L’ex-rébellion FN trahie par la France et Ouattara

Vendredi 4 Juillet 2014 - 04:36


Des chefs de la rebellion ivoirien: de la gauche vers la droite: Koné Zacharia, Chérif Ousmane et Morou Ouattara
Des chefs de la rebellion ivoirien: de la gauche vers la droite: Koné Zacharia, Chérif Ousmane et Morou Ouattara
Les Forces Nouvelles, groupes armés à l’origine du Coup d’État de 2002, et protagonistes de la bataille d’Abidjan, comptent dans leurs rangs des personnalités politiques et militaires accusés de crimes contre l’humanité par la Cour Pénale Internationale (CPI). Au Mali, les rebelles du Nord ont égorgé des autorités administratives de leur pays, commis des crimes odieux, sans être menacés par la CPI. La France demande, au contraire, aux autorités politiques maliennes de négocier avec ces derniers. Avec les récentes accusations de l’ambassadeur Lidec portées à l’encontre de Soro Guillaume, leader des Forces Nouvelles, il est, en effet, surprenant de noter que les Français s’évertuent à éloigner de la vie politique ivoirienne les Forces Nouvelles, leurs alliés, d’une fois, qui ont pris les armes, dans le but de porter au pou- voir leur candidat Alassane Ouattara, après avoir pris soin de diviser notre pays et d’empêcher ainsi le président Gbagbo de réaliser ses projets de développement, en faveur du peuple ivoirien. Le livre du président Laurent Gbagbo, contrairement aux révélations de l’ambassadeur français se rapportant à Soro Guillaume, s’inscrit dans sa lutte pour l’avènement d’un régime démocratique en Côte d’Ivoire. Toute démocratie repose, en fait, sur la justice et la vérité, sur l’analyse des faits, dans le but de s’opposer à toute manipulation de notre histoire susceptible de saper l’unité nationale. La réconciliation entre les populations qui vivent sur le territoire ivoirien n’est possible que si nous adhérions à la vérité, et comprenions enfin que le FPI du président Gbagbo n’a jamais œuvré, en vue de l’extermination des fils du Nord. Si les révélations du président Gbagbo relatives aux actions politiques de la France, d’Alassane Ouattara, de Soro Guillaume etc. s’inscrivent dans une logique politique, celles de l’ambassadeur Lidec semblent, en effet, paradoxales, mais abondent dans le même ordre d’idée de la confirmation des charges contre le président Gbagbo. La décision de la CPI a été perçue par la presse proche du RHDP comme une «victoire» de la France et d’Alassane Ouattara sur Gbagbo, leur adversaire politique, et ses millions de partisans, convaincue du fait que cette décision l’aurait éloigné à jamais de la vie politique ivoirienne, surtout des présidentielles de 2015. Or cette décision politique et non juridique de la CPI pose de nombreuses interrogations, à savoir le sort réservé aux Forces Nouvelles appelées naturellement à comparaître lors de ce procès historique.
La confirmation des charges contre Gbagbo et les révélations de l’am0bassadeur Lidec expriment, en réalité, la volonté de l’Élysée et d’Alassane Ouattara de se débarrasser de leurs alliés (les Forces Nouvelles) jugés désormais gênants. Si l’ambassadeur Le Lidec accuse déjà Soro Guillaume d’avoir voulu l’éliminer physiquement, que fera la France pour sortir blanchie du procès contre le président Gbagbo, qui a commencé son grand déballage, et contre lequel aucune accusation irréfutable n’a pu être trouvée par la procureure Bensouda ? Évoquons des faits sommaires qui mettent en évidence un combat souterrain entre les Forces Nouvelles et la France : (…) la publication d’articles et la diffusion de reportages qui se rapportent à l’officier Wattao capable, selon la Communauté internationale, de constituer une armée grâce à son immense fortune ; la volonté des alliés européens d’Alassane Ouattara de voir comparaître à la CPI les ex-rebelles ivoiriens poursuivis pour crimes contre l’humanité, afin que ne soit pas fragilisée la crédibilité de la Cour Pénale Internationale… Il est, en effet, plus facile d’incriminer les groupes armés qui ont combattu sur le théâtre des opérations. Soro Guillaume et les Forces Nouvelles sont certainement en possession de documents capables de compromettre, à leur tour, l’Élysée. Pourquoi donc cette sortie de l’ambassadeur Le Lidec qui n’est pas le fait d’un hasard ou d’un caprice ? Pourquoi Alassane Ouattara n’a-t-il pas concédé à Soro Guillaume et à ses troupes armées l’amnistie générale ? Pourquoi une décision politique et non juridique de la CPI, qui refuse de libérer le président Gbagbo, un accusé contre lequel elle n’a aucune preuve irréfutable ? Le procès du président Gbagbo fait simplement des Forces Nouvelles des victimes expiatoires, à l’instar des personnalités de l’UMP qui ont fraudé pour chercher à porter au pouvoir Sarkosy. Le principe est le même : les Forces Nouvelles ont pris les armes pour Alassane Ouattara et sont poursuivis par la CPI, les responsables de l’UMP ont escroqué l’État français pour Sarkosy, qui affirme ne rien savoir de ce scandale financier. Quel impact cette guerre froide, souterraine, entre la France et Soro pourrait-elle avoir sur le futur de la Côte d’Ivoire ? Que pouvons nous attendre de la lutte entre deux fauves ; entre l’Élysée favorable à une paix armée en Côte d’Ivoire et les Forces Nouvelles qui préconisent l’usage des armes dans la résolution des conflits ? Uniquement des conflits armés au sein du RHDP ! Il appartient au peuple ivoirien meurtri par l’assassinat de ses fils, par un régime oppressif, déboussolé par la vie chère, d’opérer un choix déterminant, en faisant des présidentielles de 2015 un référendum, car choisir de voter (contre Ouattara), c’est choisir de défendre la paix et les intérêts de toutes les populations, qui vivent en Côte d’Ivoire. Seuls Alassane Ouattara et la France pouvaient, jusqu’au jour de la confirmation des charges à l’encontre du président Gbagbo, dissiper les nuages obscurs qui assombrissaient l’avenir politique des leaders des Forces Nouvelles, en concédant à ces derniers une sorte de grâce présidentielle pour service rendu. Le procès du président Gbagbo confirme, en réalité, la trahison dont sont victimes les Forces Nouvelles. (…) Dans les vingt ans à venir les jeunes des Forces Nouvelles seront paralysés par ce procès historique à La Haye ; la Gorée des Temps modernes, d’où sortira le président Gbagbo.

Par Isaac Pierre Bangoret, Écrivain

Source: Le Nouveau Courrier  N°1062 Du Mercredi 02 Juillet 2014





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