L'heure des procès/ Laurent Gbagbo comme le capitaine Alfred Dreyfus, Jules César et bien d'autres refondateurs du monde. Par le Professeur Dédy Séri

Lundi 4 Mars 2013 - 06:14


L'heure des procès/  Laurent Gbagbo comme le capitaine Alfred Dreyfus, Jules César et bien d'autres refondateurs du monde. Par le Professeur Dédy Séri
2 ème Partie.

(…). III- Laurent Gbagbo comme le capitaine Alfred Dreyfus


L’histoire de la France nous apprend qu’à la fin du XIXe siècle, un brillant officier de l’armée française, le capitaine Alfred Dreyfus, polytechnicien, juif d’origine alsacienne, fut accusé d’avoir livré des documents secrets à l’ennemi (l’Allemagne). Le 22 décembre 1894, sans preuve, il fut condamné pour trahison « à la dégradation militaire et à la déportation à perpétuité dans une enceinte fortifiée » . Ce sera l’île du Diable en Guyane. Totalement abusée par cette machination, l’opinion exigea même la peine capitale pourtant prohibée depuis 1848. Et c’est cet obstacle que les geôliers du capitaine Dreyfus ont tenté de contourner en lui suggérant de se suicider. Il se refusa à poser cet acte, décidé qu’il était d’aller jusqu’au bout pour que la vérité fît le procès du mensonge. Elle ne tarda pas à se faire jour. En effet, à la suite de nombreuses enquêtes diligentées en raison d’une foule de zones d’ombre dans ce qui fut appelé « l’affaire Dreyfus », on découvrit le vrai coupable, le commandant Walsin-Esterhazy, un ancien membre du contre-espionnage français. C’est alors que le courant antisémite français multiplie les opérations d’intoxication destinées à créditer, malgré l’évidence du faux, la thèse de la trahison. En dépit de cette prestidigitation, l’opinion est désormais au courant d’une machination diabolique dont la découverte décuple l’énergie des dreyfusards, dreyfusistes et autres dreyfusiens. Le 13 janvier 1898, Emile Zola, apparaît comme le porte-drapeau des dreyfusards dressés contre les anti-dreyfusards. Il publie dans L’Aurore le célèbre « J’accuse », dénonçant tous ceux qui, par haine antisémite ou par volonté de nivellement par le bas, ont comploté contre le capitaine Dreyfus. Le procès de l’illustre bagnard sera révisé et le 19 sep - tembre 1899, le prisonnier de l’île du Diable, gracié. Sa réhabilitation interviendra le 12 juillet 1906. Comme dans le cas de Dreyfus, « l’affaire Gbagbo » est en train d’avoir de profondes conséquences sociales et politiques dans les relations Nord-Sud. La Côte d’Ivoire s’achemine vers une bipolarisation à l’image du monde entier aujourd’hui partagé entre les gbagbophiles et les gbagbophobes, entre les progressistes et les réactionnaires. On observe qu’un courant de sympathie pro-Gbagbo s’empare de bien des militants Rhdp. Le Rdr, le Pdci, le Mfa et l’Udcy entendent de plus en plus en leur sein des cris d’indignation dont l’expression la plus aboutie est sans conteste le très faible taux de participation au scrutin législatif du 11 décembre 2011 auquel ces militants ne sont pas étrangers. La Gbagbophobie se poursuit encore avec les élections municipales et régionales qui se dérouleront avec le soutien masqué du Conseil de sécurité qui avait pourtant exigé des «réformes électorales utiles» avant les élections d’avril 2013 (cf. Résolution 2062 en date du 26 juillet 2012). En résumé, la Cpi représente pour Laurent Gbagbo et le Tiers Monde en ce début de XXIe siècle, ce que fut l’Ile du Diable pour Alfred Dreyfus et les Juifs de France au XIXe siècle. Comme Dreyfus dont le procès a dévoilé le caractère pernicieux de l’antisémitisme, l’affaire Gbagbo est en train de poser les bases d’une véritable thérapie pour guérir l’Afrique de ses complexes.
 
IV- Laurent Gbagbo comme Jules César et bien d’autres refondateurs du monde
 
Parce que la crise post-électorale qui a débouché sur la déportation de Laurent Gbagbo à Korhogo, puis à La Haye constitue le prolongement d’une tentative de coup d’Etat muée en rébellion en septembre 2002, le Woody de Mama doit être considéré comme un des plus irréductibles résistants de l’histoire. Un héros qui n’a pas de semblable. Il ne peut que triompher, quoi qu’il advienne, puisqu’il compte au nombre des refondateurs du monde tels que Jules César, Karl Marx, Gandhi, Nelson Mandela, etc. En effet, lorsque par exemple, on met en perspective le parcours exceptionnel de l’empe - reur-écrivain romain Jules César, avec celui du président- historien ivoirien Laurent Gbagbo, on découvre, à des degrés divers, d’étonnantes similitudes, qu’il s’agisse de leurs origines, de leurs visions du monde et de l’engagement manifesté aux côtés des opprimés. Toutes choses qui leur ont valu bien des adversités de la part des forces réactionnaires. S’il est vrai que Jules César naquit dans une éminente famille patricienne, il est tout aussi incontestable que cet homme avait une vision opposée à celle de son milieu d’origi - ne. Ainsi que le rappellent les historiens, César s’est battu jusqu’à sa mort pour l’émancipation des plébéiens. Il fut une vie pour les autres. Laurent Gbagbo, certes, n’appartient pas à une famille de type aristocratique. Il est issu d’un milieu plutôt modeste, du Centre-Ouest de la Côte d’Ivoire, en pays bété, une société égalitaire dans laquelle l’individu ne naît pas chef, mais le devient au regard de ses qua - lités humaines et de son mérite personnel. Son père, le sergent- chef Koudou Paul, a pris part à la Deuxième Guerre mondiale aux côtés des Patriotes français. Comme Jules César, Laurent Gbagbo a étudié la civilisation gréco-romaine. Et ce qu’il faut souligner, c’est l’originalité de l’engagement politique de l’un et l’autre. On est tenté d’affirmer à première vue, que Jules César a plus de mérite que Laurent Gbagbo sur le terrain de la générosité et de l’humanisme, dans la mesure où la perversité égoïste pousse généralement les classes possédantes à rejeter toute idée de partage et de don de soi. Mais ce n’est là qu’une apparence, attendu qu’un pauvre devenu riche peut être plus égoïste et plus retord et cruel, n’hésitant pas à gommer ses origines au lieu d’aider à relever le sort des plus démunis. Laurent Gbagbo n’a pas renié ses origines. Il n’a pas non plus persécuté les classes possédantes, lui qui a toujours affirmé que gouverner c’est donner et rassembler. Au sens propre comme au figuré, le sens de la responsabilité et de la générosité a amené les deux hommes d’Etat à franchir plusieurs fois le Rubicon. Jules César l’a franchi au moins quatre fois, refusant tour à tour de se plier à l’ultimatum de Pompée ; d’occuper la charge de prêtre de Jupiter «pour être à l’abri des vengeances» ; de prendre comme épouse une patricienne ; de rompe avec les milieux pauvres ; de châtier tous ceux qui ont trahi la République. A ceux qui lui donnaient ces conseils, il répondit : «il ne faut pas décevoir les Dieux lorsqu’ils vous ont accordé leur confiance, il faut également gagner la confiance des hommes. Donc rassembler autour de soi non seulement ceux qui vous aiment, qui ont choisi de se battre avec vous, mais aussi ceux qui ont trahi. Voilà ce qu’il faut à Rome» . Ami de la Plèbe et des milieux défavorisés, Jules César connaissait tout le monde et tout le monde le connaissait. Et grâce à cette sociologie pra - tique du milieu romain, il apprit bien des choses sur les mœurs et tendances de son époque. Sous ce rapport aussi, la vie de Laurent Gbagbo est parfaitement comparable à celle de Jules César. En effet, comme étudiant, Laurent Gbagbo ne s’est pas cantonné égoïstement dans les amphithéâtres et bibliothèques d’Abidjan, de Lyon et de Paris pour une élévation sociale personnelle assurée. Il s’est battu pour l’autonomie syndicale en milieu étudiant, ce qui lui valut sa première prison en août 1969 et la deuxième en avril 1971 ; comme soldat prison - nier, il contribua à l’amorce d’un sentiment de fierté nationale par l’introduction de chants martiaux traditionnels dans la formation militaire ; devenu chef de l’Opposition ivoirienne après six années d’exil forcé (1982-1988), il poursuivit le combat de la liberté qui lui valut sa troisième prison (18-02-1992). Arrivé au pouvoir le 26 octobre 2000, il met en pratique sa vision du social à travers la politique de refondation, un système qui impulse aussi bien la mobilité économique, socioculturelle que la mobilité politique. En quelque sorte, la «décastisa - tion» de la Côte d’Ivoire. De l’avis des observateurs neutres, la refondation en tant qu’expérience historique de la tolérance et de l’ouverture, n’a d’égal, (hormis les réformes agraires et sociales sous César et son successeur Auguste) que celle de Byzance au Xe siècle. C’est qu’avec la refondation, des gens issus de milieux modestes ou n’appartenant pas à la famille biologique et politique du président Gbagbo, sont désormais nommés à de hauts postes de responsabilité. En définitive, Jules César et Laurent Gbagbo, c’est le même combat non seulement au regard de leur humanisme, mais aussi par rapport aux réactions de leurs adversaires vis-à- vis de leur philosophie politique et sociale. Nés dans l’adversité et ayant évolué dans l’hostilité ouverte, et pour s’être engagés aux côtés des "oubliés" ou "sous-sol de l’humanité" de leur époque, Laurent Gbagbo est persécuté aujourd’hui comme Jules César hier, par ceux qui n’avaient pas intérêt à ce que le plus grand nombre de leurs concitoyens vivent libres, mieux et en bonne santé.
Par le ¨Professeur Dédy Séri
Source: LG infos N°376 DU VENDREDI 1ER MARS 2013
 
 
 




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