L’enfantement douloureux de la troisième République. ( Par N'zueba Ekambié Yakibié)

CIVOX.NET
Mercredi 26 Octobre 2016 - 16:57


Le samedi 22 octobre 2016 ! Au stade Félix Houphouët-Boigny à Abidjan ! Une toilette des grands jours pour recevoir sa Majesté Ouattara et son aîné Bédié pour lancer la campagne pour le référendum à jamais rêvé du 30 octobre 2016. Un flop retentissant : la mobilisation n’a pas suivi. Résolution : il faut relever le défi à Bouaké le 27 octobre 2016. Assurément l’enfantement s’annonce douloureux !
Voici succinctement  planté le décor de ce giga meeting annoncé avec forces propagande et publicité par la mise en place, comme à l’accoutumée, au moyen des deniers publics. Bien évidemment, la radiotélévision ivoirienne a couvert l’évènement en ignorant le meeting des partisans du Boycott ou du‘’non’’ qui se tenait le même jour à la place CP1 de Yopougon. Et pourtant, les organisateurs de la rencontre du stade Houphouët-Boigny n’ont eu de cesse de proclamer que la Côte d’Ivoire est un pays démocratique. Rien de surprenant à ce peu d’empressement des Ivoiriennes et Ivoiriens pour de telles manifestations initiées par le régime Ouattara et qui affectent leur conscience.
Sur le fond, que retenir de ce meeting ? Les mêmes litanies mensongères ont été servies avec la légèreté déconcertante qu’on leur connait. 
Le président du PDCI-RDA, président de la conférence des présidents du RHDP, M. Henri Konan Bédié, prenant le premier la parole s’est réjoui de « certaines dispositions contenues dans le préambule de cette constitution, dispositions qui vont écarter de notre pays, la tentation du raccourci  que certains prennent pour accéder ou se maintenir au pouvoir, par des voies violentes et non démocratiques. » A l’écoute du président du PDCI-RDA, on est tenté de se demander dans quelle constitution antérieure à celle de la 3e  République a-t-il été prescrit que l’accession au pouvoir d’Etat se faisait par un coup d’Etat. Mieux ces propos de Bédié l’illuminé, au parfum d’amnésie s’adressent-elles plus à quels autres Ivoiriens qu’à Ouattara même ? N’est-ce pas ce même Ouattara que Bédié enrobe aujourd’hui d’une armure d’ange qui, sorti de sa tanière de putschiste  après la réussite de son coup d’Etat en décembre 1999, prononça cette phrase abjecte : « c’est la révolution des œillères qui fait avancer la démocratie » ? 
La stabilité de la constitution de tout pays repose, avant tout, sur le respect qu’observent ses populations et surtout ses dirigeants politiques vis-à-vis d’elle. En a-t-il toujours été ainsi ces dernières années dans notre pays depuis 1999 ? Les putschistes et autres déstabilisateurs tapis dans le ténébreux RHDP n’hésiteront pas demain à user de la force pour assouvir leurs ambitions de pouvoir jamais assouvies. D’ailleurs, cette constitution ignoble fabriquée au forceps pour le désormais monarque Ouattara 1er décrit-elle moins un coup d’Etat contre un peuple bâillonné que celui perpétré par les armes ? Dans le cas présent les armes fatales sont le bulletin vert produit en quantité industrielle qui porte le OUI, nulle part ce mono parti RHDP ne présentera jamais le bulletin orangé portant le NON aux populations ; les bureaux de vote ne compteront que les militants du RHDP ; les dépouillements et consolidations des résultats ne se feront que par eux, ainsi que la proclamation des résultats avec leur RTI ! A partir de quoi donc, peut-on dire que cette nouvelle constitution a reçu l’onction populaire du peuple et que par conséquent elle est affublée d’une légitimité démocratique ? Ici, Ouattara enlève tout droit de réserve aux religieux, rois et chefs coutumiers, militaires et policiers vis-à-vis de la politique politicienne. Il leur fait injonction d’y pénétrer et d’y obliger les autres Ivoiriens réticents à cette nouvelle constitution frelatée. 
Ce n’est pas parce qu’il est inscrit dans une constitution qu’on réprouve et condamne tout « mode non démocratique d’accession ou de maintien au pouvoir » qu’on aura réglé les problèmes liés à l’instabilité politique dans un pays donné. Le penser ou le croire, surtout sous nos tropiques, c’est faire preuve d’une myopie politique inadmissible et d’un opportunisme inqualifiable ! Mais découvrons ensemble le pic de son intervention, avant qu’il n’invite les Ivoiriennes et Ivoiriens de tout bord politique à aller voter le dimanche prochain 30 octobre 2016  : « Le président Alassane Ouattara, homme de conviction, homme de parole (sic) et de foi (sic) a pris des engagements devant le peuple de Côte d’Ivoire pour lui proposer une constitution qui règle une bonne fois pour toutes le problème de succession , facteur d’instabilité et de crise… » Qu’est-ce à dire ? Que la constitution qui l’a porté au pouvoir après le décès du Président Félix Houphouët-Boigny ne réglait-il pas le problème de la succession en terre ivoirienne ? Il n’est pas nécessaire de discuter, outre mesure, cette proposition, mais il est inacceptable que par des propos hypocrites, l’on tente d’infantiliser et d’instrumentaliser les populations ivoiriennes, aux fins d’avoir leur adhésion pour voter un projet de loi tout aussi hypocrite. M. Bédié Konan sait assurément de quoi il parle, lui à qui son allié d’aujourd’hui avait promis la perte du fauteuil présidentiel et qui s’est réalisée. Laissons-lui donc la responsabilité de ses propos et ne suivons pas son appel soit en restant tranquillement à nos domiciles respectifs soit en votant massivement non le 30 octobre 2016. 
La vedette du jour c’était bien sûr le chef de l’Etat lui-même. Et il n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. D’entrée de jeu, il donne un satisfecit au gouvernement. Vantant, sans sourcilier,  le succès de sa gestion de la Côte d’Ivoire, qui milite en faveur du vote du oui au projet de constitution de la 3e République, il assure : «Nous sommes parmi les 10 premières économies les plus croissantes dans le monde ». Soit ! Mais on peut raisonnablement lui demander quel est le taux de chômage en Côte d’Ivoire ? Quel est le taux de pauvreté en Côte d’Ivoire ? Quel est le niveau de l’indice de développement humain et à quel classement se situe notre pays ?     
Poursuivant sa rhétorique, il annonce : « Nous avons augmenté les prix du cacao, du café et des autres matières premières ». Depuis quand dans une économie de marché c’est un individu qui fixe les prix des marchandises ou des matières premières ? La loi de l’offre et de la demande n’a-t-elle plus de signification pour Ouattara le grand économiste du FMI? Peux-t-il soutenir que si les prix du cacao et du café baissaient sur le marché international les prix aux producteurs seraient maintenus à leur niveau actuel ou augmenteraient ? La réponse est non. Ce n’est donc ni plus ni moins qu’un appel du pied aux producteurs pour qu’ils se sentent protégés et votent son projet de loi.  Les procédés de séduction ne changent guère : duplicité, infantilisation et instrumentalisation.
Et pour renforcer cet exercice d’ensorcellement, il associe constamment l’image de Bédié à la sienne et demande inlassablement qu’on lui fasse « confiance ». Mais de quelle confiance parle-t-il ? Le peuple ivoirien doit-il continuellement faire confiance à un chef qui ne lui renvoie pas l’ascenseur ? A-t-il créé le million d’emplois promis en 2010 ? Nos enfants diplômés des grandes écoles et des universités, à quelques rares exceptions, continuent d’être à notre charge à la fin de leurs études ou de tenir des cabines de téléphonie mobile.   N’avait-il pas promis que toutes les personnes ayant eu une responsabilité dans les crimes et exactions postélectorales seront mises à la disposition de la justice pour être jugées ? Où en sommes-nous aujourd’hui ? Pourquoi la CEI (commission électorale indépendante) n’a-t-elle pas changé de président, alors que la Cour constitutionnelle en est à son deuxième président après l’épisode de Yao N’Dré ?
Cet exercice de séduction s’adresse aussi aux propriétaires terriens en zones rurales, aux rois et chefs traditionnels, aux membres de la CEI, aux forces de sécurité, aux parlementaires, etc. A nos parents des zones rurales, il dit que l’inscription de leurs droits sur leurs terres dans la nouvelle constitution règle définitivement leurs problèmes. Mais comment cela pourrait-il être possible quand on sait qu’on met à leur charge les frais d’immatriculation de ces terres ? Où vont-ils trouver les ressources nécessaires au financement de ces opérations qui, comme chacun de nous peut le deviner, auront un coût exorbitant ? Quant aux rois et chefs traditionnels, la constitutionnalisation de leurs charges est le trophée brandi à tout bout de champ pour emporter leur adhésion au projet de loi relatif à la nouvelle constitution. Et comme si cela ne suffisait pas, le lundi 24 octobre au cours de leur rencontre d’allégeance à Ouattara à Yamoussoukro, un des intervenants au nom du ministère de l’intérieur a affirmé que les partis politiques d’opposition ont fait des démarches auprès de lui pour que la chambre des rois et chefs traditionnels ne soit pas consacrée par la nouvelle constitution. Faut-t-il s’attarder sur cette posture de ce personnage ? Non ! C’est la mise en œuvre irresponsable de la bonne et vieille règle « Diviser pour régner ». 
Aux parlementaires qui se sont montrés indignes de la confiance que le peuple de Côte d’Ivoire a placée en eux, ils ont eu droit aux félicitations de Ouattara pour avoir approuvé l’avant projet de la nouvelle constitution à 96 %. Dans la foulée de cette satisfaction béate, il exige au moins un taux d’approbation de la constitution à 96 %. C’est un signal officiel fort lancé à l’indécrottable CIE pour proclamer à la face  de l’opinion nationale et internationale que la constitution de la 3e République de Côte d’Ivoire a été approuvée à la quasi unanimité par les populations ivoiriennes. Quelle ignominie !
Face à cette vaste tricherie  en cours de préparation que reste-t-il à faire aux Ivoiriennes et Ivoiriens pour qui la démocratie a un contenu historique et pratique ? En attendant la date fatidique du dimanche 30 octobre 2016, ils ne doivent pas baisser les bras. Leur travail de sensibilisation doit aller en s’amplifiant sur le terrain par des rencontres d’explication de proximité et des meetings. Chaque espace de liberté doit être utilisé avec intelligence et efficacité. Que visent Ouattara et Bédié le dimanche prochain ? Un taux de participation élevé. C’est pourquoi, tous les moyens de l’Etat sont déployés sans vergogne et sans retenue pour aller à la rencontre des populations pour faire miroiter les bienfaits de la nouvelle constitution, fondatrice de la 3e République. Notre réponse, boycotter massivement cette consultation par tous les moyens démocratiques à notre disposition. C’est la réplique appropriée pour ne pas cautionner cette mascarade électorale !
  
                                                                                            N’ZUEBA Ekambié Yakibié




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