L'intégralité de la Motion déposée par la Coalition au Ministère francais de la Défense.

Samedi 2 Juin 2012 - 06:34


L'intégralité de la Motion déposée par la Coalition au Ministère francais de la Défense.
MOTION POUR LE RETRAIT DES TROUPES FRANCAISES ET LE RESPECT DE LA SOUVERAINETE DE L’ETAT DE COTE D’IVOIRE
 


AMonsieur Jean Yves Le Drian, Ministre de la Défense de la République Française.

 
Monsieur le Ministre,

Si l’histoire des sociétés apparaît comme celle de la lutte des classes, celle des relations entre les Etats semble soumise à la loi de prédation et de la domination des Etats les plus forts sur les plus faibles. En tant que réalité, aucun Etat, où qu’il soit, quel qu’il soit, n’a réussi à échapper au cours de sa gestation à cette fatalité historique qu’est la guerre. En Europe, le traité de Westphalie, puis le congrès de Vienne témoignent de cette triste réalité qui fonda la construction des nations. L’idée qui motivait une telle quête reposait comme c’est souvent le cas sur la volonté de puissance. Pendant la seconde moitié du 19ème siècle, l’Europe a été le théâtre de violentes guerres. La conférence de Berlin fût la solution aux problèmes territoriaux qui minaient l’Europe, voyant dans la transposition des empires coloniaux en dehors des frontières européennes, la réponse aux antagonismes qui opposaient les puissances. Ce fut l’époque des empires coloniaux, faisant des territoires conquis des patrimoines inaliénables, exploitables à satiété. La seconde guerre mondiale après la première convulsion du même genre, est venue attester l’idée selon laquelle le XXème siècle était un siècle de guerre et de violence. Après les efforts inlassables pour mettre en place des organisations supranationales, dans lesquelles chaque Etat, concevrait la paix comme un idéal à construire sans trêve, cette période trouble que l’on croyait à jamais révolue, a surgi à nouveau à travers d’autres bouleversements pour les Etats « petits », Etats dont la légitimité est contestée de toute part, par différents ordres, et acteurs extérieurs qui bafouent leur souveraineté ainsi que leur droit à disposer d’eux-mêmes. La Côte d’ivoire n’a pas échappé à cette triste réalité, avec comme illustration parfaite la présence conjuguée de la Force Licorne et des forces de l’ONUCI, qui occupent son territoire, depuis le coup d’Etat manqué du 19 septembre 2002.

Monsieur le Ministre,

L’opinion publique internationale, abreuvée d’informations sélectives, oublie d’autres situations encore plus tragiques, causées par les hommes politiques issus de nations puissantes. La France ne fait pas exception à la règle. Pendant qu’elle s’émeut sur la situation de l’opposition syrienne et le respect des droits de l’Homme dans ce pays , la situation qui prévaut en Côte d’ivoire, avec la vague d’arrestations et d’emprisonnements arbitraires d’opposants, de violation des droits de l’Homme sous le régime de monsieur Alassane Dramane Ouattara, de meurtres ciblés, ce, sous le regard et le silence complices des forces armées françaises s’avère inquiétant. Parmi les nombreuses victimes de cette barbarie, figurent le Professeur français , Philippe Raymond, sauvagement assassiné par les forces proches de Monsieur Alassane Ouattara dans son hôtel à Yamoussoukro, Michel Gbagbo citoyen français, dont le seul « crime » à ce jour est d’être le fils du Président Laurent Gbagbo, Pascal Affy N’guessan, Président du Front Populaire Ivoirien, Parti Membre de l’internationale Socialiste , Aboudramane Sangaré, le Professeur Aké N’Gbo Gilbert, Ancien Premier Ministre , le Gouverneur Dakouri Tabley, Géneviève Bro Grébé, Christine Adjobi, Kobri Rémi, Dua Kouassi, le Commissaire Monnet, Kuyo Téa Narcisse, Désiré Dalo, l’ex-Première Dame Simone Ehivet Gbagbo …, tous, illégalement détenus dans les geôles du pouvoir Ouattara au Nord de la Côte d’ivoire. Nous entendons rappeler que la présence militaire française en Afrique et en Côte d’ivoire, se confond avec une série de drames politiques, d’ingérences pour l’hégémonie de la France, qui marquent les années les plus sombres du XXème siècle et se poursuivent toujours comme l’atteste la situation ivoirienne. Nous qualifierons de non-sens, à une époque où le concept de bonne gouvernance est exalté, cet autoritarisme sans coup d’Etat, notion aujourd’hui à la mode pour vanter les progrès de la démocratie, que la France soit à la base de nombreux coups d’Etat en Afrique. La présence conjuguée des forces de l’ONU, organisation dans laquelle nous avons perdu foi, capable d’assassiner son propre Secrétaire Général, le Suédois Dag Hammarskjöld, afin de l’empêcher de rendre le Congo aux Congolais, et qui a participé à vos côtés à l’accomplissement de sinistres besognes de déstabilisation, convoyant les forces rebelles dans des lieux névralgiques de la Côte d’ivoire est pour nous un acte scandaleux. La fascination qu’a la France de soutenir en Afrique des régimes partisans d’un conservatisme pro-occidental et français, comme c’est le cas avec Houphouët Boigny, Gnassigbé Eyadema, Omar Bongo, Sassou N’guesso et Paul Bia, régimes antidémocratiques, menant paradoxalement des guerres contre les dirigeants qui restaurent davantage les institutions de leurs pays et la dignité des peuples d’Afrique, comme c’est le cas de Laurent Gbagbo.
Rappelant que votre présence militaire a engendré un cycle d’horreurs dans vos ex-colonies et en Afrique: l’horreur en 1947 à Madagascar, l’ingérence militaro-humanitaire au Biafra en 1967 au Nigeria en soutien au rebelle Ojuku, guerre anti révolutionnaire menée par le Directeur de la DST Daniel Doustin contre les dirigeants de l’UPC en 1957 au Cameroun, intervention des Paras français en 1961 pour remettre au pouvoir Léon Mba renversé par un coup d’Etat militaire, coup d’Etat meurtrier contre Sylvanius Olympio au profit de Nicolas Grunitzky en 1963 au Togo, « Opération -crevette » , meurtrière en 1977 au Benin contre le Président Mathieu Kérékou, assassinat de Barthélémy Boganda en 1959 au profit de David Dacko en République Centrafricaine , responsabilité dans les évènements qui ont plongé le Congo dans le chaos, création par la DST du Front de Libération Nationale du Cabinda, participation des Services secrets français dans l’assassinat de françois Tombalbaye au Tchad….
Considérant que, la France a signé la Charte de l’Organisation des Nations Unies en 1945, et que cette Charte proclame la nécessité de donner l’indépendance aux peuples, qui doivent se gouverner eux-mêmes, manifestation du progrès de l’Histoire, qui ne peut se faire par l’occupation et l’invasion des Etats membres tels que la Côte d’ivoire. Ulcérés que la France, que nos vaillants anciens combattants, avec dans leur rang Monsieur Koudou Paul, ont libéré du joug Nazi, se montre ingrate et pratique un double langage, recourant constamment à la force en renversant nos institutions légales comme ce fut le cas avec le Président Laurent Gbagbo, est une ignoble injustice.
Sachant que votre présence militaire, oublieuse des promesses de liberté des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes, privilégie d’autres intérêts et impératifs tels que votre attachement aux intérêts de la France en Côte d’ivoire et son maintien dans un espace d’influence en sabordant notre quête d’indépendance vraie, promesses d’indépendance qu’elle avait faite aux peuples du tiers-monde, qui ont participé à ses côtés à de féroces batailles au cours desquelles de nombreuses vies ont été sacrifiées pour la libération de la France.
Rappelant que l’armée française a délibérément ouvert le feu sur des civils ivoiriens aux mains nues, et commis des horreurs sans noms et d’un autre âge devant l’Hôtel Ivoire, réprimant de la façon la plus violente des manifestations de résistance aux mains nues. En espérant que la justice fasse jaillir toute la vérité et détermine les responsabilités de ces crimes, nous tenons à protester contre ces actes de barbarie. Soulignant, que cette démarche militaire, que nous jugeons suspecte et incongrue , démarche menée par les Forces Militaires françaises, qui ont participé au changement de la façon la plus bestiale par des nombreux bombardements de la résidence du Président Laurent Gbagbo en causant de nombreuses victimes civiles, est un acte de reconquête dans lequel l’armée française porte une lourde responsabilité.
 
Soulignant que, la présence militaire française, avec le rôle ambigu qu’elle a joué depuis le début de la crise militaro-politique en Côte d’ivoire, jusqu’au bombardement et à l’arrestation du Président Laurent Gbagbo n’est plus pour nous une énigme. Sachant que, votre politique militaire, à travers laquelle, vous manipulez le bâton et la carotte, a causé de nombreux dégâts en Afrique, détruisant de nombreuses vies humaines et causé une misère sans nom.
Contestant que la sécurité de la Côte d’ivoire dépende de l’armée française, et que cette armée puisse intervenir si ses intérêts sont menacés, chose qui constitue une continuité de la colonisation, en inféodant le pouvoir exécutif ivoirien à la France, comme vous l’avez fait depuis le Premier Président Houphouët Boigny, ne saurait être aujourd’hui admis.
Rappelant les principes chers à l’esprit de Dumbarton Oaks, acte fondateur de la création des Nations Unies , qui mettent l’accent sur la volonté de préserver les générations futures du fléau de la guerre et proclamer la foi dans les droits fondamentaux de l’Homme, dans la dignité et la valeur de la Personne humane, œuvre que les Nations, grandes et petites, ont créé par des conditions nécessaires au maintien de la justice et du respect des obligations nées des traités et autres sources du droit international. Cela passe par le respect du principe de la non-ingérence dans les affaires intérieures de la Côte d’ivoire et le refus d’apporter votre soutien aux dictatures, comme c’est le cas avec le régime de monsieur Alassane Ouattara.
Soulignant le fait que l’ONU en Côte d’ivoire, en collaboration avec la Force Licorne Française, a participé de façon ostentatoire au renversement du Président démocratiquement réélu son excellence Laurent Gbagbo, entraînant des effets désastreux sur les populations civiles en Côte d’ivoire, lors du bombardement de sa résidence.
Sachant que, votre armée, arguant du fait qu’elle allait protéger ses ressortissants, prétexte utilisé déjà en 1962 par le gouvernement Belge afin d’envoyer ses troupes au Katanga et d’aider les troupes de Moise Tchombé.
Rappelant que, l’argument de la protection et de l’humanitaire est pour nous un prétexte fallacieux, car c’est au nom de ce même principe que Mussolini a envahi l’Ethiopie, que le Japon a envahi la Mandchourie, et qu’Hitler a envahi les Sudètes, et dans ce sens , la présence militaire française en Côte d’ivoire, ne s’inscrit ni dans un souci de protection de ses ressortissants, mais d’occuper notre territoire, exploiter et contrôler nos richesses, et d’appauvrir davantage les populations et le peuple de Côte d’ivoire.

Monsieur le Ministre,

Nous avons ensemble condamné les interventions américaines sous les Présidents George Bush Senior et Bill Clinton en Somalie, en Haïti, en Irak et au Kosovo, honorable courage dont avait preuve Monsieur Jean Pierre Chevènement lors de la première guerre du golfe. Nous avons par le passé applaudi la politique courageuse de Monsieur Lionel Jospin fondée sur la non-ingérence et la non-indifférence. Comment voulez vous que la Côte d’ivoire exerce sa pleine souveraineté et assume sa destinée d’Etat indépendant lorsqu’une puissance étrangère occupe militairement son territoire ? Le pragmatisme vertueux dans lequel s’est inscrite sa vision du monde avait participé au retrait des troupes françaises de la République Centrafricaine. Nous espérons que semblable sagesse vous habite et que votre armée ne se mette plus en Côte d’ivoire au service de la dictature sanglante de monsieur Alassane Dramane Ouattara, avec son lot de goulags, d’arrestations et d’emprisonnements arbitraires, rappelant les sombres heures de la Roumanie de Ceausescu. Nous rappelons que, l’homme se crée par l’action négative du donné. En effet, aucun peuple ne peut rester dominé tout le temps : la fin de l’Apartheid en Afrique du Sud, la défaite française de Den Bien Phu contre le vietminh, les accords d’Evian qui ont conduit à l’indépendance de l’Algérie, accords dont nous célébrons en cette année le cinquantenaire, sont pour nous des édifiants exemples de bravoure et de résistance.

Monsieur le Ministre,

Nul homme n’est assez dénué de raison pour préférer la guerre à la paix. La véritable paix est faite de justice et d’ordre, ordre qui suppose le respect de notre souveraineté et le retrait des forces armées françaises de la Côte d’ivoire. Il s’agit de nous inscrire dans la pensée de Raymond Aron et de Clausewitz, qui combattent le bellicisme et le militarisme. Le mouvement de liberté commencé en 1989 à l’Est, ligne dans laquelle s’inscrivent les soulèvements de décembre 2010 en Tunisie et en Egypte, cette transition vers la démocratie en laquelle nous avons tant rêvée, doit se faire pour l’Afrique subsaharienne et la Côte d’ivoire. Votre armée dont nous louons le professionnalisme et le sérieux ne doit pas se mettre au service du régime dictatorial d’Alassane Dramane Ouattara, en participant comme ce fut le cas sous Madame Michèle Alliot Marie à la guerre aux côtés des rebelles, ingérence nocive dont les impacts politiques, économiques et sociaux se font toujours sentir. C’est pourquoi, nous devons nous évertuer à respecter les règles de droit international. Nous en appelons donc à vous qui assurez aujourd’hui cette lourde et noble charge de Ministre de la Défense afin que l’ idéal de la paix entre les Etats, dans la vision du Mahatma Gandhi pour qui « le droit même de vivre ne nous est donné afin que nous remplissions notre devoir de citoyens du monde », chose qui passe par la fin des ingérences des plus grandes Nations dans les affaires intérieures des plus petits. Il est nécessaire que cesse cette ingérence militaire de la France qui prend des allures d’oppression, afin que nous jouissions de notre droit à vivre libres, et que les ingérences répétitives de la France, ne nous plonge plus dans de nouvelles crises.
Obsédés que nous sommes par de tels agissements, nous entendons rappeler que le virage que nous avons amorcé pour notre droit à disposer de nous-mêmes, et du respect de notre souveraineté, ne pourrait sous quelque forme que ce soit s’estomper. Il s’avère donc impérieux de ne plus prendre part en Côte d’ivoire aux renversements des institutions comme ce fut le cas avec le Président légalement réélu son excellence Laurent Gbagbo en avril 2011. Nous avons la pleine confiance que, grâce à votre esprit d’humanisme, vous receviez avec beaucoup de soin nos doléances, et saisissiez avec franchise et clarté les raisons de cette adresse. Par delà les déformations qu’a prises cette implication de l’armée française dans le renversement du Président Laurent Gbagbo, il convient de retenir combien cet effort de vérité passe par le retrait des troupes françaises de la Côte d’ivoire, en condamnant par la même occasion les atrocités de votre armée.
Nous demandons par ailleurs un engagement de votre part, qui passe par la remise en cause des accords de défense, condition de retrait des troupes françaises de la Côte d’ivoire, chose qui va dans le sens de notre liberté. Pour tout ce qui précède, notre besoin d’un ordre nouveau, qui mette fin à l’ingérence française en Afrique et en Côte d’ivoire, et respecte la souveraineté de tous les Etats, quelle que soit leur taille, ne pourrait être négligée.

Monsieur le Ministre,

Vous ne devez répugner à vous engager à réduire vos forces militaires de la Côte d’ivoire, voire à les retirer. Devant les problèmes cruciaux qui ont cours en Côte d’ivoire, comme ceux du déficit de la démocratie, de la violation des droits de l’Homme, et de crimes impunis sous le régime Ouattara. Il est hors de question que certains États nous mènent à l’abîme de la guerre injuste, en s’ingérant dans les affaires intérieures de la Côte d’ivoire, comme l’a fait la France, aidée par l’ONU, durant toute la crise, et renversent le Président Laurent Gbagbo, homme politique, qui, toute sa vie durant, a consacré son œuvre à la construction de la démocratie et du multipartisme, en se faisant le chantre du dialogue et de l’ouverture.
Nous, Mouvements, Associations, Membres de la société civile, Partis Politiques, condamnons de façon solennelle, la présence militaire française qui n’a jamais participé à la protection de ses ressortissants, mais œuvré à renverser les institutions légales de la Côte d’ivoire, représentées par le Président Laurent Gbagbo. Nous dénonçons l’implication militaire directe de la France, qui, pendant que le Président Laurent Gbagbo demandait aux Forces de Défense et de Sécurité de ne plus combattre, s’est impliquée directement dans le bombardement de sa résidence, dans sa capture du 11 avril 2011, dans son renversement sur instruction de Monsieur Nicolas Sarkozy, le livrant à son adversaire à l’Hôtel du golf siège du père de la rébellion Monsieur Alassane Ouattara, puis à son transfèrement à la HAYE en toute illégalité , implication qui est pour Nous une flagrante conspiration et une honteuse injustice.
 

Pour la Coalition

Madame la Présidente Christine Zékou

Fait à Paris le 1er Juin 2012
CRI-PANAFRICAIN, CRD, CODESCI, MFUE, MER, AIRD, NPR
 
 

La délégation  ayant déposé la motion
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