L’idylle tourne au vinaigre/ Onu-Ouattara : les raisons d’un divorce

La lune de miel entre le chef de l’Etat ivoirien et l’Organisation des nations unies (Onu) a tourné court. Leurs relations ne sont plus au beau fixe. La raison : l’incapacité d’Alassane Ouattara à tenir ses engagements pris vis-à-vis des responsables de la maison de verre.

Samedi 7 Décembre 2013 - 04:43


Alassane Ouattara et Ban Ki-Moon, Sécrétaire Général de l'ONU
Alassane Ouattara et Ban Ki-Moon, Sécrétaire Général de l'ONU
Alassane Ouattara était en tout point de vue «le candidat de la communauté internationale». Ça c’est un secret de polichinelle. Quand la crise postélectorale éclate, alors que le président Laurent Gbagbo, dans sa recherche de solutions pacifiques propose le recomptage des voix, le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu en Côte d’Ivoire, Young-jin Choi, prend de manière zélée partie pour Alassane Ouattara. Son patron Ban Ki-moon en personne estime même que le recomptage des voix serait une «injustice» faite au président du RDR. Ce temps a selon toute vraisemblance vécu. Les relations entre le locataire du palais présidentiel d’Abidjan et l’Onu se dégradent progressivement. Et celui qui était chouchouté lors des élections présidentielles de 2010, au détriment de Laurent Gbagbo, est aujourd’hui en rupture de bans avec ses amis de la communauté internationale. Au rang desquels l’Onu qui a fini par déchanter à cause des méthodes de gouvernance d’Alassane Ouattara qui agacent plus d’un. Depuis, les pressions ont commencé. En effet, lorsque Ouattara s’entêtait à aller aux élections sans l’opposition, l’Onu l’avait interpellé à travers la résolution 2062 du Conseil de sécurité de juillet 2012 qui récla - mait «au gouvernement d’organiser des élections ouvertes, libres, transparentes, sécurisées et apaisées, de prévoir des moyens adéquats pour ces élections, de favoriser la représentativité politique en vue de la réconciliation, de trouver une date opportune pour les élections locales qui soit acceptée par tous et qui aille dans le sens de l’apaisement». Ces pressions amicales aux allures de recommandations – la résolution n’était pas contraignante – n’ont pas eu d’effet. Ouattara a continué de faire la sourde oreille et est allé seul, avec son camp, aux élections législatives et locales.

 Ouattara épinglé par les rapports onusiens

L’institution basée à la Maison de verre de New-York a décidé de changer de fusil d’épaule à travers une série de rapports accablants. C’est d’abord les ex-chefs de guerre issus de la rébellion des forces nouvelles qui sont épinglés. Dans leur rapport publié fin avril 2013, les experts de l’Onu chargés de la surveillance de l’embargo en Côte d’Ivoire dénonçaient la criminalisation des ex-chefs de guerre qui entretenaient des «réseaux militaro-économiques» qui s’adonnaient au pillage de l’économie par des activités de contrebandes. «L'administration ivoirienne a progressivement intégré d'anciens commandants rebelles dans les forces armées nationales sans que ceux-ci aient abandonné leurs activités économiques et leurs méthodes de prédateurs et de chefs de guerre», affirmaient les experts de l'Onu. Cette fois-ci, dans le dernier rapport onusien en date, les experts chargés de la surveillance de l’embargo au Liberia épinglent directement le gouvernement ivoirien et le taxe quasiment dans des propos diplomatiques d’Etat voyou. «Le gouvernement du Ghana a informé le Panel qu’il demeure inquiet des intentions et des actions du gouvernement de Côte d’Ivoire au sujet du traitement des anciens officiels du régime Gbagbo qui résident au Ghana. Le panel a voyagé au Ghana du 7 au 12 juillet 2013 pour enquêter sur le financement des violations de l’embargo sur les armes commis au Liberia par des mercenaires libériens et des miliciens ivoiriens, et sur le statut des réseaux pro- Gbagbo opérant dans ce pays. Les autorités gouvernementales ghanéennes, lors d’une réunion organisée par le Conseil national de sécurité ghanéen le 10 juillet 2013, ont expliqué au panel que le gouvernement de Côte d’Ivoire a aggravé la situation des réfugiés pro-Gbagbo résidant au Ghana en envoyant des agents ivoiriens dans l’intention d’assassiner ou de kidnapper des militants pro- Gbagbo réfugiés. Les autorités ghanéennes ont affirmé avoir fait échouer au moins deux missions de ce type en début 2013 et ont affirmé au panel qu’au moins un ancien supporter de Gbagbo qui était retourné en Côte d’Ivoire avait été enlevé et avait disparu», accusent-ils.
 
Fin de l’Etat de grâce


Non seulement la gouvernance par la terreur du chef de l’Etat, marquée par les arrestations arbitraires, détentions illégales, séquestrations, emprisonnements et autres tueries, irritent ses parrains, mais Ouattara a choisi de ruser avec la communauté internationale depuis le début de son mandat. En promettant par exemple de  libérer les pro- Gbagbo quelques mois après son installation au pouvoir. L’Onu s’est donc fourvoyée en espérant naïvement qu’au bout d’un délai raisonnable, Ouattara aurait déjà fortifié son pouvoir en l’absence de toute opposition. Mais il a préféré installer une gouvernance par la terreur en maintenant les leaders du régime Gbagbo en détention, en procédant à des arrestations à la pelle, séquestrations et emprisonnements des opposants. Contraignant du coup un grand nombre d’entre eux à l’exil, obligés de se mettre à l’abri, étouffant toute volonté du FPI notamment de se rassembler et de tenir des manifestations publiques et des meetings. «Ouattara prend le pouvoir dans les conditions du 11 avril. Il veut couper toutes les têtes qui dépassent. Il veut étouffer toutes les possibilités de contestation, de révolte. Donc il nous attrape, il nous met en prison. Il y en a même à l’Onu qui pensait qu’il allait nous libérer au bout de 6 mois. Que 6 mois, il aurait le temps de s’assoir et donc de maitriser la situation. Ce qui fait que les gens de l’Onu, certains, quand les 6 mois sont passés, et puis il ne libérait pas, ils ont commencé à se poser des questions», a révélé lors de sa conférence de presse mercredi 4 décembre dernier, Pascal Affi N’Guessan. Qui ajoute que l’Onu n’a plus aucune considération pour le régime Ouattara. «Vous pouvez chercher à vous défendre, mais quand les gens vous disent ça publiquement, dans un rapport, ça veut dire qu’ils n’ont plus aucune considération pour vous. Parce que dire d’un gouvernement qu’il mène des opérations d’assassinats de ses compatriotes dans un pays étranger, c’est dire que ce gouvernement est à la tête d’un Etat voyou».

Quand l’Onu disculpe les pro-Gbagbo emprisonnés

Par ailleurs, le fait pour l’Onu de croire que Ouattara allait libérer plusieurs pro-Gbagbo arrêtés à l’issue du 11 avril 2011 laisse entrevoir par conséquent qu’elle considère ces arrestations de manœuvres politiques. C’est d’ailleurs pourquoi Affi N’Guessan proclame qu’il ne se considère pas comme une personne en liberté provisoire : «J’ai du mal à me convaincre d’être dans une procédure judiciaire. Je n’arrive à adopter et à intégrer l’accusation. Ce qui fait que dans ma tête je ne me sens pas concerné (…) Parce que je sais par avance que c’est une détention politique».

Par Benjamin Silué

Source: Le Nouveau Courrier N° 944 Du Vendredi 06 Décembre 2013




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