandat des Nations unies, l'opération de pacification entamée par les troupes internationales devrait prendre plusieurs mois et permettre une transition politique.

La France souhaite que les élections en République centrafricaine se tiennent « le plus vite possible », de préférence dès l'automne 2014, a indiqué mardi 10 décembre l'ambassadeur français à l'ONU, Gérard Araud.
Entretien avec Roland Marchal, spécialiste de l'Afrique subsaharienne au Centre de recherche en sciences sociales de l'international (CERI) à Sciences Po Paris.

Jeudi 12 Décembre 2013 - 09:03


Un groupe de soldats français en intervention militaire en Centrafrique
Un groupe de soldats français en intervention militaire en Centrafrique
Que pensez-vous de l'intervention internationale en République centrafricaine ?

Roland Marchal : une intervention internationale était absolument nécessaire, qu'elle soit française ou pas. Une inquiétude demeure cependant. C'est une erreur de n'avoir pas donné à l'intervention un mandat politique. La résolution 2127 du Conseil de sécurité des Nations unies offre la perspective d'un mandat politique réduit aux acquêts. Or, il y a le besoin d'une intervention qui prenne en charge d'autres problèmes liés à la transition politique notamment. L'existence de la Séléka est avant tout le résultat de l'impossibilité pour l'ONU de mettre en place les accords de désarmement-démobilisation-réintégration (DDR) de juillet 2008.
Par ailleurs, le partage du mandat et des compétences entre les Nations unies et l'Union africaine donne lieu à une situation très ambiguë. Comme le dit un proverbe camerounais : « Il ne peut y avoir deux crocodiles dans le même marigot. » C'est un facteur de dysfonctionnement d'avoir deux institutions quasiment en rivalité sur le mandat à remplir.

Quelles sont les conséquences de cette absence de mandat politique ?

Les militaires français font leur travail mais le discours politique est absent. Les autorités politiques centrafricaines manquent de légitimité. Le président Michel Djotodia et le premier ministre Nicolas Tiangaye ont perdu tout crédibilité politique. Il faut redonner une certaine crédibilité aux autorités. Pour cela, il sera peut-être nécessaire de procéder à un remaniement ministériel d'ampleur et de ne plus offrir les portefeuilles ministériels comme rétribution aux amis. Il faudra mettre en place une commission anticorruption.



Par ailleurs, le processus de DDR ne peut fonctionner que si l'on constitue en même temps une nouvelle armée centrafricaine. Il faut décider de ce que l'on fait de la Séléka : l'éliminer ou intégrer ses membres mais alors sur quelle base ? Que faire aussi des anciennes forces armées centrafricaines, les FACA, qui ont quitté l'uniforme et servent désormais en appui aux milices antibalaka [les milices d'auto-défense chrétiennes] ? Il faut avoir les moyens de les enregistrer, de les cantonner et de les nourrir. Comment réinjecter les forces de police et de gendarmerie, aujourd'hui absentes sur le terrain ?  
Enfin, du point de vue de la réconciliation nationale, la résolution 2127 est un scandale pour qui connaît ce pays. On a fait signer un texte aux autorités et aux représentants de la Séléka, prônant les valeurs d'amour, mais c'est ironique dans un pays où les gens n'ont pas à manger. Il faut injecter de l'argent pour revenir à une situation de normalité et faire baisser le niveau de violence. Il est nécessaire de réfléchir aux droits des uns et des autres. On désarme uniquement les musulmans car ils sont assimilés aux rebelles de la Séléka. Cette communauté minoritaire doit aujourd'hui être protégée et voir par la suite ses droits protégés. Il faut leur donner des gages en ce sens et ne pas retourner au statu quo qui existait sous le président Bozizé où leur sécurité était monnayable. Il y a un silence étonnant des autorités nationales et internationales à ce sujet. Lire la suie...




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !