L’homelie de Yamoussoukro

Lundi 16 Décembre 2013 - 00:09


Mgr Marcelin Kouadio, Evêque de Yamoussoukro
Mgr Marcelin Kouadio, Evêque de Yamoussoukro
La guerre, appelée de tous les vœux de ceux qui s’impatientaient à vouloir s’adjuger le pouvoir en Côte d’Ivoire, a-t-elle réussi à éloigner ce pays du cycle infernal des crises socio-politiques dans lequel il s’est englué depuis maintenant plusieurs décennies ? Non. Bien au contraire. Les sombres nuages, annonciateurs d’un chaos imminent, n’ont de cesse de s’amonceler dans le ciel ivoirien. Le bilan des victimes des hommes armés pour la cause d’Alassane Ouattara, continue de s’alourdir sous nos yeux. L’impunité et la corruption ont pris des portions effrayantes. La justice, tant nationale qu’internationale, plus que jamais borgne, ne s’attarde que sur les crimes imputés aux partisans d’un seul camp. Les prisons, pleines à craquer, sont devenues des mouroirs pour opposants politiques. Des milliers d’ivoiriens sont encore contraints à survivre hors de leur patrie.
Monseigneur Marcellin Kouadio, évêque de Yamoussoukro, dans son homélie, à la Basilique notre Dame de la Paix, au cours de la messe commémorative de l’anniversaire de (feu) Félix Houphouët Boigny (les vendredis 6 et samedis 7 décembre derniers à Yamoussoukro), a sans doute, trouvé les mots justes pour dépeindre le drame de la Côte d’Ivoire actuelle : « la Côte d’Ivoire, notre chère patrie, s’est asservie aux mensonges, à la violence et aux crimes (…). La rébellion de 2002 a fait une foule innombrable de victimes. Curieusement (…), ceux qui mentent et tuent croient servir ainsi la Côte d’Ivoire. Les innocents dont les droits sont bafoués sont déclarés coupables, d’où le nouveau concept de la culpabilité collective doublé de la culture de l’impunité où les médiocres sont célébrés. Certains de nos jeunes revendiquent fièrement le statut d’ex-combattants afin d’être récompensés. Et dans cette situation trouble, les ressources de notre pays sont livrées en pâture aux prédateurs. Notre mère patrie, humiliée et meurtrie, est traitée comme une fille de joie. Oui, la Côte d’Ivoire est traitée, contre sa volonté, comme une péripatéticienne ». Puis, l’évêque de continuer, au point de jeter la gêne au sein des hommes politiques présents, dont Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié : « Pour que la Côte d’Ivoire renoue avec la paix, je verrais humblement, pour ma part, les présidents Ouattara et Gbagbo faire la paix au sommet, et une fois réconciliés, qu’ils demandent pardon à leurs militants et aux Ivoiriens qui, à leur tour feront la paix. En Dieu, cela est encore possible pour le bonheur de tous ».
Saluons le courage de cet homme de Dieu. Saluons l’homélie de Yamoussoukro. A sa juste valeur. Car il est vrai que l’on ne peut prétendre, après plus de deux ans de règne des républicains, version Ouattara, que le processus de réconciliation national – tant souhaité - ait réalisé des avancées significatives. Le constat est que la Côte d’Ivoire est toujours à la recherche de sa cohésion perdue, comme on peut l’entendre dans l’homélie.
Or, ce pays, s’il veut continuer d’exister, doit entamer inexorablement sa marche vers des lendemains paisibles, dans l’unité retrouvée de ses fils et filles. La question est : comment y parvenir ?
Monseigneur Marcellin Kouadio, en invitant à une réconciliation au sommet, c'est-à-dire, entre Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo, ne met-t-il pas ici, le doigt sur ce qui devrait être le début d’une vraie réconciliation ? Sans doute. Car, chercher à se réconcilier, revient à se demander d’abord, pourquoi il y a eu guerre en Côte d’Ivoire et, inévitablement aussi à polémiquer autour de ces deux personnages, du rôle qui a été le leur dans cette crise ivoirienne. Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara ont forcément, à un moment donné, incarné les aspirations des uns et des autres. Des hommes se sont battus pour eux. D’autres ont été des victimes malheureuses, parce que supposés appartenir à un camp donné. L’on devrait commencer par là. Et comme le dit si bien l’homme de Dieu : « cela est encore possible, pour le bonheur de tous ».
Par ailleurs, que peut bien signifier : « Ouattara et Gbagbo doivent faire la paix au sommet » ? Tout simplement que les deux hommes doivent se retrouver, ici en Côte d’Ivoire, pour dialoguer, discuter librement. En donnant ainsi, l’image que bien qu’opposés sur des questions, on peut vivre en bonne intelligence, dans la paix et dans le dialogue, les uns avec des autres, loin des animosités.
En cela, la démarche du FPI, consistant à rencontrer le RDR est à saluer et à encourager. Pour la symbolique. Même si au sortir de la rencontre, on a cru assister à un dialogue de sourds. Le FPI proposant  « les états généraux de la république ». Alassane Ouattara, ayant depuis Bouaké, estimé que ce serait « bavarder et distraire tout le monde » et que les questions majeures, telles que la nationalité, le foncier et l’éligibilité, ont « été traitées par Marcoussis ». Ahmadou Soumahoro, secrétaire général par intérim du RDR, au sortir de la rencontre avec le FPI, ne disant pas le contraire: « Nous pensons que dans l’état actuel des débats, les Etats généraux de la République ne peuvent pas apporter la solution aux problèmes de la Nation ». Il estime que : « (…) les discussions peuvent continuer (…) au niveau du Cpd (cadre permanent de dialogue, ndlr), le Cadre de concertation, gouvernement-opposition ou même à l’intérieur de certaines institutions nationales qui ont la compétence de travailler sur ces questions».
Certainement monsieur Ouattara et ses partisans pensent pouvoir briser tous les obstacles à la réconciliation à coups de chantiers et autres chiffres de croissances économiques. Mais voici plus de deux ans que la stratégie adoptée, a montré ses limites. Voici plus de deux ans que  notre Pays, « s’est asservie aux mensonges ».Au lieu de se tourner résolument vers la vérité, celle que monsieur Ouattara estime être « des bavardages inutiles». Voici la Côte d’Ivoire, poussée dans le dos vers les élections de 2015, sans que les ivoiriens n’aient eu le temps de se débarrasser du : « nouveau concept de la culpabilité collective doublé de la culture de l’impunité où les médiocres sont célébrés ». Il ne nous reste plus qu’à prier pour que l’homélie de Yamoussoukro ne soit pas tombée dans des oreilles de sourds.
 
 
Marc Micael


Chroniqueur politique
marcmicael@yahoo.fr




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